Saint-Malo

La « cité corsaire » a du caractère

« Saint-Malo n’est qu’un rocher », résumait laconiquement l'un de ses plus illustres enfants, l'écrivain François-René de Chateaubriand, dans ses Mémoires d’outre-tombe. Mais quel rocher ! Ceint d’un puissant rempart urbain dès le Moyen Âge, ce vieux socle armoricain est un trait d’union entre la terre et la mer, la Bretagne et la Manche. Située à l'embouchure de la Rance, sur la rive droite de la rivière bretonne, la cité fortifiée se pose en vigie face aux îles Anglo-Normandes et à l'Angleterre. Elle contrôle aussi de sa masse puissante l'accès à la baie du mont Saint-Michel.

Faut-il s'étonner qu'en dépit de sa modeste taille (50 000 habitants en 2022 dont quelques milliers seulement à l'intérieur des deux kilomètres de remparts), la « cité corsaire » bretonne ait donné le jour à tant de grands personnages de notre Histoire ? Outre Chateaubriand, citons le découvreur du Canada, Jacques Cartier, les marins René Duguay-Trouin et son jeune cousin Robert Surcouf, Bertrand-François Mahé de la Bourdonnais, illustre promoteur du premier empire colonial de la France, ou encore le théologien engagé Félicité de La Mennais...

Stéphane William Gondoin

Matin à Saint-Malo, Carl Neumann, 1870, Charlottenborg, Copenhague. Agrandissement : le petit matin de Saint-Malo, XXIe siècle (© Stéphane William Gondoin)

Retour aux origines

Avant la conquête romaine de la Gaule, ce secteur de la péninsule armoricaine fut occupé par les Coriosolites, un peuple celte également implanté dans les actuelles îles Anglo-Normandes, comme en témoigne le fabuleux trésor monétaire mis au jour à Grouville (Jersey) en 2012.

Carte de l’entrée de Saint-Malo et de la rivière de Dinand, vers 1700, détail. Entouré en rouge, l’emplacement de l’oppidum et de la ville fortifiée gallo-romaine ; en bleu, le rocher où se serait installé Malo, transformé en ville forte à partir du XIIe siècle, Paris, BnF, Gallica. Ces Coriosolites ont probablement aménagé un oppidum, une cité forte, sur une presqu’île rocheuse de 14 hectares, actuellement située dans le quartier malouin de Saint-Servan.

Des campagnes successives de fouilles menées sur place à compter de 1973, ont révélé la présence d’une agglomération remontant au plus tard à la fin de la civilisation celtique de la Tène (150-30 av. J.-C.), où l’on trouvait des ateliers dédiés au travail du bronze ou du fer, à la production de poterie et peut-être également à la frappe de monnaies. La présence de fragments d’amphores romaines laisse déjà entrevoir des échanges au long cours.

Amphore romaine, musée archéologique de Jublains (Mayenne).Les Coriosolites sont mentionnés pour la première fois par César dans sa Guerre des Gaules, qui les cite parmi d’autres « peuples riverains de l’océan ». En 56 av. J.-C., ils participent aux côtés des Vénètes (région de Vannes), des Namnètes (Pays nantais), des Osismes (Finistère) et autres Unelles (Cotentin) à un soulèvement contre la domination romaine.

Après une cinglante défaite navale au large du golfe du Morbihan, la répression est féroce : « En conséquence, il [César] fit mettre à mort tous les sénateurs et vendit le reste à l’encan. » Cela n’empêche nullement nos Coriosolites de s’impliquer pleinement dans la grande révolte de 52 av. J.-C., qui se solde à Alésia.

Des traces de rubéfaction indiquent que la place subit un incendie important au début du Ier siècle apr. J.-C. Il faut peut-être relier ce sinistre à la révolte menée pour raisons fiscales par l’Éduen Iulius Sacrovir (région d’Autun) et le Trévire Iulius Florus (région de Trèves, Allemagne) en 21 apr. J.-C., sous le règne de Tibère.

