10 août 1792

Chute de la monarchie

Le 10 août 1792, des sans-culottes parisiens renforcés par des volontaires de Brest et de Marseille s'emparent du palais des Tuileries. Au terme d'une journée sanglante et incertaine, le roi Louis XVI et sa famille sont internés.

C'est la fin de la monarchie française, vieille de près d'un millénaire, et la naissance d'un régime républicain qui ne dit pas encore son nom. C'est aussi le début des violences civiles. La Révolution française, commencée dans l'enthousiasme trois ans plus tôt, entre dans la tragédie.

Gabriel Vital-Durand

Un roi sous surveillance

Garde suisse de la Maison militaire du roiDepuis sa fuite à Varennes, le roi Louis XVI et sa famille sont assignés à résidence au palais des Tuileries, à l'ouest du Louvre, sous la « surveillance du peuple ».

Le roi dispose pour sa protection d'une Maison militaire de peu d'efficacité, composée de gardes françaises, reconnaissables à leur tenue bleue, travaillées par la propagande révolutionnaire et peu fiables, d'autre part de gardes suisses.

Celles-ci sont cantonnées dans les casernes de Rueil et Courbevoie.

Ces soldats portent l'habit rouge, à collet et revers bleu céleste, sur veste et culotte de drap blanc, avec chapeau tricorne galonné de blanc.

Ils vivent entre eux, sous le commandement d'officiers suisses et donnent ainsi peu de prise à l'agitation ambiante.

Cette protection n'empêche pas le 20 juin 1791 la foule des sans-culottes parisiens d'envahir le palais et de tenter de renverser le roi.

Paris s'enflamme

Le 11 juillet 1792, l'assemblée législative décrète « la patrie en danger ». Chacun se prépare à l'invasion étrangère et l'on soupçonne le roi d'être de connivence avec le neveu de sa femme Marie-Antoinette, l'empereur d'Allemagne François II. Les sans-culottes parisiens, qui supportent de plus en plus mal la monarchie, se préparent ouvertement à une nouvelle « journée révolutionnaire ». Dans la nuit du 9 au 10 août, le tocsin sonne aux clochers de la capitale.

Au matin du 10 août, une « commune insurrectionnelle » s'installe à l'Hôtel de ville, au lieu et place de la municipalité légale. Par ailleurs, une foule de sans-culottes et de fédérés se rassemblent aux abords du palais des Tuileries à l'initiative des meneurs Santerre et Westermann.

La résidence royale est défendue par 900 gardes suisses et quelques centaines de gardes nationaux, sous le commandement du marquis de Mandat. Celui-ci a mis onze canons en batterie mais manque de munitions par suite des dispositions de Pétion, maître de la Commune de Paris. Danton le fait convoquer à l'Assemblée. Le marquis obtempère. Il est aussitôt arrêté puis sommairement exécuté.

La Chesnaye, un officier peu déterminé, prend alors le commandement des troupes. Louis XVI les passe en revue. Selon l'usage, les Suisses et les gardes nationales fidèles crient : « Vive le roi ! » Mais les artilleurs et le bataillon de la Croix-Rouge crient de leur côté : « Vive la Nation ! ».

Quelque peu surpris, le roi gagne là-dessus la terrasse des Feuillants. Il découvre l'émeute en gestation. Face à lui, la foule des Parisiens l'accueille par des insultes : « À bas le veto ! A bas le gros cochon ! ». Le roi, la reine et le dauphin, bouleversés et effrayés par le rassemblement de la foule aux grilles du palais, traversent le jardin des Tuileries et vont chercher refuge au sein de l'Assemblée. Ils sont escortés de deux compagnies de gardes suisses sous le commandement du maréchal de camp de Bachmann.

La famille royale réfugiée à l'Assemblée (gravure d'époque)

Massacres hideux

Sur la place du Carrousel, devant le palais, l'émeute enfle. Une porte est malencontreusement ouverte et livre passage à un flot de sans-culottes. Les gardes suisses se postent aussitôt aux fenêtres et se massent en bon ordre dans le grand escalier qui mène aux appartement royaux. Troublés par les provocations des émeutiers, ils ouvrent le feu et provoquent un reflux éperdu vers le Carrousel.

Une compagnie de gardes dirigée par les capitaines Dürler et Pfyffer reprend l'initiative ets'empare de quatre pièces de canon. Ayant déblayé la cour royale et pénétré sur la place du Carrousel, les gardes tirent à mitraille sur les Marseillais, en tête des insurgés. Fauchés presque à bout portant, ceux-ci évacuent la place. L'émeute semble alors près d'abandonner la partie.

Mais vers dix heures, un groupe de Marseillais parvient à s'introduire par les quais dans la galerie du Louvre puis à l'intérieur des Tuileries. Le combat reprend de plus belle.

Pendant ce temps, l'Assemblée bruit de toutes sortes de manoeuvres. Le roi finit par griffonner un billet ordonnant aux Suisses de déposer à l'instant les armes et de se retirer dans leurs casernes. Il le remet au maréchal de camp d'Hervilly et lui demande d'en faire « l'usage qu'il jugerait le plus avantageux ».

Le maréchal du camp se glisse au milieu des émeutiers et des cadavres jusqu'au palais. Prenant la mesure de la situation, il se résigne à donner l'ordre de la retraite. À l'appel du tambour, les gardes refluent jusqu'au Manège puis à la place Louis XV (l'actuelle place de la Concorde). Bientôt encerclés par la gendarmerie à cheval, ils sont capturés, conduits à l'Hôtel de Ville et massacrés. Mêlées à la foule, les poissardes se livrent à de honteuses mutilations sur les cadavres.

