Un temps de mammouth

Portrait d’un géant disparu

Aurignac est un village paisible de 1200 habitants au sud de la Haute-Garonne, au cœur de l’ancien comté de Comminges. À son charme médiéval s’ajoute le fait que c’est le lieu éponyme de la première culture de l’Homo Sapiens européen, l’Aurignacien, 43000 à 33000 ans avant nous (en anglais : BP, Before Present).

Au flanc du village, un musée raconte cette découverte et l’étendue de la culture aurignacienne dont les témoignages s’étendent à toute l’Europe centrale. Le musée est relié par un chemin bucolique à l’abri sous roche où l’aventure a commencé, en 1860, avec la démonstration par le paléontologue de génie Édouard Lartet que des hommes ont vécu bien avant le Déluge décrit par la Bible !

Pour fêter ses dix ans, le musée de l’Aurignacien nous propose jusqu’au 12 octobre 2025 une belle exposition consacrée au mammouth laineux, un animal contemporain des hommes du Paléolithique supérieur. « Cette exposition se veut ludique, interactive mais aussi pédagogique », résume Sébastien Marzin, directeur du musée de l’Aurignacien. 

Le clou de l’exposition est un mammouth authentique ou du moins son squelette. Il s’agit d’une femelle d’âge moyen (40 ans) et de taille relativement modeste (4,10 mètres de long pour 1,20 de large, et 2,20 de haut). Elle a vécu en Sibérie, près du fleuve Léna, il y a environ 20000 ans.

Squelette de Léna, femelle mammouth originaire de Sibérie, et Félix, reconstitution de jeune mammouth laineux

Les visiteurs, tous âges confondus, apprécient aussi de découvrir l’importance du mammouth et des autres grands mammifères dans la culture paléolithique. Cette culture a dû aussi s’accommoder de brutales mutations climatiques. Si les hommes et plusieurs espèces animales ont pu s’adapter en conséquence, ce ne fut pas le cas du mammouth laineux, incapable de survivre au réchauffement climatique du Néolithique.

Grâce aux nombreux fossiles conservés dans le permafrost (sol gelé) sibérien, les paléontologues connaissent cette espèce disparue, lointaine cousine de nos éléphants d’Afrique et d’Asie, presque aussi bien que toute autre espèce vivante…

Fossiles de grands carnivores du Paléolithique supérieur

Jusqu’à des écarts de dix degrés Celsius

Durant tout le Paléolithique, en Europe comme dans le reste du monde, les alternances de périodes très froides et tempérées modifient profondément le paysage. Le climat fluctue suivant des cycles d’environ cent mille ans qui alternent périodes glaciaires et interglaciaires.

Doggerland et Europe du nord au pic de la dernière glaciation (21000 BP)Avec des températures qui peuvent être inférieures de dix degrés aux températures actuelles, les périodes glaciaires se traduisent par une grande extension des glaciers et des calottes qui recouvrent les pôles. De ce fait aussi, le niveau des océans peut descendre jusqu’à une centaine de mètres en-dessous du niveau actuel.

Au maximum de la dernière glaciation, environ 21000 ans avant nous, les glaciers avançaient jusqu’au sud de l’Angleterre. Par ailleurs, la Manche et une grande partie de la mer du Nord se parcouraient à pied sec. Ce vaste territoire désertique était balayé par des vents violents et il s’ensuivait des nuages de poussières (le loess) qui allaient se déposer en Europe continentale.

L’Europe elle-même était le domaine de la toundra, étendues couvertes de mousses et de lichens, ainsi que de steppes herbeuses parcourues par des troupeaux de grands mammifères : mammouths laineux, rhinocéros laineux, rennes, bisons, cerfs, etc. Il fallait aussi compter avec les carnivores tels que lions, ours ou hyènes des cavernes.

À la suite de la dernière déglaciation, bien plus brutale que les précédentes, les températures, le taux d’humidité et le niveau des océans s’élevèrent très fortement. Les prairies d’herbe rase qui nourrissaient les troupeaux de grands mammifères devinrent des marécages et la steppe céda la place à la forêt.

Les mammouths laineux n’eurent plus les moyens de survivre. Les derniers spécimens, sur l’île de Wrangel, dans l’océan Arctique, disparurent 3800 ans avant nous.

Une civilisation du mammouth !

Homme-lion, musée d?Ulm © Musée AurignacC’est dans ce contexte que se développèrent les premières cultures connues de l’Homo Sapiens, notre ancêtre.

Nous en gardons témoignage grâce aux artefacts en os, ivoire ou pierre recueillis dans les abris sous roche : outils, armes, parures, etc. Les premiers furent révélés par le paléontologue Édouard Lartet en 1860 à Aurignac.

Ces artefacts témoignent de l’importance du mammouth dans la culture. Beaucoup étaient en effet taillés dans des défenses ou des os de mammouths.

C’est le cas de la plupart des « Vénus » de la Préhistoire, réalisées en ivoire, comme de l’une des plus anciennes sculptures aurignaciennes : l’Homme-lion, une statuette de 30 cm sans doute à vocation religieuse, taillée dans une défense et découverte en 1939 en Allemagne du sud.

À la fin de la dernière glaciation, soit 15000 ans avant nous, dans les plaines d’Europe orientale, les interactions entre humains et mammouths ont conduit à évoquer une « civilisation du mammouth » : outils, armes, parures, objets d’art et même huttes !

Découvert en 1908, le site paléolithique de Mizyn, au nord-est de Kiev, est l'un des exemples les plus importants et les plus connus de la culture magdalénienne en Ukraine. On estime son âge à environ 18 000 ans. Les habitants chassaient le mammouth, le cerf et d'autres animaux.

Hutte en ossements de mammouths découverte à Mizyn (Ukraine)Cinq habitations circulaires y furent découvertes, la plus grande mesurant 6 mètres de diamètre. Elles étaient construites à l'aide de poteaux de bois recouverts de peaux d'animaux et renforcés par des os ou des défenses de mammouth.

Dans la même région, sur le site archéologique de Molodova, des recherches récentes ont montré que l’homme de Néandertal a aussi, bien avant Homo Sapiens, récupéré et agencé des ossements de mammouths pour constituer une habitation.

Le mammouth laineux devait avoir chez les hommes du Paléolithique une valeur utilitaire, soit qu’ils le chassent, soit qu’ils récupèrent ses cadavres pour s’en nourrir et en tirer des artefacts. Mais il devait avoir aussi une forte valeur symbolique et mystique au vu de ses nombreuses représentations sur les parois des grottes, plus nombreuses à mesure qu’il se raréfiait !

Fabienne Manière
Publié ou mis à jour le : 2025-09-24 13:04:14
Philippe (24-09-2025 12:22:38)

Tout à fait d'accord avec Vintotal. Pourquoi introduire des anglicismes là où ça n'apporte rien de plus et où insidieusement on remplace petit à petit notre langue par une autre. C'est un phénomène général que l'on retrouve partout comme si nous avions honte d'être français. Nous ne cessons d'avoir honte de nous-mêmes et de nous coucher devant ce qui nous vient d'ailleurs, notamment l'Amérique, comme si ce qui nous vient de l'autre côté de l'Atlantique était forcément mieux et que nous n'ayons pas de valeurs à défendre.

Vintotal (20-09-2025 23:13:47)

Je ne vois pas la valeur ajoutée d'utiliser des anglicisme pour la datation.

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