Des Lumières à l'Âge industriel

L'Europe dans le monde au début du XIXe siècle

À leur corps défendant, les Européens ont vu leur vie bouleversée par la Révolution française et ses «missionnaires armés».

La restauration des anciennes monarchies absolues après la défaite de Napoléon 1er n'a pas empêché que se propagent les idées de liberté, d'égalité et de Nation colportées par les soldats français.

 

Toutes les monarchies absolues de l'Europe catholique sont affectées au milieu du XVIIIe siècle par la propagation des idées «philosophiques».

En France mais aussi au Portugal, en Espagne et en Autriche, la bourgeoisie éclairée conteste le pouvoir absolu du roi ainsi que l'autorité spirituelle de l'Église catholique... Les jésuites en font les frais. Sous la pression des monarques eux-mêmes, le pape prononce l'interdiction de cet ordre enseignant et missionnaire à la redoutable efficacité.

À Vienne, Joseph II, fils de l'impératrice Marie-Thérèse, règne seul sur les États autrichiens depuis 1780. Amis des philosophes, le nouvel empereur est le modèle du «despote éclairé», ami des Lumières et du progrès.

Il prouve ses bonnes dispositions par des décisions proprement révolutionnaires connues sous le nom d'«Aufklärung» (Lumières en allemand) : fin du servage, expulsion des Jésuites, édit de tolérance, suppression des ordres contemplatifs, suppression de la torture, abolition des corporations...

Joseph II fait aussi du haut allemand la langue officielle de l'empire, à la grande fureur des minorités!

Dominé par la haine du clergé et de la papauté, le «joséphisme» va se solder par un échec cuisant... mais il montre la voie aux révolutionnaires français qui accèderont au pouvoir en 1789 et s'en prendront en 1793 et 1794 aux symboles de l'Ancien Régime (la monarchie et la religion).

Sympathies pour la Révolution française

Jusqu'à la journée du 10 août 1792, qui voit la monarchie renversée et la famille royale emprisonnée, les dirigeants européens voient la Révolution française avec une certaine sympathie.

Le Premier ministre anglais lui-même, William Pitt le Jeune, n'est pas fâché de cette Révolution qui affaiblit l'éternelle rivale du Royaume-Uni et pourrait déboucher sur une monarchie tempérée comparable à la monarchie britannique.

L'Europe contre la France

Tout change avec l'emprisonnement de Louis XVI et sa décapitation le 21 janvier 1793. Les souverains étrangers se coalisent contre la France régicide.

Dans le même temps, la Russie et la Prusse profitent de l'agitation générale pour procéder le 23 septembre 1793 à un deuxième partage de la Pologne, le premier ayant eu lieu vingt ans plus tôt avec la participation de l'Autriche.

Un troisième partage réunit les trois larrons en 1795 et entraîne la disparition complète du vieux royaume de Pologne qui rayonna sur l'Europe centrale à la fin du Moyen Âge. L'empereur Napoléon 1er restaurera un éphémère Grand-duché de Varsovie mais ce n'est qu'en 1918 que la Pologne renaîtra de ses cendres!

- La première coalition s'achève le 18 octobre 1797 par le traité de Campo-Formio imposé par le général Bonaparte à l'Autriche.

La vénérable République de Venise fait les frais du traité. Elle tombe dans l'escarcelle de l'Autriche. Dans le même temps, la France annexe la Belgique et la rive gauche du Rhin, Nice et la Savoie. Elle atteint ce qu'elle appelle ses «frontières naturelles».

Une deuxième coalition en 1798-1799 n'a pas plus de succès que la première. Elle débouche sur les paix de Lunéville avec l'Autriche et d'Amiens avec l'Angleterre.

La France triomphante multiplie des républiques-soeurs dans les territoires envahis : la république Cisalpine autour de Milan, la république ligurienne autour de Gênes, plus tard la république batave et la république helvétique.

Le Premier Consul Napoléon Bonaparte, sûr de sa force, abolit d'un trait de plume le Saint Empire romain germanique, presque millénaire.

L'archiduc d'Autriche, qui portait le titre d'empereur d'Allemagne y renonce pour celui d'empereur d'Autriche. C'est ainsi que François II d'Allemagne devient François 1er d'Autriche! Son nouveau titre traduit la réalité de son pouvoir qui s'exerce exclusivement sur les États héréditaires de la famille des Habsbourg.