Billon (monnaie de cuivre et d’argent) frappé par les Coriosolites, Paris, BnF.Selon Tacite, ses répercussions concernent « les soixante-quatre cités de la Gaule ». Toujours est-il que dans la foulée se développe la ville de Fanum Martis (auj. Corseul, dans les Côtes-d’Armor), qui devient le chef-lieu de la cité des Coriosolites (Civitas Coriosolitum). Seul se maintient à Alet (parfois écrit Aleth) une activité portuaire.

Dans les années 275-277 déferlent sur la Gaule des peuples germaniques, Francs et Alamans principalement, ravageant selon l’Histoire Auguste de soixante à soixante-dix villes. Dans le même temps, des pirates saxons ou francs descendent par mer et mettent à sac le littoral. Le tout sur fond de Bagaudes, insurrections menées par des populations affamées s’agglomérant en bandes de pillards.

Trop exposée, Fanum Martis est progressivement abandonnée et Alet reprend du service : le promontoire est cerné d’une enceinte de 1800 m de périmètre, qui abrite une ville nouvelle organisée selon l’usage autour de deux axes principaux perpendiculaires (cardo et decumanus). À la charnière des IVe et Ve siècles, des éléments de la légion Martenses (des Martiaux, du dieu Mars), normalement basée à Spire (Allemagne), sont stationnés à « Aletus ».

Vestige de la muraille romaine d'Alet.

La ville fait partie du Tractus Armoricani et Nervicani (division armoricaine et nervienne), une circonscription du fameux Litus saxonicum, le « rivage saxon », un réseau de défense s’étirant depuis les bouches du Rhin et de la Meuse (Pays-Bas actuels) jusqu’à l’estuaire de la Loire, peut-être même celui de la Gironde, île de Bretagne incluse.

Notons que des fouilles effectuées in situ par l’archéologue Loïc Langouët, ont révélé sous les vestiges de l’ancienne cathédrale d’époque carolingienne la présence d’un grand ensemble avec cour à péristyle et salle, construit après 364, qui pourrait être la principia (quartier général) des militaires stationnés ici. Cette interprétation est cependant contestée et selon d’autres chercheurs il s’agirait d’un forum.

Les vestiges de la cathédrale carolingienne d’Alet, sous lesquels figurent les substructions de plusieurs édifices antérieurs. (© Par Pymouss). Agrandissement : Plan du XIXe siècle de l’ancienne cathédrale d’Alet, qui possédait deux absides, Rennes, musée de Bretagne.

Saint Malo et la christianisation

L’Armorique connaît aux Ve et VIe siècles une importante immigration en provenance de Grande-Bretagne. Jutes, Angles, Saxons ont entamé la conquête de l’île et repoussent les Celtes vers ses extrémités orientales, Cornouailles ou pays de Galles, obligeant nombre d’entre eux à chercher refuge sur l’autre rive de la Manche.

La tradition hagiographique rapporte ainsi qu’un certain Machus, Machutes ou Malo, formé au monastère de Llancarfan, au sud du pays de Galles, est le premier évêque d’Alet. Selon la version la plus complète de sa Vita, écrite dans la seconde moitié du IXe siècle par Bili, diacre d’Alet avant de devenir évêque de Vannes, il est ordonné prêtre à Tours, peut-être vers la fin du VIe siècle.

Saint Aaron (détail), Alphonse Henaff, XIXe siècle, Diocèse de Saint-Malo, Cathédrale de Rennes. Agrandissement : Chapelle Saint-Aaron à Saint-Malo. Après bien des aventures prodigieuses, comme la célébration d’une messe… sur le dos d’une baleine (!), il arrive à Alet et s’installe sur un îlot qui se trouve face à la ville, où il est reçu et cohabite avec un ermite nommé Aaron : appelé insula Aaronis (île d’Aaron) ou Canalchius (étymologie mal établie), ce rocher deviendra insula Sancti Machuti et correspond à l’actuelle Saint-Malo intra muros.

