11 mars 1793

Les Vendéens se soulèvent

Le dimanche 10 mars 1793, l'assemblée de la Convention recourt à la levée en masse autoritaire de 300 000 hommes dans tout le pays, pour suppléer aux insuffisances des engagements volontaires après sa proclamation du 24 février précédent sur la « patrie en danger ».

La levée en masse entraîne dès le lendemain le soulèvement des paysans vendéens qui, jusque-là indifférents à l'agitation parisienne, ne supportent pas qu'on leur demande de verser leur sang pour une cause qu'ils exècrent.

Fabienne Manière
Insupportable conscription

Danton, le 31 janvier 1793, a proclamé devant la Convention le dogme des « frontières naturelles » qui sous-entend la conquête des Pays-Bas et de la Belgique. Les puissances européennes ripostent par une coalition. Pour y faire face et suppléer au manque de combattants volontaires, la Convention instaure le 21 février 1793 l'amagalme des volontaires et des troupes de ligne régulières issues des armées royales. Trois jours plus tard est voté le décret du 24 février 1793 « sur une levée de trois cent mille hommes et sur le mode à suivre pour opérer cette levée ».

Le décret énonce : « Tous les citoyens français, depuis l'âge de dix-huit ans jusqu'à l'âge de quarante ans accomplis, non mariés ou veufs sans enfants, sont en état de réquisition permanente (...) ». Mais aussitôt après, il prévoit de multiples exemptions : « Ne seront point compris dans l'appel général pour cette levée : 1) Ceux que des défauts de conformation mettent hors d'état de porter les armes ; 2) Les administrateurs composant les Directoires de département et de district ; 3) Les procureurs généraux et syndics ; 4) Les secrétaires généraux et de district ; 5) Les maires, les officiers municipaux et les procureurs de communes ; 6) Les membres des tribunaux civils et criminels, le greffier, les commissaires nationaux et les juges de paix ; 7) Les receveurs de district ; 8) Les receveurs et directeurs d'enregistrement ; 9) Les ouvriers employés à la fabrication des armes et poudres  » (article 20). De façon plus contestable encore, il prévoit que les citoyens peuvent se faire remplacer moyennant la seule prise en charge des armes et de l'équipement du remplaçant !  

Le nombre total d'appelés (300 000) n'est pas très important au regard de la population totale (28 millions d'habitants) mais les paysans de tout le pays sont révulsés par le principe de la réquisition autoritaire par tirage au sort, les nombreuses exemptions et surtout la possibilité pour les gens les plus fortunés de se faire remplacer, en contradiction flagrante avec les principes de liberté et d'égalité.

Des registres sont ouverts dans chaque commune pour l'inscription des volontaires et, quand ceux-ci font défaut, les autorités organisent un tirage au sort parmi tous les jeunes hommes célibataires. Mais elles ne réussissent en définitive à recruter que la moitié des effectifs souhaités. Faute de mieux, la Convention recourt le 10 mars à la levée en masse autoritaire.

Les refus de « tirer au sort » s'étendent des Flandres aux Pyrénées, de la Bourgogne à l'Orléanais et à la Vendée. Dans le Massif central, des zones entières échappent à l'autorité révolutionnaire. Mais le plus grave survient sur la rive sud de la Loire...

La Vendée prend les armes

Dans le bocage du Bas-Poitou (le département de la Vendée et les régions proches), les paysans pratiquent leur religion avec piété et sérieux, comme le leur ont appris les disciples du père Louis-Marie Grignion de Monfort, décédé en 1716. Ils ont revivifié les pratiques religieuses dans ces régions alors qu'elles régressaient dans le reste de la France.

Le jour même de la réquisition, le 10 mars 1793, ces paysans, qui ont été échaudés par l'exécution du roi Louis XVI et les mesures antireligieuses des révolutionnaires parisiens, assaillent les autorités municipales. Spontanée, la rébellion couvre les Mauges, le Choletais, le bocage vendéen, le marais de Challans et le pays de Retz (toute une région du sud de la Loire qui prendra bientôt le nom de Vendée militaire).

