Napoléon chef de guerre - Génie militaire - Herodote.net

Napoléon chef de guerre

Génie militaire

Jean Tulard (Fayard, 380 pages, 24 euros,  2013)

Napoléon chef de guerre

Tandis que l'on commémore le bicentenaire de la campagne de France, deux mois d'hiver durant lesquels l'Empereur fit une ultime démonstration de ses talents de stratège, voici un ouvrage bien utile pour comprendre les ressorts de ses succès (et de ses défaites). On y retrouve le brio et la plume facile de l'historien Jean Tulard. Tous les amateurs d'Histoire y trouveront leur compte - pas seulement les fans de Napoléon ou de l'art militaire.

Regrettons seulement l'absence d'illustrations. Quelques beaux uniformes ou pièces d'artillerie eussent fait l'affaire.

Lecteur curieux et avide, le jeune Bonaparte s'est très tôt plongé dans la littérature militaire. Il tire profit des innovations de la fin du XVIIIe siècle (Du Teil, Guibert, Gribeauval) et analyse avec attention les exploits de Frédéric II, notamment sa stratégie dite de l'«ordre oblique».

Aux responsabilités, il manifeste très vite son sens de l'organisation en détachant du ministère de la Guerre, en charge des opérations, un ministère de l'Administration de la guerre, non moins essentiel. Lui-même a soin de bien s'entourer. Pour l'exécution de ses ordres, il dispose d'un chef d'état-major exceptionnel en la personne d'Alexandre Berthier. Il lui manquera cruellement à Waterloo. Ses maréchaux rivalisent également d'audace mais les jalousies font des ravages. Livrés à eux-mêmes en Espagne puis plus tard en Allemagne, incapables de coordonner leurs efforts, ils mènent leurs armées à la déroute.

Napoléon peut s'appuyer aussi sur quelques centaines de généraux, la plupart sortis du rang à la faveur des guerres de la Révolution et de l'Empire. Ils se caractérisent par la bravoure. Deux cents laissent la vie sur le champ de bataille. Enfin, last but not least, derrière le corps des officiers viennent les soldats. Depuis la loi Jourdan, ils sont le produit de la conscription, un service militaire obligatoire qui s'adresse à tous les jeunes hommes de vingt à vingt-cinq ans révolus. Mais une partie seulement d'entre eux est enrôlée, par tirage au sort, en fonction des besoins du moment définis par un senatus-consulte.

Au total, ainsi que le rappelle Jean Tulard, c'est 2.500.000 hommes qui ont été levés pendant les dix années qu'a duré l'Empire... soit près de deux fois plus que pendant la première moitié du XVIIIe siècle. Encore faut-il y ajouter les contingents étrangers, de plus en plus nombreux au fil du temps.

Évidemment, l'Empereur a le sens des relations humaines. Il sait se faire aimer de ses hommes (tournée des bivouacs avant Austerlitz, bulletins flatteurs après les batailles...). Les soldats ambitionnent légitimement de monter en grade ou pour le moins d'accéder au corps d'élite, la Garde impériale.

À côté du facteur humain, Jean Tulard se penche sur l'armement, en soulignant la montée en puissance de l'artillerie au fil des ans. La puissance de feu devient de plus en plus redoutable et décisive. C'est le lointain prémisse du bouleversement auquel on va assister un siècle plus tard, dans les guerres balkaniques et surtout la Première Guerre mondiale, avec une puissance de feu telle qu'elle brisera net les charges d'infanterie et obligera les troupes à s'enterrer.

Plus pittoresque, le renseignement. L'historien revient sur le rôle prêté à l'espion Schulmeister dans la victoire d'Ulm. L'argent également est un facteur essentiel dans la guerre. Indispensable pour financer les opérations, on va le chercher dans les pays conquis. Pillage informel par les soldats comme par les maréchaux, pillage organisé par l'État lui-même.

Dans la deuxième partie de son étude, Jean Tulard aborde les conditions de la bataille dans les moindres détails (transmission des ordres, rôle de la musique etc). Il n'oublie pas aussi la marine même si la France n'a pas brillé en ce domaine. Il se penche aussi sur le sort des blessés et le service de santé, sujets peu connus, et discute du nombre de victimes total occasionné par les guerres napoléoniennes.

André Larané

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47

Des cadeaux
pleins d'Histoire

La boutique d'Herodote.net, ce sont des idées de cadeaux pour tous ceux qui aiment l'Histoire

Voir la boutique

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations


L'Antiquité classique
en 36 cartes animées


Galerie d'images
un régal pour les yeux