Confondus par la piété du nouveau venu, les habitants se rendent auprès de lui et lui proposent d’être leur évêque, ce que Malo accepte. Il s’emploie alors à christianiser l’arrière-pays. Las ! Il s’attire bien des inimitiés et quitte la Bretagne pour gagner la Saintonge, où il s’éteint en odeur de sainteté, peut-être vers 640 selon les historiens André Chédeville et Hubert Guillotel.

Et voilà que sur son tombeau les miracles se multiplient, attirant vers Saintes des foules de pèlerins. Jaloux, les Malouins réussissent à se faire céder une partie des reliques, avant que l’un des leurs aille subtiliser ce qu’il en reste dans la ville charentaise pour le ramener sur les côtes de la Manche. Les reliques étant sources de profits juteux, on ne compte plus les vols à cette époque. Ce n’est pas à Alet qu’elles sont placées, mais sur l’îlot où saint Malo avait autrefois vécu.

La Notitia dignitatum, dans un manuscrit du XVe siècle. « Dux tractus Armoricani ». Entourée en bleu, la place appelée « Aleto », Paris, BnF, Gallica. Agrandissement : vestiges de la cathédrale médiévale d'Alet.Dans les récits de ce type, si l’on peut écarter d’emblée ce qui relève du merveilleux – nous laisserons par exemple de côté l’épisode de la messe sur une baleine, peut-être l’allégorie d’un simple bateau… -, il est complexe de s’y repérer entre les éléments d’apparence authentique. Les listes épiscopales d’Alet/Saint-Malo ne sont assurées qu’à compter du pontificat d’Helocar (799-817), mais l’archéologie apporte quelques éléments de réflexion.

Dès le Ve siècle, il semble que la salle découverte par Loïc Langoët mentionnée précédemment, soit convertie en église. Un autre édifice religieux mal daté (VIIe-VIIIe siècle ?) lui succède, suivi à son tour d’une cathédrale à deux absides paraissant remonter au Xe siècle, dont on voit encore les vestiges.

Procession des saints de Bretagne, Alphonse Henaff, XIXe siècle, Diocèse de Saint-Malo, Cathédrale de Rennes.

Les « Âges sombres »

Quelques faits historiques émergent ici ou là au cours de ces siècles mal connus, comme l’existence d’un pagus Aleti (comté d’Alet) dans le royaume de Domnonée, qui couvre le nord de l’Armorique et sur lequel règne Judicaël († apr. 637). On ne sait en revanche pratiquement rien du rôle que joue la ville dans les nombreuses guerres opposant Bretons et Francs pendant le Haut Moyen Âge.

En 799 notamment, Gui de Nantes, comte de la Marche de Bretagne, mène selon les Annales royales une campagne militaire à travers la péninsule et vient présenter à Charlemagne « les armes des chefs bretons qui s’étaient rendus à lui. Sur chaque trophée était inscrit le nom du chef à qui les armes avaient appartenu. » Cela permet sans doute au roi des Francs de placer quelques fidèles au sein de l’Église bretonne.

Charlemagne fit mener durant son règne plusieurs expéditions contre la Bretagne, Grandes chroniques de France, The British Library.

L’empereur Louis le Pieux reçoit l’évêque Helocar en 816 à Aix-la-Chapelle. De laudibus sanctae crucis, Allemagne, vers 1170-1180, The British Library.C’est dans ce contexte que semble s’intégrer ce passage de la Chronicon Brittanicum (Chronique britannique) pour la même année : « Charlemagne octroya à Dieu et à saint Judicaël l’église de Gaël [nda : l’abbaye Saint-Méen de Gaël, auj. Saint-Méen-le-Grand, dans le Porhoët] avec toute la paroisse, par la main l’Helocar, évêque d’Alet. » Cet Helocar et son administration paraissent être la cible d’une insurrection généralisée en 811, qui se solde par une deuxième intervention franque contre les Bretons « afin de punir leur perfidie ».