Disparues Venise, la Pologne, la Suisse, les Provinces-Unies et le Saint Empire romain germanique par-dessus le marché!... C'est ainsi que s'effondre un équilibre européen vieux de plusieurs siècles.

Les coalitions suivantes opposent l'Europe des monarchies à l'empire napoléonien.

Les manigances de Napoléon 1er en Italie et en Allemagne suscitent contre lui la troisième coalition. Napoléon renonce à envahir l'Angleterre après la destruction de sa flotte de guerre à Trafalgar. Il se contente dès lors de victoires conventionnelles sur le continent. Austerlitz, le 2 décembre 1805, lui ouvre le chemin de Vienne.

L'Autriche, contrainte et forcée, signe la paix de Presbourg le 26 décembre 1805. C'est déjà la fin de la troisième coalition.

Comme Napoléon remodèle l'Allemagne en vue de constituer une Confédération du Rhin à sa dévotion, la Prusse entre avec l'Angleterre et la Russie dans une quatrième coalition en 1806.

L'Angleterre contribue à la coalition avec de l'argent à défaut de troupes. Le 16 mai 1806, elle annonce par ailleurs qu'elle saisira toutes les marchandises des navires entrant ou sortant d'un port français.

À cela, Napoléon réplique par le décret de Berlin du 21 novembre 1806 qui instaure le Blocus continental et interdit tout commerce avec les Anglais dans l'ensemble de l'Europe!

Plus classiquement, il écrase les armées prussiennes à Iéna le 14 octobre 1806. Les Russes sont à leur tour battus à Friedland le 14 juin 1807, après une belle résistance à Eylau le 8 février 1807.

Cette coalition se conclut par l'accord entre Napoléon 1er et le tsar Alexandre 1er à Tilsit le 8 juillet 1807 et comme d'habitude, l'Angleterre, protégée par la mer, reste seule en guerre contre l'«ogre».

En Allemagne et notamment en Prusse, les intellectuels ruminent la défaite de leur nation et songent déjà à la revanche, une fois l'unité allemande restaurée.

En Espagne, plus gravement, l'alliance traditionnelle de la monarchie des Bourbons avec la France se rompt brutalement.

Le 5 mai 1808, à Bayonne, Napoléon 1er, par une erreur de jugement (une de plus), oblige le souverain légitime et son fils à abdiquer au profit de son propre frère, Joseph Bonaparte. Sur le trône d'Espagne, celui-ci se révèle aussi inconsistant que pouvaient l'être les Bourbons.

Les Espagnols se soulèvent contre les Français et leur livrent une guerre d'un nouveau genre à laquelle ils ne sont pas préparés. C'est la guerilla ou guerre de partisans, sans uniforme et sans règles.

Profitant de l'embourbement des Français en Espagne, premier grave échec de Napoléon 1er, les Anglais montent une cinquième coalition avec l'Autriche. Une promenade militaire et une victoire à Wagram le 5 juillet 1809 permet à Napoléon 1er de la disloquer.

L'empire autrichien est puni de son audace par la paix de Schönbrunn du 14 octobre 1809 qui la prive de nombreux territoires au profit de la Bavière, de la Russie et même de la France.

Celle-ci, qui comptait 83 départements en 1790, en a désormais 130 et s'étend jusqu'à l'Illyrie et la Dalmatie ! Chacun voit bien la fragilité de cette expansion qui ne repose sur aucune communauté de destin, d'Histoire ou de culture.

L'empereur d'Autriche François 1er, qui n'en est pas à une humiliation près, doit livrer à Napoléon 1er sa propre fille, Marie-Louise (18 ans).

L'alliance franco-russe se dégrade par ailleurs. Alexandre 1er en a profité pour enlever la Finlande à la Suède mais il n'apprécie guère que Napoléon 1er recrée un embryon de Pologne indépendante sous le nom de grand-duché de Varsovie.

Comble de tout, l'économie fragile de la Russie est ruinée par le Blocus continental. De dépit, le tsar sort du blocus et reprend le commerce avec l'Angleterre.

