Conquête spatiale - Comment la France s'est hissée sur le podium - Herodote.net

Conquête spatiale

Comment la France s'est hissée sur le podium

Pure chimère au début de la Seconde Guerre mondiale, la conquête spatiale est devenue possible grâce aux travaux des Allemands avant de prendre forme dès 1945 avec les Américains et les Soviétiques. La France, soucieuse de son rang, a réussi à se hisser sur le podium aux côtés des deux Supergrands de l'après-guerre. En ce XXIe siècle, le Japon, la Chine ou encore l'Inde, également désireuses d'affirmer leur puissance, entrent à leur tour dans la course à l'espace. 

Retour sur les débuts d'une incroyable épopée...

Vanessa Moley

Le module lunaire d'Apollo XI avec les astronautes Neil Armstong et Buzz Aldrin à son bord, est photographié à partir du module de commande en orbite lunaire dans lequel est resté l'astronaute Michael Collins, Reuters, DR.

L’espace, nouveau champ de bataille

Avant l’effondrement du IIIe Reich, les scientifiques allemands ont mis au point le terrifiant V2. En dépit de son caractère rudimentaire et instable, ce « missile balistique autopropulsé » sera le modèle de toutes les fusées mises au point par la suite, y compris celle qui emmènera les premiers hommes sur la Lune, le 20 juillet 1969...

Lancement d'un V2 de White Sands par l'armée américaine, entre 1946 et 1952, NASA, DR.Sitôt achevée la Seconde Guerre mondiale, les puissances qui ont terrassé l’Allemagne nazie font main basse sur toute la technologie allemande. Dans les ruines du « Reich millénaire », Américains et Soviétiques engagent un contre-la-montre pour récupérer un maximum de documents et retrouver les équipes qui ont mis au point le V2 qui sera la première fusée à usage militaire. La rivalité entre grandes puissances va désormais se jouer dans une nouvelle dimension, inédite dans l’histoire humaine : l’espace.

En France, les acteurs sont divisés. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, certains militaires se montrent d’emblée enthousiastes. Leur noyau dur se trouve parmi les membres du Comité d’action scientifique de la Défense nationale (CASDN). Créé dès 1948, cet organisme a pour but de moderniser les armées en facilitant la coopération avec les scientifiques.

Lancement de la capsule Mercury Freedom 7, le 7 mai 1961, NASA, DR.Ses dirigeants sont bien conscients que les États-Unis et l’Union soviétique sont déjà engagés dans une course pour faire de l’espace un nouvel outil de puissance. Ils veulent absolument éviter un tête-à-tête auquel la France ne pourrait pas participer, faute d’avoir su mobiliser ses forces scientifiques.

Cette ambition portée par le CASDN ne recueille pourtant pas l’assentiment général. Elle ne suscite que perplexité ou embarras parmi les états-majors militaires et les dirigeants politiques. Quant aux scientifiques, ils ne cachent pas leurs réticences. À leurs yeux, les fusées sont des armes de destruction massives, voire « terroristes », et ils ne veulent en aucun cas y voir un outil scientifique.

Le renfort viendra d’outre-Atlantique. Aux États-Unis, en 1957, une poignée de spécialistes lance le projet de l’Année géophysique internationale (AGI). Son objectif : explorer la haute atmosphère, y compris avec des fusées. Il n’est pas encore question de « conquête de l’espace » et les commentateurs de l’époque comparent l’AGI aux grandes expéditions polaires qui ont marqué le début du XXe siècle. Tout au plus note-t-on le changement de perspective : désormais, il s’agira d’explorer la Terre à « la verticale » plutôt qu’à « l’horizontale ».

Hammaguir, le 23 février 1960, l’équipe d’Étienne et Arlette Vassy, du Laboratoire de physique de la faculté des Sciences de Paris, avec ses instruments de mesure et d’observation, avant le lancement de la fusée Véronique. L'agrandissement montre la fusée Véronique avant son lancement, archives Médihal, DR.

Une France timorée

C’est un physicien français, Étienne Vassy, qui va faire bouger les lignes dans l’Hexagone. Il se fait remarquer en proposant l’emploi de fusées afin de sonder les couches atmosphériques inaccessibles aux ballons traditionnels.