En 816, ledit évêque Helocar est à Aix-la-Chapelle, à la cour de Louis le Pieux. À cette occasion, l’empereur établit un acte en sa faveur, dans lequel il rappelle « qu’au temps de la rébellion contre l’église de saint Méen et de saint Judicaël, qui est située dans le lieu qu’on appelle Gaël, et aussi dans un autre lieu, l’île qui est appelée Malo, les ennemis se livrant à des dévastations et à des incendies, le trésor de l’église et les objets sacrés pour accomplir les offices ecclésiastiques furent détruits, mais encore les chartes par lesquelles ces églises avaient été enrichies, brûlées et réduites en cendres. »

Attaque viking, peinture de 1100 provenant de l'abbaye Saint-Aubin (Angers).

Le temps des « hommes du Nord »

Les années 840-940 sont marquées par l’omniprésence des Vikings. Ces pillards descendus du nord dévastent tout sur leur passage, avant de tenter de s’implanter durablement dans l’estuaire de la Loire. Des sites d’implantation viking ont été repérés à Saint-Suliac (près de Saint-Malo), à Plédran (camp de Péran, près de Saint-Brieuc) et à Trans (camp du Vieux-M’na, sud-est de Dol).

Les barques normandes, Alphonse de Neuville, XIXe siècle, pour L’histoire de France racontée à mes petits-enfants, par François Guizot (1875). (© Coll. Stéphane William Gondoin). Agrandssement : Les pirates normands, Évariste-Vital Luminais, 1894, musée Anne-de-Beaujeu de Moulins.Bili rapporte dans la Vie de saint Malo que « les Normands attaquaient le pays d’Alet en brûlant tous les villages et que tous fuyaient. » Le siège épiscopal d’Alet connaît d’ailleurs une longue vacance, prenant fin avec la nomination d’un certain Salvator. Peu avant 925 sans doute, la pression scandinave est telle que celui-ci décide de relever la dépouille de saint Malo et de l’emporter avec manuscrits, objets liturgiques et autres trésors, vers le monastère de Léhon situé plus à l’intérieur des terres, sur la Rance.

L’asile se révèle cependant peu sûr : avec l’abbé Junan, ils préfèrent ne pas y rester et prennent la route pour aller se réfugier en Île-de-France. En chemin, ils retrouvent les membres du clergé de Dol et de Bayeux qui ont aussi choisi l’exil, emmenant avec eux ce qu’ils ont de plus précieux.

Selon la Translation de saint Magloire, tous arrivent à Paris, où Hugues le Grand, duc des Francs, leur réserve bon accueil et leur concède l’église Saint-Barthélemy pour s’installer. Il reviendra au duc Alain Barbetorte de chasser les Scandinaves de Bretagne entre 936 et 939. Passée cette date, les raids vikings ne seront plus que sporadiques.

Abbatiale Saint-Magloire de Léhon (Côtes d'Armor). Agrandissement : Reliques de Saint-Magloire en l'abbatiale Saint-Magloire de Léhon.

Le transfert du siège épiscopal

Contrairement à Dinand et à Dol, Alet ne semble pas impactée par les luttes opposant au XIe siècle ducs de Normandie et de Bretagne. Les listes épiscopales sont désormais complètes et les prélats se succèdent jusqu’au début du pontificat de Jean de Châtillon, en 1142.

Le bienheureux Jean de Châtilon, Alphonse Henaff, XIXe siècle, Diocèse de Saint-Malo, Cathédrale de Rennes.En 1144, celui-ci décide de transférer le siège vers « l’île de Saint-Aaron », devenue au fil du temps un centre actif grâce à sa position plus facile à défendre et à son accès aisé à la mer, quand Alet ne cesse de dépérir et de se dépeupler.

