Des « Trois royaumes » aux Sui (221-618)

L'empire chinois sur le point de disparaître

Au début de notre ère, en Chine, la prestigieuse dynastie Han laisse place à l'époque turbulente des « Trois royaumes » (221-265). Profitant du désordre ambiant, les barbares cantonnés aux frontières se font revendicatifs (tout comme sur le limes romain à la même époque !). C'est ainsi qu'en 316, Chang'an tombe sous les assauts d'un chef Xiongnu (Hun) qui se pare d'un nom chinois, Liu Yao, et revendique l'héritage des Han.

La suite est aussi complexe et tourmentée que la période mérovingienne et le haut Moyen Âge à l'autre extrémité de l'Eurasie. Et d'un côté comme de l'autre, les atrocités du temps conduisirent les hommes à chercher consolation et espérance dans une religion d'amour et de paix. C'est ainsi que le bouddhisme séduisit la Chine comme le christianisme séduisit l'Europe...

Cette époque de fer et de sang sera magnifiée au XIVe siècle par un roman épique, Le roman des Trois Royaumes... et en 2008 par un film à grand spectacle, Les Trois Royaumes (John Woo). C'est aussi, paradoxalement, un âge d’or de la poésie. Par ailleurs, le taoïsme et le bouddhisme gagnent du terrain aux côtés du confucianisme traditionnel.

Les « Trois Royaumes » défont l'empire

En 184 de notre ère, une jacquerie, la révolte des « Turbans Jaunes », a raison de la dynastie Han. La Chine atteint alors le comble de la misère. « L'anarchie règne dans la capitale de l'Ouest, troublée par les tigres et les loups... Les ossements humains couvrent la plaine. Au bord d'une route, une femme en proie à la famine abandonne son enfant dans les herbes », témoigne un poète. À Chang'an, les palais impériaux sont détruits ainsi que tous les trésors accumulés par les Han.

Dans le désordre ambiant, trois usurpateurs s'emparent du pouvoir en 222 : Wei (capitale : Luoyang), Shu (capitale : Chengdu) et Wu (capitale : Wuchang).

Dans les trois royaumes, le pouvoir s’affaiblit rapidement. Un chef de guerre du Wei parvient à s’emparer du Shu en 263 et se proclame roi de Jin. Puis son fils Jin Wudi s’empare du Wu en 280, réunifiant l’empire chinois pour une courte période.

Judi réalise des réformes politiques et judiciaires, et pendant quelques années la prospérité semble revenue. Mais en 290, sa mort entraîne une sanglante guerre de succession qui va durer 15 ans. Cette nouvelle période de chaos affaiblit considérablement le pays.

Dans le même temps, les peuples d’origine barbare installés en Chine du nord sont massivement utilisés comme mercenaires et acquièrent de plus en plus de pouvoir. Ils fondent des royaumes indépendants dans le nord à partir de l’an 304. La capitale, Luoyang, est prise en 311 et l’empereur Jin est tué. La Chine du nord passe intégralement sous le contrôle des barbares cinq ans plus tard : elle se retrouve divisée en plusieurs royaumes très instables qui se font sans cesse la guerre, ce qui provoque un important recul économique et artistique.

En 318, rebutée par les barbares, la dynastie impériale de Jin, qui gouvernait le royaume de Wei, se réfugie au sud du Yangzi Jiang, le grand Fleuve Bleu qui sépare la Chine du nord de la Chine du sud. Elle s'installe à Jiankang (l'actuelle Nankin) et contribue à la sinisation de cette Chine du sud encore arriérée. 

La Chine du nord retrouve quant à elle son unité sous la férule d'une tribu d'origine turco-mongole, les Tabgatch, dont le nom deviendra tuoba en chinois. Ces barbares vont peu à peu s'amadouer et même se faire les promoteurs du bouddhisme. Ils vont attacher leur nom à la plus grande sculpture religieuse qu'ait possédée la Chine, l'équivalent de notre art roman et gothique, dans les grottes de Yun-kang (Chansi) et Long-men (Honan).   

