Le Congo

Une zone de conflit au coeur de l'Afrique

Ancienne colonie belge, la République Démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) est le géant de l'Afrique des Grands Lacs mais figure parmi les pays les plus pauvres et les plus instables du monde.

Ses divisions tribales, la richesse potentielle de son sous-sol en minerais rares ou précieux et les convoitises de ses voisins sont cause d'une agitation chronique depuis son indépendance, en 1960.

Béatrice Roman-Amat et André Larané
Un pays continent

Le drapeau de la République Démocratique du CongoLa République Démocratique du Congo se fait aussi appeler Congo-Kinshasa, du nom de sa capitale, pour se distinguer du petit Congo voisin, ancienne colonie française, lui-même appelé Congo-Brazzaville.
D'une superficie équivalente à quatre fois la France (2,4 millions de km2), la RDC est un immense rectangle de terres, à cheval sur l'Équateur. À l'Ouest, elle est reliée à l'Atlantique par l'étroit couloir du Bas-Congo. À l'Est, elle borde les Grands Lacs, comme ses voisins, petits mais belliqueux : Rwanda, Burundi et Ouganda.
Le pays occupe le bassin du puissant fleuve Congo, huitième du monde par sa longueur (4700 km) et deuxième après l'Amazone par son débit (80 000 m3/sec). Il dispose de terres fertiles et bien arrosées mais encore très peu cultivées. Sa forêt primaire est riche en bois précieux. Il dispose surtout d'un sous-sol truffé de minerais et de pierres précieuses - cuivre, cobalt, diamants, or, charbon, fer etc. Un « scandale géologique » de l'avis des experts 
Le Congo-Kinshasa compte plus de 110 millions d'habitants (2025) avec un indice de fécondité de 6 à 7 enfants par femme parmi les plus élevées du monde et une croissance très rapide (17 millions d'habitants en 1970). La population, très majoritairement bantouphone, est divisée en plusieurs centaines de groupes ethniques avec pour langue officielle le français et quatre langues nationales : le lingala, le kikongo, le swahili et le tshiluba.

Carte de la République démocratique du Congo, ex-Zaïre (Paul Coulbois pour Herodote.net)

Le noyau bantou

Au premier millénaire après J.-C., des agriculteurs bantous à peau noire, venus du Nigeria ou du Cameroun actuels, migrent vers le sud, à la recherche de zones plus fertiles. Dans le bassin du fleuve Congo, ils forment le « noyau bantou occidental » et, plus à l'Est, autour des Grands Lacs, le « noyau bantou oriental ».

Sur place, ils rencontrent des populations autochtones : Pygmées et Bushmen. Ces Aborigènes à peau cuivrée sont encore ignorants de l'agriculture et mènent une existence de survie en lisière des forêts. Débordés par l'arrivée de migrants à forte natalité, il sont exterminés ou repoussés au plus profond des forêts. C'est là que survivent misérablement leurs ultimes descendants.

Au XVe siècle, les Bantous constituent un royaume du Kongo à l'organisation politique et économique solides. Il couvre le quart sud-ouest de l'actuel Congo-Kinshasa. Sa survie va être mise à mal par l'arrivée des premiers Européens.

Christianisation et traite négrière

À la recherche d'une route maritime vers les Indes des épices, les navigateurs portugais atteignent en 1484 l'embouchure du fleuve Congo.

En 1482, l'explorateur Diogo Cão entre en contact avec le roi du Kongo Nzinga Nkuvu. Des membres de sa famille iront à Lisbonne et, de retour, convaincront le roi de se faire baptiser. Ce sera chose faite le 3 mai 1491. Il prendra le nom de Jean Ier (Dom João) en l'honneur de son homologue portugais, son épouse devenant Eléonor et son fils Alphonse (Afonso en portugais).

Entre-temps, les Portugais s'enhardissent jusqu'à remonter le fleuve Congo, au moins sur une centaine de kilomètres, jusqu'aux chutes puissantes qui barrent le cours supérieur et en interdisent l'accès aux navires de mer. Le roi autorise par traité les Portugais à s'installer sur les rives du fleuve.

Rapidement, des missionnaires commencent à parcourir le royaume en tout sens et des églises sortent de terre...

Mais non moins rapidement, le trafic d'esclaves se met en place, privant le royaume d'une partie de sa force vitale. Les marchands portugais achètent des esclaves afin d'alimenter en main-d'oeuvre les plantations sucrières de l'île de Sao Tomé. Des esclaves sont aussi vendus à Elmina, sur la Côte de l'Or (aujourd'hui le Ghana) à des chefs africains qui exploitent des mines d'or.