Mais, l’un de ses prédécesseurs, Benoît II, avait concédé en 1108 l’église paroissiale de l’île à la puissante abbaye de Marmoutier, située aux portes de Tours. Et l’abbé Garnier voit d’un bien mauvais œil son église Saint-Vincent transformée en cathédrale. Il en appelle aussitôt à l’arbitrage de l’éphémère pape Lucius II, qui suspend incontinent l’évêque de ses fonctions.

Eugène III, son successeur sur le trône de Saint-Pierre, prête en revanche une oreille attentive à Châtillon et lui donne raison par bulle le 16 août 1146, imposant aux moines de cesser leur agitation. Ceux-ci ne baissent cependant pas les bras et la contestation dure jusqu’à l’épiscopat d’Albert (1163-1184), qui apaise les tensions en leur concédant la juridiction sur l’abbaye de Léhon. Notons que Châtillon conserve son titre d’évêque d’Alet, quand ses successeurs s’intituleront évêques de Saint-Malo. Ancien chanoine régulier, Châtillon impose à son chapitre cathédral de vivre selon la règle de saint Augustin, ce qui constitue le seul cas connu parmi les neuf évêchés bretons. Il ne sera sécularisé qu’en 1319.

Saint-Malo, ville de la Haute Bretagne, située dans l’isle S. Aaron. L’évêque Jean de Châtillon décide d’y transférer le siège d’Alet, musée de Bretagne.Le statut de la ville de Saint-Malo est très particulier, puisqu’il s’agit d’une coseigneurie ecclésiastique détenue au temporel comme au spirituel par l’évêque d’une part, le chapitre d’autre part. Leur autorité s’étend sur la cité, les îlots et rochers des alentours jusqu’à la pointe de Varde, mais aussi sur le Sillon, le minuscule cordon littoral de sable reliant l’île-cité à la terre ferme – ce qui fait d’elle plutôt une presqu’île -, et sur la paroisse de Paramé.

L’évêque exerce tous les niveaux de la justice, y compris la haute, qui donne à son tribunal le droit de prononcer des peines capitales. Symbole de ce pouvoir, de macabres fourches patibulaires se dressent sur l’Islet, là où s’élève aujourd’hui le fort National. À côté de cette autorité bicéphale se structure au cours du XIIIe siècle une communauté bourgeoise, qui multipliera les phases de contestation à partir du XIVe siècle.

Grand’ Porte de l’enceinte urbaine (XVe siècle). Les remparts furent constamment modernisés au fil des siècles. Les élément datant de l’épiscopat de Jean de Châtillon sont de nos jours difficilement repérables. (© Stéphane William Gondoin)

Les vicissitudes d’une ville forte

« L’île Saint-Malo » est dès le XIIe siècle dotée d’un rempart urbain, qui ne cesse de se renforcer, de s’étendre et d’évoluer au fil du temps, s’adaptant notamment dans la seconde moitié du XVe siècle à l’usage d’armes à feu. La toute nouvelle cathédrale, romane à l’origine, reçoit pour sa part un chœur gothique au XIIIe siècle.

Sceau de Guillaume II Poulard, 1365.En 1308, les remparts menacent ruine et sont au cœur d’un premier conflit opposant les bourgeois, qui souhaitent les voir réparer, à un évêque qui n’entend nullement investir dans un tel chantier. Les querelles s’amplifient sous l’épiscopat de Guillaume Poulard (1359-1374), au point que celui-ci choisit de prudemment s’éloigner pour quelque temps, jetant au passage l’interdit sur la cité.

