Venise - Splendeur et décadence de la Sérénissime République - Herodote.net

Venise

Splendeur et décadence de la Sérénissime République

Protégée par sa lagune et bénéficiant d'une situation avantageuse à la jonction de l'Orient et de l'Occident, les marchands vénitiens ont bâti un puissant empire maritime dès avant l'An Mil, au point que la mer Adriatique ne fut plus nommée que le « golfe de Venise ».

Mais la « Sérénissime République » connut de graves revers de fortune à la fin du Moyen Âge et vit son commerce méditerranéen ruiné par la découverte de l'Amérique. Elle n'en continua pas moins à étaler ses fastes et ses arts jusqu'à ce que le général Bonaparte la livre en 1797 à l'Autriche. La « cité des doges » devint dès lors le centre d'attraction préféré de tous les touristes, esthètes et amoureux du monde entier...

Soline Schweisguth

La place Saint Marc vers l'Est, Canaletto, Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza. L'agrandissement montre Le doge et le grand conseil de la Sala del Maggior Consiglio, 1763, Canaletto, Copenhague, Galerie nationale du Danemark.

Crise de l'État-providence vénitien

Contestée sur son propre terrain, celui du commerce maritime, Venise fut encore plus déstabilisée par les Grandes Découvertes des Portugais et des Espagnols. L'ouverture de nouvelles routes commerciales vers l'Asie des épices via l'océan Atlantique frappa d'obsolescence les routes de la soie à travers le monde islamique et fit entrer Venise dans un irrepressible déclin. La cité des doges devint un point excentré sur la carte des échanges mondiaux...

Malgré sa perte de dynamisme économique, certaines activités continuaient cependant de prospérer dans la Sérénissime, notamment dans le domaine bancaire, avec des assurances contre le risque en mer et les pirates qui se faisait de plus en plus nombreux et menaçants. 

Comme l'absence d’arrière-pays rendait Venise vulnérable en cas de blocus maritime, la Sérénissime se lança avec succès dans des conquêtes terrestres. Venise se constitue ainsi tout un territoire sur la « terre ferme », c'est-à-dire à l'extérieur de la lagune. Cet espace était crucial pour sa sécurité comme pour son commerce avec énorméments de routes marchandes pour les métaux ou le bois de construction en provenance de l'arrière-pays. Au tournant du XVIe siècle, son territoire s'étendit des Alpes au Pô et couvrait tout le nord et l’est de l’Adriatique, ainsi que plusieurs îles importantes comme Chypre et la Crète (essentielle pour ses richesses agricoles et pour sa position au croisement des routes maritimes). Les villes gardaient leur autonomie locale. Ainsi, la chute de Constantinople aux mains des Turcs menés par Mehmet II en 1453 et les guerres d'Italie du XVIe siècle n'affectèrent pas vraiment les échanges commerciaux de Venise.

Le doge Marino Grimani reçoit les cadeaux des ambassadeurs perses en 1603, Gabriele Caliari.Palais Ducal, salle des quatre portes, Venises, Fondazione Musei Civici, DR.

Mais à ces difficultés économiques s'ajouta une crise sociale. Le patriciat avait été ruiné par les guerres, et les nobles les plus pauvres en furent réduits à vendre leur vote au Grand Conseil. Venise était désormais la ville la plus peuplée d'Europe avec 175 000 habitants (avant la peste de 1575 qui tua 50 000 personnes en un an !) et en temps de conflit, sa population s'accroissait à chaque fois de quelques dizaines de milliers de réfugiés.

Mais Venise devait aussi s'occuper de ses pauvres, qui étaient régulièrement victimes de disettes. En 1453, une loi imposa la défense gratuite des pauvres en cas de conflits juridiques et en 1529, la Sérénissime réglementa l'assistance publique. L'extension de la pauvreté entraîna une recrudescence de la violence et la construction de nouvelles prisons.

Deux portraits de la courtisane Veronica Franco peints par Le Tintoret, le premier en 1555, Madrid, musée du Prado. Le second (voir agrandissement) en 1575, Massachusetts, Worcester Art Museum.Aux côtés des pauvres, les esclaves, travaillant comme gondoliers ou personnels de maison, se faisaient aussi de plus en plus nombreux, venant non plus de Syrie ou des rives de la Volga comme autrefois, mais plutôt de Malte, de Sicile ou de Livourne. Le principal problème restait celui des vagabonds qui étaient, d'après l'historien Fernand Braudel, plus de 6000 en 1545, à tel point que la ville dut instaurer des « licences de mendicité ».

Avec la libération des mœurs, les prostituées s'étaient aussi multipliées, jusqu'à être 11 000 au XVIe siècle ! Les courtisanes vénitiennes, comme Veronica Franco qui était aussi poétesse et femme de lettres (Montaigne lui-même lui rendra hommage !) étaient très réputées et faisaient partie des attractions touristiques de la ville. 

Faut-il s'en étonner ? la syphilis ne manqua pas de frapper la ville. Les malades étaient regroupés dans l'hôpital (malheureusement trop bien nommé) des Incurables où officiaient les jésuites Ignace de Loyola et François Xavier, qui participaient à des oeuvres de charité avant d'être ordonnés prêtres à Venise en 1537.


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Publié ou mis à jour le : 2019-10-10 19:33:30

 
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