Prise des Tuileries (Jean Duplessi-Berthaux, 1793, musée de Versailles)

Les émeutiers envahissent dès lors les Tuileries et lynchent pêle-mêle gardes, serviteurs et fidèles, dont le duc de Clermont-Tonnerre. Il leur arrive d'épargner des femmes comme ce sans-culotte qui lance à Madame Campan, l'une des dames de compagnie de la reine : « Lève-toi coquine, la Nation te fait grâce ! »

Six cents Suisses ainsi que deux cents aristocrates et gens de maison ont perdu la vie au soir du 10 août. Le mobilier du château a été saccagé. Quelques pillards sont toutefois pris et pendus séance tenante aux réverbères.

Le jeune officier d'artillerie Bonaparte est à ce moment-là au Carrousel, chez son condisciple Bourrienne. Ayant déjà assisté à l'émeute du 20 juin, il en avait tiré cet avertissement : « Les misérables ! On devrait mitrailler les premiers cinq cents, le reste prendrait vite la fuite ! ». Ce 10 août, il voit passer « un groupe d'hommes hideux, portant une tête au bout d'une pique ». Son mépris de la foule n'en deviendra que plus grand.

Fin de règne

L'Assemblée législative, enhardie par le succès de l'émeute, prononce la « suspension » du roi.

ACTE DU CORPS LÉGISLATIF DU 10 AOUT 1792. L'AN 4me DE LA LIBERTÉ

L'Assemblée Nationale déclare que le roi est suspendu, et que lui et sa famille restent en ôtage ;
Que le Ministère actuel n'a pas la confiance de la Nation, et que l'Assemblée va le procéder à le remplacer ;
Que la liste civile reste d'avoir lieu.
GENSONNE, Président.

L'Assemblée convoque par ailleurs une Convention nationale en vue de prendre toutes mesures « pour assurer la souveraineté du peuple et le règne de la liberté et de l'égalité ». En vue des élections des députés de la Convention, elle abolit les distinctions entre citoyens actifs et citoyens passifs. Elle instaure pour la première fois le suffrage universel (masculin).

Le 13 août 1792, après une nuit de fortune, la famille royale est emmenée au donjon du Temple. Ce médiocre reste de la forteresse de Jacques de Molay, au nord de Paris, n'est alors plus occupé que par l'archiviste de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et de Malte, un certain Berthélémy (il sera démoli en 1808 par Napoléon Ier, irrité que les royalistes s'y rendent en pèlerinage).

En passant par la place Vendôme, le roi peut voir la statue de Louis XIV jetée à bas. Ainsi s'effondre une monarchie presque millénaire qui avait construit la France de génération en génération, par des conquêtes et des alliances matrimoniales. Tous ceux qui ont partie liée avec le régime, aristocrates considérés comme « ci-devants », soit la quasi-totalité des officiers et bien d'autres figures d'Ancien régime sont désormais suspects. La Terreur profile son nez.

Notons que les vainqueurs qualifient aussitôt la journée du 10 août de « massacre de la Saint-Laurent », moins pour rappeler le saint du jour que pour mettre l’événement en balance avec le «massacre de la Saint-Barthelémy» qui, le 24 août 1572, avait vu les catholiques proches du roi tuer les protestants.

Gardes-suisses sous Louis XVI (aquarelle, Uniformes militaires des troupes françaises sous Louis XVI, 1779)
Les Tuileries

Au XVIe siècle, le palais du Louvre n'était encore qu'un corps de bâtiments marqués par leur fonction militaire à la limite ouest de la capitale. Dans son prolongement, la régente Catherine de Médicis, veuve du roi Henri II, fit construire en 1564 un palais de style Renaissance italienne. Ce palais était orienté perpendiculairement à la Seine. La présence à ses alentours de tuileries artisanales lui conférèrent son nom pour la postérité.

Les travaux furent confiés à Philibert Delorme. Les aménagements ultérieurs furent poursuivis par Jean Bullant, Androuet du Cerceau, Louis le Vau et Pierre Fontaine. Côté cour, à l'est, se trouvait l'esplanade du Carrousel aujourd'hui rattachée au Louvre, et de l'autre côté, le jardin des Tuileries, avec la salle du Jeu de Paume, où chacun avait accès.

Les rois Henri III, Henri IV, Louis XIII y séjournèrent souvent. Le massacre de la Saint Barthélemy y fut sans doute ourdi en août 1572. Anne d'Autriche y fut « honorée » par le roi Louis XIII en 1637 après 22 ans de mariage sans descendance ni guère d'affection. Neuf mois plus tard naquit le futur Louis XIV.

Le palais des Tuileries ayant été sérieusement endommagé lors de l'émeute du 10 août 1792, il reviendra au Premier Consul Napoléon Bonaparte de le réhabiliter en 1800 pour y installer sa cour et restaurer les anciens usages. Ses successeurs s'y établirent aussi et la vie de cour du Second Empire y fut particulièrement brillante. Mais sous la Commune, un incendie se déclara dans des circonstances mal élucidées et le palais fut finalement rasé sous la IIIe République.

Publié ou mis à jour le : 2019-09-28 16:15:38

 
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