Mais la grande affaire de cette seconde moitié de XIVe siècle, c’est bien sûr la guerre de Cent Ans et le cortège de misères qui l’accompagne, à commencer par la guerre de Succession de Bretagne (1341-1365). Une guerre dans la guerre, donc… D’abord plutôt favorables à l’Angleterre pour préserver leurs liens commerciaux avec la Grande-Bretagne et les îles Anglo-Normandes, les Malouins se rangent finalement derrière les rois de France.

Le duc de Bretagne en revanche, Jean IV de Montfort, est ouvertement allié aux Anglais et y fait une entrée triomphale en 1368. Dans la foulée, il lance le chantier de la tour Solidor, au pied de l’antique Alet, afin d’accroître la pression sur les populations locales.

Statue de Bertrand du Guesclin à Dinan, Emmanuel Frémiet, XIXe siècle (Côtes-d'Armor).En 1369, les Anglais font une première descente. Bis repetita en 1373, quand le comte de Salisbury débarque avec 4000 hommes, coule des navires marchands castillans dans le port et s’empare de la région. Il en est chassé peu après par le connétable Bertrand Du Guesclin et Saint-Malo devient une base arrière française pour une éphémère conquête de la Bretagne. La ville est encore attaquée en 1378, nécessitant une autre intervention de Du Guesclin.

Jean Froissart résume le contexte général de cette période trouble : « Le connestable de France, messire Bertran Claquin [sic], le sire de Cliçon, le sire de Laval, le viconte de Rohen et le seigneur de Rochefort tenoient le pays en guerre avec la puissance qui leur venoit de France, car à Pontorson, à Saint Malo de l’Isle et là environ avoit grant foison de gens d’armes de France, de Normandie, d’Auvergne et de Bourgoingne, lesquelx y faisoient moult de mal. »

En 1379, Jean IV de Montfort, toujours allié des Anglais, se présente à nouveau sous les murs de Saint-Malo et se lance à la reconquête de son duché. La ville ne lui ouvre toutefois ses portes qu’en 1384 et il effectue une seconde entrée triomphale. Comme un symbole, c’est peut-être à cette époque qu’il prend pour devise Malo ! Malo au riche duc !

Le duc Jean IV de Bretagne, au manteau fourré d’hermine, s’entretient avec ses conseillers devant une place forte, Chroniques de Jean Froissart, Paris, BnF. Agrandissement : Reddition de Marguerite de Clisson et libération du duc Jean V de Bretagne en 1420, Compillation des Cronicques et ystores des Bretons, partie en III livretz par Pierre Le Baud, secrétaire de Jean, sire de Derval, Paris, BnF.Dès 1387 cependant, les Malouins se débarrassent de la tutelle ducale et se placent, avec l’accord de l’évêque Josselin de Rohan, sous l’autorité directe du pape Clément VII. En 1394, le Saint-Siège cède la ville au roi de France Charles VI, qui en reste maître jusqu’en 1415, date à laquelle elle est restituée à Jean V, fils et successeur de Jean IV, contrairement à son père fidèle au souverain aux Lis. Jean V lance en 1425 le chantier du Grand Donjon, embryon du château-citadelle.

À partir de 1424 débute le très long siège du mont Saint-Michel par les Anglais. Les Malouins participent d’abord au ravitaillement de la garnison normande, puis attaquent et dispersent la flotte anglaise, empêchant ainsi un blocus strict.

Saint-Malo : médaillons sculptés représentant Jacques Cartier et sa femme Catherine des Granges, façade d'une maison dans le centre historique. Agrandissement : Vue de Saint-Malo au XVIIe siècle, avant les interventions de Vauban, avec la cathédrale plantée en cœur de ville, Rennes, musée de Bretagne.

Le temps des explorateurs

Au nord de la Loire, les hostilités liées à la guerre de Cent Ans s’achèvent en 1450 (bataille de Formigny). La paix enfin revenue, l’activité ne cesse de se développer à Saint-Malo et le port devient l’un des plus actifs de Bretagne.

