Turbulents Scandinaves

Histoire de la Scandinavie de 1523 à 1721

À la fin du Moyen Âge, au XVe siècle, toute la Scandinavie parle encore des langues voisines dérivées du vieux norrois des anciens Vikings, et elle partage une même culture. Mais historiquement, il y a toujours eu trois grands espaces d’influence : l’un vers le monde balto-slave et la Finlande (depuis la Suède), l’autre vers l’Europe Occidentale (depuis le Danemark), et le dernier vers les îles de l’Atlantique Nord (depuis la Norvège).

Cette distinction a fini par entraîner l’existence de trois royaumes aux origines des trois  États modernes que nous connaissons. Notons que la Finlande a longtemps fait partie du royaume de Suède tout en conservant une langue et une culture propre. Quant à l’Islande, elle est restée une possession de la Norvège jusqu’à notre époque.

Envahissante Suède

En 1397, le jeu des successions place une unique reine à la tête des trois royaumes, Marguerite Ière : c’est l’acte de fondation de l’Union de Kalmar. Cependant, celle-ci s’avère très instable : en effet, à chaque nouvelle succession, le choix d’un nouveau monarque est soumis aux élections des nobles des trois royaumes qui sont rarement d’accord entre eux.

Par ailleurs, la capitale de l’Union est située à Copenhague, ce qui mécontente les Suédois de Stockholm. Finalement, la plupart des successions entraînent des guerres entre factions rivales.

Lucas Cranach l'Ancien, Christian II, vers 1523-1530, musée des Beaux-Arts de Leipzig. Agrandissement : le roi Christian III du Danemark, Anonyme.C’est notamment le cas lorsque Christian II monte sur le trône en 1513 : après sept années de lutte pour le trône de Suède, il se livre au mémorable « Bain de Sang » de Stockholm qui ne fait que renforcer l’insurrection dans ce pays.

En 1523, Gustave Vasa est élu roi de Suède, mettant définitivement fin à l’union de Kalmar. Quant à la Norvège, moins peuplée et moins riche en terres arables, elle restera arrimée au Danemark jusqu’au XIXe siècle.

Cette époque est aussi celle de la naissance du protestantisme en Allemagne. La nouvelle confession chrétienne se diffuse en Scandinavie avec une grande facilité et dès 1536, la Suède comme le Danemark-Norvège deviennent officiellement luthériens.

Tandis que le roi Christian III du Danemark développe sa marine de guerre, Gustave Vasa de Suède mise tout sur le développement d’une armée permanente, ce qui va considérablement renforcer la puissance de ce pays.

Dès 1561, son successeur participe à la guerre de Livonie aux côtés de la Pologne-Lituanie pour contrer les prétentions de la Russie. Cela permet à la Suède de s’emparer du nord de l’actuelle Estonie sur fond de rivalité avec le Danemark qui dégénère en une guerre ouverte de sept ans.

Les choses se compliquent lorsque le fils du roi de Suède est élu roi de Pologne-Lituanie sous le nom de Sigismond III avant de devenir roi de Suède en 1592. Comme il préfère se focaliser sur la Pologne en s’installant à Varsovie, il s’ensuit une révolte dans son pays d’origine, la Suède, sous la conduite de son oncle Charles IX. Celui-ci finit par récupérer le trône de Suède en 1604, ce qui n’empêche pas la guerre contre la Russie de se poursuivre.

En parallèle, Charles IX tente de contourner les péages sur les détroits de la Baltique en conquérant la Laponie au nord, mais en réaction, le roi Christian IV qui règne sur le Danemark et la Norvège attaque la Suède en 1611. Celle-ci doit renoncer à atteindre l’Atlantique mais obtient la levée des taxes sur les détroits de la Baltique. En parallèle, le développement de la flotte danoise lui permet d’implanter un premier comptoir en Inde en 1620.

Cependant, la puissance de la Suède se renforce encore sous l’impulsion de son nouveau roi Gustave-Adolphe. Non seulement il modernise l’armée, mais il se révèle être un excellent commandant militaire.

Bataille de Lützen (1632) et mort Roi Gustave-Adolphe de Suède, Carl Wahlbom, 1855, musée des Beaux-Arts de Stockholm.

 Il profite d’abord des troubles que traverse la Russie pour s’emparer de l’Ingrie en 1617. Puis en 1626, il relance la guerre contre la Pologne-Lituanie dans le contexte de la guerre de Trente Ans qui oppose principalement les puissances protestantes et catholiques. Il en profite pour s’emparer de la Livonie en 1629, puis il remporte une victoire écrasante contre la ligue catholique en 1631 à la bataille de Breitenfeld, mais il meurt un an plus tard à la bataille de Lützen.

C’est sa fille Christine qui va récupérer le fruit de ses conquêtes : par les traités de Westphalie en 1648, la Suède gagne la Poméranie Occidentale et le Brême-et-Verden dans le Saint-Empire, et le Jamtland et l’île de Gotland aux dépens du Danemark-Norvège. Puis en 1655, son successeur Charles X attaque la Pologne-Lituanie et ravage le pays de fond en comble. Cet expansionnisme finit par lever tout le monde contre lui : la Russie, l’Autriche-Bohême-Hongrie, le Brandebourg-Prusse et le Danemark-Norvège.

La Suède parvient pourtant à résister et elle rogne de nouveaux territoires sur le Danemark en 1658. C’est aussi l’époque où elle fonde plusieurs forts en Afrique, sur la Côte-de-l’Or dans l’actuel Ghana. Mais elle ne pourra empêcher les Danois et les Britanniques de s’en emparer faute d’une flotte suffisante pour les conserver.

L’apogée de l’empire suédois va se prolonger jusqu’au règne de Charles XII en 1700. Cette année-là, le Danemark-Norvège, la Pologne-Lituanie et la Russie décident de former une nouvelle coalition contre la Suède pour briser sa puissance. Si Charles XII remporte toute une série de victoires dans un premier temps, il subit une défaite décisive face aux Russes à la bataille de Poltava en 1709.

En 1721, la Suède doit abandonner la Livonie, l’Estonie et l’Ingrie à la Russie, ainsi que le Brême-et-Verden dans le Saint Empire. Sa puissance est définitivement brisée sans que le Danemark-Norvège ne parvienne à sortir son épingle du jeu. Il se contente de redécouvrir le Groenland cette même année, réalisant au passage que l’ancien peuplement scandinave a complètement disparu au profit des Inuits. Le Groenland restera une dépendance du Danemark, mais les Scandinaves n’y redeviendront jamais majoritaires.

L’année 1721 marque une bascule : à compter de cet instant, la Scandinavie va largement sortir du grand jeu européen, et elle va abandonner sa politique militariste au profit d’une stratégie plus pacifique qui se maintiendra jusqu’à nos jours, plus précisément jusqu’à l’entrée de la Finlande et la Suède dans l’OTAN en 2024.

Vincent Boqueho
Publié ou mis à jour le : 2024-03-08 19:56:03

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