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Quel philosophe est né au château de la Brède, près de Bordeaux ? Réponse
La nuit du 30 septembre au 1er octobre 1965 marque un tournant dans l'histoire de l'Indonésie contemporaine.
La répression brutale d'un soulèvement de militaires liés au parti communiste permet au général Mohammed Suharto de se présenter comme le restaurateur de l'ordre (au prix de 600.000 à 1,2 million de morts) et de supplanter à la tête de l'État Ahmed Sukarno, au pouvoir depuis l'indépendance (1945).
L'Indonésie s'étend sur 2 millions de km2 et 10.000 îles situées entre l'océan Indien et l'océan Pacifique, entre l'Indochine et l'Australie. Mais la moitié de ses 220 millions d'habitants (2005) vivent sur l'île volcanique de Java (132.000 km2) !
Le nom de l'Indonésie vient de ce que cet archipel s'est ouvert dès le Ve siècle de notre ère à la culture hindoue. Des princes d'Inde du sud ont créé des royaumes à Java et Sumatra dont il reste de très beaux témoignages comme le temple de Borobudur. À partir du XIIIe siècle, l'archipel est islamisé par des marchands arabes mais l'hindouisme des origines fait encore le charme et la particularité de Bali (2 millions d'habitants).
Au XVIe siècle arrivent les explorateurs et marchands européens. Les Hollandais occupent l'archipel. Après l'avoir mis en coupe réglée, ils en sont chassés par les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale. Sukarno proclame l'indépendance le 17 août 1945. Les Hollandais tentent de le réoccuper et c'est seulement le 27 décembre 1949 qu'ils en reconnaissent formellement l'indépendance.
Proclamée unilatéralement en 1945, l'indépendance de l'Indonésie ne devient effective qu'en 1949, après la signature à la Haye de la déclaration d'indépendance des Indes Orientales Néerlandaises, après quatre ans de résistance des Hollandais. L'État nouvellement créé est une fédération.
Figure de proue du mouvement indépendantiste et premier président d'Indonésie, Ahmed Sukarno (on écrit aussi Soekarno) s'oppose à cette répartition des pouvoirs et décide en 1950 d'établir un État unitaire. Pendant les décennies qui suivent, l'Indonésie est déchirée par les rébellions de régions périphériques de l'archipel contre le centralisme de Java, des Moluques aux Célèbes et à la Papouasie Occidentale.
Sukarno fonde sa pratique du pouvoir sur la philosophie de la Pancasila, ou cinq principes : l'unité de l'Indonésie, l'internationalisme, ou foi en une humanité juste et civilisée, l'unanimité et la délibération (par opposition à la dictature de la majorité dans le modèle occidental), la justice sociale et enfin la croyance en l'existence d'un dieu unique. Malgré ces principes unificateurs, le pays est confronté à une instabilité chronique : entre 1945 et 1958, dix-sept gouvernements se succèdent. Seul le PKI, le parti communiste, reste à l'écart du jeu des coalitions instables.
En 1956, Sukarno lance la «démocratie dirigée», un système politique qui remplace les partis, considérés comme des ferments de division sociale, par des groupes fonctionnels, notamment l'armée, les fermiers ou les leaders religieux. Il fait ainsi de l'armée un véritable acteur politique. Parallèlement, Sukarno mène une politique étrangère volontariste, marquée par la conférence des non-alignés à Bandung en 1955 et l'opposition à la naissance de la Malaisie en 1963. Devant le rapprochement du pays avec le bloc communiste, les États-Unis suspendent toutes leurs subventions à l'Indonésie.
Sukarno a beau galvaniser le pays par ses discours et l'érection de statues et de stades, la situation économique est catastrophique et l'inflation galopante. Les tensions entre le parti communiste et l'armée entraînent finalement la chute du premier président.
