1er avril 2015 - Notre-Dame de Paris encore plus grande ! - Herodote.net

1er avril 2015

Notre-Dame de Paris encore plus grande !

La maire de Paris Anne Hidalgo envisage de rehausser les tours de Notre-Dame avec l'accord du Centre des Monuments Nationaux. Ce projet pourrait être financé dans le cadre d'un Grand Emprunt Patrimoine. De quoi relancer opportunément l'activité et l'emploi...

Il y a deux jours, Philippe Bélaval, président du Centre des Monuments Nationaux (CMN), a reçu à l'hôtel de Sully, dans le Marais (Paris), une cinquantaine de personnes de l'Association des Journalistes du Patrimoine (AJP), dont nous-mêmes.

En présence de Christophe Girard, maire du IVe arrondissement de Paris, il a évoqué un projet que lui a soumis Anne Hidalgo, maire de la capitale : rien moins que la surélévation des deux tours de la façade de Notre-Dame avec des flèches analogues à celles de Notre-Dame de Chartres.

Premier projet d'Eugène Viollet-le-Duc pour Notre-Dame de Paris (1847)« L'idée est dans l'air depuis longtemps, a tempéré Philippe Bélaval.

Elle va de pair avec les projets de restituer la flèche gauche de la basilique de Saint-Denis, démontée au XIXe siècle, ainsi que le clocher de l'église des Augustins, à Toulouse, détruit par la foudre en 1560 et remplacé par un couvercle très laid ».

– Mais en faisant ce choix, ne trahissez-vous pas votre mission qui est de conserver le patrimoine ! s'est exclamé Didier Rikner, fondateur du magazine en ligne La Tribune de l'Art.

– Le débat est ouvert, répond Philippe Bélaval. Il y a un siècle et demi, quand Eugène Viollet-le-Duc a relevé la cathédrale qui tombait alors en ruine, il avait déjà envisagé d'ériger les deux flèches de la façade selon les indications qu'avaient laissées les maîtres d'œuvre du Moyen Âge (voir l'illustration ci-contre).

– La Mairie de Paris est pour sa part favorable à cette initiative car elle donnerait du relief à un monument et un quartier qui en manquent quelque peu, ajoute Christophe Girard. Madame Hidalgo a pu constater combien les Parisiens étaient hostiles à la construction de gratte-ciel. Elle y a renoncé et souhaite aujourd'hui « donner de la hauteur » à notre ville sans la trahir.

– Est-ce à dire que vous avez renoncé à la tour Triangle, prévue à la Porte de Versailles ? interroge Michel Schulman, président de l'AJP.

– Oui, je pense effectivement que cette tour ne se fera pas. Nous avons entendu les Parisiens et pris conscience des inconvénients de ce genre de bâtiment.

Christophe Girard a été mis en cause par la blogosphère sous l'injuste accusation d'avoir dénigré le musicien Henri Dutilleux. Le voilà qui retrouve la faveur des journalistes avec cette avancée sur l'urbanisme.

Projet de restitution de la tour gauche de la basilique Saint-DenisSophie Laurant, journaliste au magazine Pèlerin, prend la parole : «  Avez-vous songé aux conséquences du changement d'aspect de la cathédrale sur les fidèles, les touristes et les Parisiens ? Quel en sera le coût pour la collectivité ? »

– Nos premières estimations s'élèvent à 70 millions d'euros. Les travaux pourraient débuter en 2017 ou 2018 et s'achever en 2020, précise Christophe Girard.

– Soit avant la fin du mandat d'Anne Hidalgo, note un journaliste (sourires complices dans l'assistance).

Le maire poursuit : « Les tours actuelles ont 69 mètres de haut. L'érection des flèches selon le projet initial d'Eugène Viollet-le-Duc les portera à 130 mètres, soit près du double. Ces flèches s'inscriront avec élégance dans le paysage urbain. Elles donneront davantage de présence à la cathédrale et relanceront l'intérêt des touristes du monde entier pour Paris. Si le projet aboutit, nous escomptons à leur inauguration une affluence redoublée dans notre ville ».

– Vous allez dilapider des ressources dans ce chantier parfaitement inutile, proteste Didier Rikner, alors que, dans le même temps, Paris et l'État coupent tous les crédits consacrés à la restauration de ce qui existe !

Le Grand Emprunt

Benoît de Sagazan, animateur du site Patrimoine en blog, intervient dans le même sens : « J'approuve tout à fait Didier. Nous ne comptons plus les églises et les châteaux en ruines, que l'on démolit ou vend faute de pouvoir les entretenir. C'est là que sont les vraies urgences... » (murmures dans la salle).