En 347, les Jin parviennent à s’emparer du Sichuan à l’ouest. Puis ils lancent des expéditions au nord contre les autres royaumes barbares : Qin antérieurs à l’ouest, Yan antérieurs à l’est. Malgré quelques succès, cela ne fait qu’affaiblir les Yan comme les Jin, et ce sont les Qin antérieurs qui en profitent : ceux-ci s’emparent du Sichuan et de tous les royaumes barbares, unifiant la Chine du nord en 376.

La menace qui pèse sur la Chine du sud est écartée de justesse sept ans plus tard à la bataille de la rivière Fei : les Jin remontent la frontière jusqu’au Fleuve Jaune tandis que le royaume des Qin antérieurs se désagrège. La Chine du nord retrouve sa fragmentation en plusieurs royaumes barbares.

Peu après, des luttes de pouvoir plongent la Chine du sud dans dix nouvelles années de guerre civile aggravée par les guerres contre le nord. C’est le général Liu Yu qui rétablit l’ordre : il s’empare du trône en 420, fondant une nouvelle dynastie.

Peu après au nord, le royaume Wei amorce une expansion sous l’impulsion de son roi Tuoba Tao : il unifie ainsi la Chine du nord en 439.

Le sud n’est autre que la continuité de l’ancien empire Han : autrefois à l’écart du centre politique de la Chine, il est maintenant complètement acquis à la culture chinoise et connaît un développement marqué avec une abondante création artistique. Quant au nord dirigé par une dynastie d’origine barbare, il a connu un recul économique par rapport à l’époque des Han.

Il continue pourtant de bénéficier du commerce par la Route de la Soie, tandis que le sud plus à l’écart doit développer une route maritime avec l’Inde qui est alors à son apogée. Cela favorise l’essor de royaumes intermédiaires : Champa dans l’actuel Vietnam, Fou-nan centré sur l’actuel Cambodge, et Tarumanagara à Java. Grâce à cette ouverture, le bouddhisme tend peu à peu à supplanter le confucianisme en Chine. Il gagne aussi le Koguryo en Corée, qui continue à s’étendre et atteint son apogée.

La période reste très belliqueuse : en Chine les empereurs ont une faible légitimité et doivent composer avec une aristocratie guerrière puissante. En 450, l’empereur du nord Tuoba Tao mène une expédition militaire qui affaiblit considérablement le sud et repousse la frontière.

Peu à peu, le nord achève sa sinisation et le contrôle sur les populations des steppes s’affaiblit. La capitale finit par être déplacée à Luoyang. Les garnisons du front nord, insatisfaites par cet éloignement du pouvoir, finissent par se révolter. En 528, Luoyang est mise à sac.

Le royaume du sud profite de cette nouvelle faiblesse en lançant une campagne militaire contre le nord. Face au chaos, deux seigneurs de guerre finissent par prendre les choses en main. La Chine du nord se retrouve divisée en deux royaumes : le Zhou à l’ouest avec pour capitale Chang’an, et le Qi à l’est avec pour capitale Ye.

Finalement, ça contribue à redonner une nouvelle vitalité à la région : à l’ouest les Zhou s’emparent du Sichuan aux dépens de la Chine du sud. À l’est, la progression des Qi vers le sud provoque la chute de la dynastie. Les Chen arrivent au pouvoir tandis qu’un général dissident établit son propre royaume au centre.

Les années suivantes sont marquées par des révoltes internes dans le Qi : en 577, le Zhou en profite et annexe le Qi. Peu après, un général des Zhou renverse le roi et fonde la dynastie Sui, prenant le nom de Sui Wendi. En 589, il s’empare du Chen, réunifiant durablement la Chine : après trois siècles de divisions, le pays va enfin connaître trois siècles d’unité. 

En 618 enfin, la Chine retrouvera son unité avec Taizong, fondateur de la dynastie des Tang.

Vincent Boqueho
Publié ou mis à jour le : 2025-04-23 00:07:52

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