La tentative de résistance des rois du Kongo échoue, de même que celle de mouvements religieux d'inspiration messianique. Le 29 octobre 1665, le roi Antonio Ier est battu et décapité par des trafiquants portugais. C'est la fin du premier royaume chrétien d'Afrique noire.

Parallèlement, dans le quart sud-est du Congo-Kinshasa (province du Katanga), s'étend un autre royaume bantou, l'empire Luba. Fondé au XVe siècle, il va perdurer jusqu'à l'arrivée des Belges, au XIXe siècle.

En 1706, Ndona Béatrice Kimpa Vita, prophétesse d'un mouvement messianique, est condamnée pour hérésie et brûlée vive par les Portugais, ce qui lui vaut le surnom quelque peu abusif de « Jeanne d'Arc africaine ». Elle est la première représentante des Églises proprement africaines. La plus connue est l'Église de Jésus-Christ sur terre, fondée au XXe siècle par Simon Kimbangu. 

Explorateurs et exploitation

L'explorateur britannique Henry Morton Stanley, celui-là même qui a « retrouvé » le docteur Livingstone, mène dans les années 1880 des explorations pour le compte du roi des Belges Léopold II, qui souhaite créer un État sur les rives du Congo. Henry Morton Stanley installe toute une série de comptoirs commerciaux le long du fleuve.

En 1885, la conférence de Berlin réunit les chefs d'États européens qui souhaitent se partager le « gâteau » africain. Le roi Léopold II obtient que le Congo lui soit cédé, à titre privé. Ainsi naît « l'État indépendant du Congo », que le roi promet d'ouvrir à la civilisation, à la foi et au libre échange.

Les cataractes de Kintamo, sur le fleuve Congo, en aval de KinshasaParallèlement, la région explorée par le Français Pierre Savorgnan de Brazza devient le Congo, un des quatre États de l'Afrique Équatoriale française, et Brazzaville sa capitale.

Léopoldville (future Kinshasa), capitale du Congo belge,  a été fondée comme Brazzaville dans les années 1880. Les deux villes ont été implantées en amont de violents rapides (les « cataractes de Kintamo ») et à l'extrémité du pool Malebo (anciennement Stanley pool), un lac semé d'îles et formé par le fleuve. Elles sont séparées par la largeur du fleuve (quelques kilomètres à cet endroit).

Léopold II se donne pour objectif de « civiliser » à tout prix son territoire du Congo. Mais la mise en place des infrastructures permettant l'exploitation des richesses naturelles est extrêmement coûteuse. En dix ans, la quasi-totalité de sa fortune personnelle est dilapidée, l'obligeant à souscrire un prêt de 25 millions de francs auprès de l’État belge.

À la fin du XIXe siècle, enfin, l’exploitation du caoutchouc permet au Congo de devenir une affaire rentable. Mais c'est au prix de méthodes quasi-esclavagistes. Travail forcé, mauvais traitements et mutilations sont les méthodes employées dans les mines et les exploitations de caoutchouc comme dans la construction de chemins de fer par les agents des compagnies commerciales. En quelques années, des centaines de milliers d’indigènes meurent des suites des mauvais traitements.

Une campagne internationale est orchestrée par la presse britannique. En 1904, est fondée la Congo Reform Association pour défendre les droits des indigènes et révéler les épouvantables exactions dont ils sont victimes. Elle est soutenue par plusieurs écrivains célèbres tels Arthur Conan Doyle, Anatole France, Joseph Conrad ou Mark Twain.

Relayée par le leader socialiste Émile Vandervelde, la campagne rencontre un certain écho en Belgique. Sous la pression de l’opinion publique, Léopold II accepte de léguer le Congo à l'État belge. Mais la reprise de la colonie divise la classe politique. Les socialistes et une partie des libéraux y sont opposés en raison du coût de l’entreprise. Finalement, le 15 novembre 1908, la Chambre approuve par 90 voix contre 48 l'annexion du Congo à la Belgique. L’État indépendant du Congo devient officiellement le Congo belge et son nouveau tuteur adoucit quelque peu les méthodes de gestion.

Une indépendance compliquée

À la veille de l'indépendance, le Congo belge compte tout au plus 110 000 à 115 000 Européens, essentiellement des Belges. C'est nettement moins de 1% de la population totale d'un territoire de 2,4 millions de km2.

Cet édifice colonial, qui tient à peu de chose, se craquelle dès après la Seconde Guerre mondiale. En 1959, des émeutes sanglantes secouent le Congo belge. Le Mouvement National Congolais, mené par Patrice Lumumba, réclame l'indépendance. Le gouvernement belge accède à sa demande sans se faire prier. Le Congo-Léopoldville naît le 30 juin 1960, quelques semaines avant le Congo-Brazzaville. Patrice Lumumba en devient le Premier ministre et son rival Joseph Kasavubu le président.