Le 30 septembre 1965, des officiers de la garde personnelle de Sukarno commandés par le lieutenant-colonnel Untung tentent de prendre le pouvoir à Jakarta, au nom de la protection du président, qui serait menacé par un coup d'état de militaires réactionnaires et de la CIA. Ils kidnappent et assassinent six généraux anti-communistes et mettent sur pied un «conseil de la révolution». Sukarno ne soutient pas le mouvement.
Le général Mohammed Suharto (on écrit aussi Soeharto), chef des forces stratégiques de réserve, s'allie au général Nasution, orienté à droite et ancien allié de Sukarno, pour accuser les communistes de ce soulèvement, surnommé le «mouvement du 30 septembre», dont les responsables sont désignés par le sigle «Gestapu».
Très rapidement, Suharto reprend le contrôle de l'armée et écrase la tentative de rébellion. Dès le 2 octobre, le mouvement du 30 septembre a indubitablement échoué.
Suharto accuse publiquement le PKI de tentative de coup d'État et se lance dans des représailles féroces à l'égard des communistes. En 1965 et 1966, les communistes et tous ceux accusés d'être de près ou de loin des sympathisants du PKI sont massacrés, parfois par l'armée, parfois par des groupes anti-communistes locaux, notamment musulmans. Le nombre de morts est difficile à évaluer. Il serait compris entre 600 000 et 1,2 million de personnes. Dans certaines campagnes reculées, les massacres se poursuivent jusqu'en 1969.
En mars 1966, Suharto obtient de Sukarno un mandat pour exercer temporairement le pouvoir en son nom. Le parti communiste est interdit, ainsi que les journaux de gauche. Suharto devient officiellement président en 1968. Il sera réélu par le parlement en 1973, 1978, 1983, 1988, 1993 et 1998. Sukarno meurt en 1970, pendant que son successeur met en place l'«Ordre Nouveau».
Suharto est né en 1921 près de Yogyakarta, dans le centre de l'île de Java. Certains de ses biographes avancent qu'il serait le fils illégitime d'un aristocrate de Yogyakarta pour justifier la bonne éducation qu'il reçoit, alors qu'il grandit au milieu de modestes paysans.
Après avoir suivi une formation dans l'armée coloniale hollandaise, il rejoint l'armée japonaise en 1943. Après la reddition des Japonais en 1945, il combat les Hollandais dans la jeune armée indonésienne. Montant progressivement les échelons de l'armée indonésienne après le départ des Hollandais, il devient général en 1960.
Après une accession au pouvoir qui révèle sa poigne de fer, Suharto s'emploie à dépolitiser la population, alors que le régime de Sukarno était fondé sur sa mobilisation. Selon la théorie des «masses flottantes», la société doit se détourner de la politique en dehors des phases d'élection, pour ne se concentrer que sur le développement économique, priorité absolue de Suharto. Il parvient à attirer les investissements étrangers et à rétablir une inflation à un chiffre.
Les premières élections depuis 1965 ont lieu en 1971. Le Golkar, parti de Suharto, recueille la moitié des votes. L'opposition est structurée en deux partis, les seuls à être autorisés : un parti laïc (le PDI de Megawati Sukarnoputri, fille de Sukarno) et un parti musulman (le PPP). Suharto mène par ailleurs une politique étrangère radicalement différente de celle de Sukarno ; il met fin à la politique de confrontation avec la Malaisie et gèle les relations avec la Chine. En 1975, l'Indonésie envahit violemment le Timor oriental, qui devient la 27ème province du pays.
Malgré la croissance économique, l'Ordre Nouveau est un régime autoritaire gangrené par la corruption et qui étouffe la société civile. Celle-ci se réveille à la fin des années 1990.
La crise financière asiatique de 1997 entraîne en Indonésie des manifestations et émeutes massives. Il s'ensuit la démission de Suharto le 14 mai 1998 (l'ex-dictateur s'éteindra à 86 ans le 27 janvier 2008). Le pays entame alors une lente transition démocratique, marquée par le renouveau des tensions séparatistes, notamment à Aceh et en Papouasie occidentale.

22 novembre 1963





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