Napoléon 1er, qui n'en finit pas d'étouffer les foyers de dissidence, envahit la Russie le 24 juin 1812 avec une Grande Armée de 700.000 hommes (dont une moitié seulement de Français). C'est un désastre. 50.000 hommes à peine retrouveront leurs foyers.

Irrémédiablement affaibli, Napoléon 1er suscite contre lui une sixième coalition en 1813 à laquelle se joignent d'anciens alliés de la France comme la Suède. Après une succession de défaites en Allemagne puis en France, Napoléon 1er doit abdiquer à Fontainebleau et gagner l'île d'Elbe. Le traité de Paris du 30 mai 1814 ramène la France à ses frontières de 1792.

La septième coalition, brève, est provoquée par le retour de l'empereur de l'île d'Elbe. Elle se termine à Waterloo le 18 juin 1815. Son déroulement n'interrompt pas le congrès diplomatique réuni à Vienne pour redessiner la carte de l'Europe.

Une nouvelle Europe

Le Congrès de Vienne consacre en apparence le succès de l'empereur d'Autriche et de son brillant ministre Metternich ainsi que des dernières monarchies absolues de droit divin : Autriche, Prusse, Russie.

Mais le vrai triomphateur est l'Angleterre, qui s'impose sur les mers et se constitue un deuxième empire colonial au détriment de la France, de l'Espagne et des Pays-Bas, qui lui abandonnent l'Afrique du Sud.

Sur le continent, les conquérants français ont apporté partout où ils sont passés un code civil, une unité des poids et mesures, une modernisation administrative... Autant de facteurs favorables au développement industriel et commercial.

En Allemagne et en Italie, encore divisées en plusieurs principautés et royaumes, beaucoup de jeunes gens rêvent d'unité nationale.

La Russie s'affiche comme une grande puissance mais elle est gangrénée à son insu par la pénétration des idées philosophiques au sein de la moyenne noblesse. Même gangrène en Autriche.

Il n'est pas jusqu'à l'Amérique latine qui n'ait été touchée par la tourmente révolutionnaire : les bourgeoisies locales s'émancipent en plusieurs endroits de la métropole, Madrid ou Lisbonne, et proclament l'indépendance de leur colonie.

L'Europe en 1815, après le congrès de Vienne

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Le congrès de Vienne reconstruit l'Europe, profondément déstabilisée par les guerres révolutionnaires et napoléoniennes.

Pour aller plus loin

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- Se repérer dans le temps :


Frise chronologique de l'Histoire (1789-1815)

De 1792 à 1815, les guerres de la Révolution et de l'Empire font environ deux millions de morts et bouleversent la carte du continent:

- 20 avril 1792: déclaration de guerre au «roi de Bohême et de Hongrie»,

- 20 avril 1792: Valmy,

- 26 juin 1794: Jemmapes,

- 18 octobre 1797: traité de Campoformio, fin de la première coalition,

- 3 mai 1803: la Louisiane est cédée aux États-Unis,

- 1er janvier 1804: Haïti devient indépendant,

- 21 octobre 1805: bataille navale de Trafalgar,

- 2 décembre 1805: Austerlitz,

- 21 novembre 1806: Blocus continental contre l'Angleterre,

- 2 mai 1808: soulèvement antifrançais à Madrid,

- 26 novembre 1812: passage dramatique de la Bérézina,

- 16 octobre 1813: Leipzig (bataille des Nations),

- 18 juin 1815: Waterloo,

- 20 novembre 1815: second traité de Paris.

Le nouvel ordre européen, placé sous la protection de la Sainte Alliance des grandes monarchies se maintiendra tel quel ou presque pendant un demi-siècle.

Vérifier les connaissances

- À qui doit-on l'expression «missionnaires armés» qui désigne les révolutionnaires conquérants? [réponse]

- Quelle femme avait conquis l'amiral Nelson avant que ce dernier ne coule la flotte française à Trafalgar? [réponse]

- Quelle «délicate» expression Napoléon 1er utilisait-il pour justifier son remariage avec l'archiduchesse Marie-Louise? [réponse]

- Qui est le gouverneur de Moscou responsable de l'incendie de la ville? [réponse]

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2020-05-02 16:20:20

 
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