Philippe Bélaval, président du Centre des Monuments Nationaux (DR)Philippe Bélaval prend le micro et se lève : « J'aurais dû commencer par là. Quand j'ai reçu il y a trois semaines le projet de Madame Hidalgo, je me suis interrogé comme vous sur l'opportunité de cette dépense alors que nous avons le plus grand mal à boucler les chantiers de restauration existants.

Avec mon équipe, nous avons alors envisagé d'intégrer ce projet à un grand programme de travaux consacré au patrimoine architectural et artistique de la France. Je vais le soumettre à mon autorité de tutelle, la ministre de la Culture Fleur Pellerin ».

– Mais où trouverez-vous l'argent ? À Bruxelles, Francfort, Berlin ?... demande quelqu'un dans l'assistance.

– Dans la poche des Français. Je suggère un Grand Emprunt Patrimoine avec la conviction qu'il séduira bon nombre de seniors et de retraités aisés. Ces personnes, souvent, se désolent de devoir placer leurs économies dans des assurances-vie qui rapportent peu ou dans des logements locatifs qui leur causent des soucis sans fin. Elles seront ravies de pouvoir être utiles à la sauvegarde du patrimoine commun.

– Combien croyez-vous qu'un tel emprunt pourrait rapporter ? demande Benoît de Sagazan.

– Nous faisons le pari qu'au moins trois millions d'épargnants contribueront à cet emprunt à raison de mille euros par personne en moyenne, avec la garantie d'un rendement équivalent au livret d'épargne.

Florence Monteil, du mensuel Notre Temps, intervient : « Je crois que les seniors qui investiront dans ce grand emprunt seront sensibles avant tout à la perspective  de relancer l'activité, de créer des emplois et d'aider ainsi leurs enfants, petits-enfants, petits-neveux ».

Christophe Girard enchaîne : « Oui, car ces investissements seront une bouffée d'oxygène dans les métiers du bâtiment et les métiers d'art. Ils apporteront sur plusieurs décennies des perspectives d'emploi à de nombreux jeunes qui peinent à valoriser leur savoir-faire... »

– Pardon de vous couper, dit François-Xavier Lenoir, journaliste scientifique. Je vous rappelle que les métiers du patrimoine ne se limitent pas aux tailleurs de pierre et aux enlumineurs. Ce sont aussi des techniques de pointe qui mettent en œuvre de l'optoélectronique, de la micro-électronique, des matériaux composites... La France a un savoir-faire dans ces domaines qui pourra être développé dans le cadre du grand emprunt et exporté vers d'autres pays dotés d'un riche patrimoine comme l'Italie, la Grèce, l'Inde et la Chine, ou encore le Moyen-Orient lorsque l'heure sera venue de réparer les dégâts de la guerre ».

– Vous avez raison de le souligner. Le Grand Emprunt Patrimoine sera non seulement un vivier d'emplois en tous genres pour les jeunes Français mais aussi la promesse de nouveaux marchés à l'exportation, sans parler d'une plus grande attractivité de la France en matière de tourisme culturel. Cet investissement, qui pourrait dépasser les trois milliards d'euros, contribuera réellement à la relance de notre économie, opine le maire du IVe arrondissement.

Un journaliste du Moniteur intervient : « Ces trois milliards d'euros, c'est à peu près le montant projeté dans la construction de nouvelles autoroutes et lignes TGV. Ils risquent de manquer à ces investissements d'avenir ».

Nous ne pouvons nous retenir d'objecter : « Sans doute pas car le financement de ces infrastructures, en sus de toutes celles qui existent déjà, ne proviendra pas de l'épargne dormante des seniors mais sera adossé aux péages. Et notez-le, ce sera autant d'argent que les automobilistes ne pourront affecter à leurs autres besoins !... Le résultat dans ce cas sera donc nul pour l'activité économique, voire négatif car ces chantiers se traduiront par l'emploi d'une poignée seulement d'ingénieurs et de techniciens, l'importation d'engins de terrassement allemands et l'exportation des bénéfices au Luxembourg. Ils stériliseront enfin des terres agricoles sans réel profit pour la collectivité ».

– Hé bien, conclut le président du Centre des Monuments Nationaux, la preuve est faite que la culture et le patrimoine sont les meilleurs atouts de l'économie française. Espérons que le gouvernement nous entendra (rires et exclamations dans l'assistance).

Là-dessus, tout le monde s'est dirigé vers le buffet, au premier étage de l'hôtel Sully, avec une vue splendide sur la place des Vosges.

André Larané et Joseph Savès

PS : les lecteurs qui ont consulté la date de publication de cette chronique verront tout le crédit qu'il faut accorder à la proposition de Philippe Bélaval et Christophe Girard...

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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