• La rébellion dans les Mauges et à Cholet :

Dès le dimanche 3 mars 1793, quelques centaines de « garçons » (célibataires) se rassemblent dans une auberge de Cholet pour débattre de la réquisition et quelques-uns écrivent aux administrateurs du département de Maine-et-Loire : « Nous ne refusons point de partir, au contraire, nous sommes tous prêts, mais nous voulons que tous les acquéreurs de biens nationaux, la garde nationale, tous les administrateurs du département, du district, enfin tous ceux qui sont en charge et salariés par la nation sans aucune exception, marchent à notre tête, ou sans quoi nous ne partirons point ; parce qu'il est plus juste que ceux qui jouissent des fruits de la nation soient les premiers à aller les défendre » (d'après Reynald Sécher, Le génocide franco-français, PUF, 1986, page 113).

Le dimanche suivant, 10 mars, à Saint-Florent-le-Vieil, le procureur syndi Duval donne lecture du décret. Les hommes convoqués pour le tirage au sort entrent dans la ville au son du tocsin, accompagnés de leurs proches et pour certains armés de fusils, bâtons, faux... C'est au total plusieurs centaines de personnes. L'officier municipal Jacob, qui tente de les raisonner, est bientôt tué. Les gendarmes tirent au canon et tuent ou blessent plusieurs personnes. Le lendemain, le tocsin sonne dans plusieurs paroisses des Mauges. Le surlendemain, l'insurrection atteint Tiggauges.

• La rébellion dans le pays de Retz et à Machecoul :

À Saint-Philbert, dans le pays de Retz, en Loire-Inférieure (aujourd'hui Loire-Atlantique), 23 insurgés sont arrêtés par les gardes nationaux. Le lendemain, la population se rassemble et décide de marcher sur Machecoul, principale bourgade de l'endroit, où se tiennent la garde nationale et la commission de recrutement. À l'entrée du bourg, la foule armée de fourches fait face aux gendarmes et aux gardes nationaux. Ceux-ci, bien qu'au nombre de plusieurs centaines, prennent peur et refluent dans les rues. La foule les poursuit. Plusieurs gardes nationaux sont massacrés ainsi que quelques bourgeois, connus pour leurs sympathies républicaines, et le curé assermenté (il a approuvé la Constitution civile du clergé).

Les insurgés sont des paysans, c'est-à-dire des gens du pays. La moitié sont des artisans, les autres des laboureurs ou des gens de la terre. Ils choisissent leurs chefs dans leurs rangs. Ainsi Jacques Cathelineau (34 ans), colporteur voiturier au Pin-en-Mauges, Jean-Nicolas Stofflet (40 ans), garde-chasse des Colbert à Maulévrier.

Mais les paysans et leurs chefs manquent d'expérience militaire. Ils vont quérir en complément des chefs plus expérimentés : d'Elbée, lieutenant de cavalerie, Charette, ancien officier de marine, Bonchamps, d'Autichamp, Lescure, Sapinaud, Talmond... Ces aristocrates se montrent au départ assez réticents à prendre la tête d'une armée de paysans mais ils ne tardent pas à faire la preuve de leur sincérité militante, en particulier le jeune Henri du Vergier, comte de la Roche jaquelein (20 ans).

Armés de faux et de fourches, résolus et enthousiastes, les insurgés chassent les « Bleus » (les soldats de la République étaient ainsi nommés en raison de leur uniforme) et rétablissent le culte catholique dans leurs villages. C'est le début des guerres de Vendée.

Publié ou mis à jour le : 2023-03-14 15:30:46

Voir les 9 commentaires sur cet article

bertie (27-06-2015 19:51:25)

déclaration du général Westermann après la bataille de Savenay décembre 1793 : « Il n'y a plus de Vendée , elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l'enterre... Lire la suite

bertie (27-06-2015 18:59:40)

Je m'élève en fauxcontre le billet spécieux de "Jean" :Le général Turreau a fini par obtenir un ordre écrit du comité de salut public pour se couvrir des atrocités sans nom de ses "colonnes infernal... Lire la suite

Dumnac (01-03-2013 15:55:32)

Jean, intervenu plus haut aurait du s'informer auparavant ! Qu'il lise ce texte: «Détruisez la Vendée», clame alors Barère à la Convention. Pendant l'été, le Comité de salut public rassemble plusi... Lire la suite

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