De gauche à droite : Alexandre Dauvillier, Adolphe Lutz, Etienne Vassy sur le site de l'Observatoire du Pic du midi. L'agrandissement est une photographie d'Etienne Vassy, seul, sur le Pic du Midi, 1943, archives, Médihal, DR.  L’idée séduit les militaires du Comité d’action scientifique de la Défense nationale. Son président, le général Maurice Guérin, apporte son soutien à Étienne Vassy en lui permettant d’acquérir quinze « Véronique », de petites fusées-sondes. En 1954, le physicien pourra ainsi mener deux séries d’expériences dans la haute atmosphère. Bien que couronnées de succès, ces expérimentations ne rencontrent que l’incrédulité de ses confrères. Les haut-gradés militaires continuent à ignorer la question de sorte que le CASDN doit continuer à supporter seul le coût du financement des recherches sur les fusées.

Sans le vouloir, l'Union soviétique va remettre au centre de l'attention les recherches de Vassy. Le 4 octobre 1957, elle place en effet en orbite Spoutnik-1. C’est le premier satellite artificiel de l’histoire. Le monde occidental est sous le choc.

Laïka, quelques minutes avant le décollage, AFP, DR.Un mois plus tard, le 3 novembre, les Russes frappent à nouveau un grand coup en mettant cette fois en orbite un animal vivant, la chienne Laïka, avec Spoutnik-2.

Les États-Unis et les autres puissances occidentales sont piqués au vif. La course à l’espace est définitivement lancée et prend le pas sur toute autre priorité. Militaires et scientifiques se mobilisent et disposeront désormais de tous les moyens.

Un autre obstacle freine la France. Durant les années 50, ses élites politiques, militaires et scientifiques concentrent leur attention sur la crise algérienne, si aiguë qu’elle finit par paralyser la IVe République. Ce sont les militaires qui débloqueront la situation. Une première avancée sera faite par le président du CASDN.

Le 23 janvier 1958, le général Guérin propose en effet la création d’un Institut de la haute atmosphère, un organisme chargé de toutes les activités scientifiques et militaires concernant le domaine spatial. Mais là encore, le projet rencontre l’hostilité d’un certain nombre de scientifiques qui redoutent la tutelle de l’armée.

Le Centre spatial de Toulouse, fondé en mars 1968, est le fruit de la décentralisation voulu par le général de Gaulle. Le siège social du CNES fondé en 1961 se situe à Paris (Ier arr.) La Direction technique et scientifique (qui dirige les programmes spatiaux) s’installe au Centre spatial de Brétigny (CSB).

Le général de Gaulle met la France en orbite

Le déblocage viendra du sommet de l’État, avec l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle en juin 1958. Il sait qu’il faut agir vite pour éviter à la France d’être reléguée à une puissance de second rang. C’est alors que le général Guérin en profite pour ressortir son projet de janvier 1958 sous le nom de Haut-Commissariat à l’espace. Toutefois, le nouveau président n’ose pas encore appuyer le projet, de crainte de heurter les autorités scientifiques. Deux ans seront encore nécessaires pour qu’il franchisse le pas.

Le 19 décembre 1961, le général de Gaulle dote enfin la France d’un outil au service d’une politique spatiale nationale : le Centre national des études spatiales (CNES). Cette structure aura pour mission de centraliser l’ensemble des activités françaises liées à la conquête de l’espace… qui sort enfin du domaine de la science-fiction. Mieux : elle focalise désormais l’attention et le soutien des scientifiques, des militaires et des politiques.

Passée largement inaperçu à l’époque, cet événement marque pourtant un tournant. Désormais, la France veut être une puissance spatiale et, pour ce faire, se dote d’outils capables de favoriser le développement d’une industrie appropriée. Le pouvoir politique se veut le catalyseur de cette volonté puisqu’il incite tous les acteurs, scientifiques, militaires et industriels, à s’investir dans ce domaine...

Publié ou mis à jour le : 2019-07-17 12:31:35

 
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