Cependant, le nouvel État sombre très vite dans l'anarchie car il manque cruellement d'élites et ses populations sont très divisées. La province minière du Katanga, au sud, fait sécession, avec la bénédiction d'hommes d'affaires belges. Progressiste et partisan d'un État centralisé, Patrice Lumumba est assassiné. Peu après, le secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies (ONU), le Suédois Dag Hammarskjold (56 ans), meurt dans un accident d'avion, vraisemblablement un attentat, alors qu'il tentait de résoudre le conflit civil... Au Katanga, Moïse Tshombé finit par renoncer à la sécession en 1963, sous la pression des casques bleus de l'ONU.

Mobutu, dictature et « zaïrisation »

En 1965, le chef d'état-major, le maréchal Joseph Mobutu, orchestre un coup d'État et s'empare du pouvoir. Il ne l'abandonnera qu'en 1997. Son parti unique, le Mouvement Populaire de la Révolution, accapare toutes les richesses du pays. Par crainte de voir basculer l'immense Congo dans le camp soviétique, les Occidentaux ferment les yeux sur ce régime autocratique corrompu.

Sous prétexte d'un retour à une « authenticité » précoloniale, Mobutu rebaptise la capitale Kinshasa en 1966 et le pays lui-même Zaïre en 1971 (ce nom serait celui que les habitants donnent à leur grand fleuve). Les prénoms chrétiens sont remplacés par des noms « zaïrois » et de nombreuses entreprises sont nationalisées. L'économie du pays s'effondre.

Le pire reste à venir. En 1994, le génocide du Rwanda, à la frontière orientale du pays, bouleverse la donne. Dans les montagnes du Kivu, à l'Est du Zaïre, se réfugient de nombreux Hutus du Rwanda, y compris des soldats de l'ancienne armée, fuyant l'arrivée des Tutsis. La guerre s'étend à l'ensemble de la région. Elle est le fait de soldatesques originaires de tous les pays limitrophes et désireux de faire main basse sur les richesses minières du Nord-Kivu (or, cobalt, coltran, pierres précieuses...).

Scène d'exode face à une rébellion locale dans le Kivu (2012, Est du Congo-Kinshasa), DR

La région des Grands Lacs à feu et à sang

Cette « guerre des Grands Lacs » qui n'en finit pas est la conséquence directe du génocide du Rwanda. Elle a déjà causé trois à quatre millions de morts en dix ans, essentiellement des civils obligés de fuir dans les forêts, victimes de tueries mais aussi de maladies et de malnutrition. Mutilations, viols et enrôlement d'enfants-soldats ajoutent au malheur de ces populations...

Publié ou mis à jour le : 2025-08-14 18:24:54
Christian (27-01-2025 09:00:46)

La ville congolaise de Goma (plus d'un million d'habitants) serait tombée aux mains des rebelles du M23. La ministre congolaise des affaires étrangères a accusé le Rwanda d'avoir envoyé de nouvelles troupes dans son pays pour soutenir les rebelles, ce qui équivaudrait à une véritable "déclaration de guerre". Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est contenté de réclamer le retrait "des forces extérieures" sans les nommer explicitement, ce qui est une manière de ne pas vraiment prendre parti dans un conflit qui aurait fait plus de six millions de morts en trente ans...

Christian (21-12-2022 12:33:08)

L'accalmie intervenue en 2013 n'a malheureusement guère duré. Félix Tshisekedi, qui a succédé à Joseph Kabila comme président du Congo-Kinshasa en 2019, doit faire face à plusieurs mouvements de rébellion, dont celui du M23 qui a repris la lutte en 2021.

Rappelons que le M23 est soutenu par le Rwanda, qui occupe ainsi de fait une partie du territoire congolais mais qui semble bénéficier d'une certaine indulgence de la part de la classe politique française, indulgence alimentée sans doute par une mauvaise conscience qui remonte au génocide de 1994.

Plus de vingt-huit ans après ce génocide, ce sont donc les populations congolaises qui en font aujourd'hui les frais dans l'indifférence générale, alors que le cobalt et le lithium nécessaires à la fabrication des batteries suscitent bien des convoitises...




2019 Félix Tshisekedi succède à Joseph Kabila comme président du Congo-Kinshasa.

2021 Reprise des combats entre les forces gouvernementales et les rebelles du M23 (soutenus par le Rwanda). Accord de cessez-le-feu conclu à Luanda en 2022 (?)

DEBOUVERIE (01-07-2017 18:26:27)

Généralement, l'Est est à droite sur une carte quand le Nord est au-dessus , et l'Ouest à gauche. Ce serait sympathique de rectifier .

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