Le duc François II perd la ville le 14 août 1488, dans la foulée de sa défaite contre l’armée française à Saint-Aubin-du-Cormier. Le mariage d’Anne de Bretagne, sa fille et héritière, avec le roi Charles VIII, puis avec le cousin et successeur de celui-ci, Louis XII, permet à la couronne française de mettre définitivement la main dessus. Sans descendant mâle, leur fille aînée, Claude de France, est mariée en 1514 à François d’Angoulême, alors héritier putatif du trône de France. À celui-ci, devenu François Ier, reviendra la tâche d’annexer la Bretagne au royaume en 1532.

Jacques Cartier, Théophile Hamel, 1844, musée national des Beaux-Arts du Québec. Agrandissement : Plan du village irroquois d’Hochelaga, sur le Saint-Laurent, à l’emplacement de la ville actuelle de Montréal, Archives nationales du Canada.C’est à la Renaissance, dans la foulée de la découverte du continent américain, que se mettent en place des lignes commerciales au long cours. Chassés des parages du Brésil par les Portugais, les Malouins se tournent vers le nord. Un homme symbolise cette épopée : Jacques Cartier.

En 1534, il mène avec la bénédiction de François Ier l’exploration de l’estuaire du Saint-Laurent. Lors de son deuxième voyage à destination du Nouveau-Monde, il remonte le Saint-Laurent jusqu’aux villages iroquois de Stadaconé (Québec) et Hochelaga (Montréal). Son troisième et dernier voyage (1541-1542) est une expédition de colonisation.

Alors se mettent en place les rouages d’un commerce international, qui atteint un pic à la fin du XVIe siècle, malgré les guerres de Religion. Les bateaux quittent Saint-Malo pour aller pêcher la morue au large de Terre-Neuve ou chercher des peaux, revendent leur cargaison dans les ports espagnols et remontent vers la Bretagne chargés de vins et autres produits méridionaux. La ville connaît alors un accroissement considérable de sa population, qui passe, selon Gilles Foucqueron, d’environ 3000 habitants dans les années 1500-1550, à 10 000 vers 1600.

En 1590, refusant d’accepter l’avènement d’Henri IV au trône à cause de sa confession protestante, Saint-Malo se proclame « République » et vit pour quatre ans en complète autonomie. Les habitants proclament fièrement : « Ni français ni breton, malouin suis ». C'est aussi à cette époque qu'apparaît la devise de la cité : Semper fidelis (« Toujours fidèle »).

Attaque de Saint-Malo par une flotte anglo-hollandaise en 1693, Paris, BnF. Agrandissement :  les assaillants avaient prévu une machine infernale, qui devait exploser près des remparts et détruire toute la ville, Paris, BnF.

Le temps des corsaires

Dès le XVe siècle, certains Malouins se font la spécialité d’arraisonner en haute mer les vaisseaux de nations ennemies, mais aussi de mener des raids sur les îles anglo-normandes, voire sur certains ports de la côte sud de l’Angleterre.

Un poème intitulé The libelle of englyshe Polycye, daté de 1434, explique : « Et de cette Bretagne, où sont de vrais pirates, viennent les plus grands pillards et les plus grands voleurs qu’il y ait jamais eu sur la mer. […] Parce qu’ils nous ont pris de grands biens sur les rivages maritimes, ces traîtres pillards de Saint-Malo [nda : Seynt Malouse dans le texte original, so british !] et d’ailleurs. »

Cette « tradition », partagée avec d’autres ports français comme Dieppe, Bayonne ou Dunkerque, reste sous-jacente tout au long du XVIe siècle et sous le règne de Louis XIII, pour exploser sous celui de Louis XIV. Non sans que la ville connaisse au préalable une catastrophe majeure, passée à la postérité sous les noms de « grande brûlerie » ou de « fatal incendie » : le 27 octobre 1661 se déclenche un brasier qui dévaste 237 bâtiments et laisse plusieurs centaines de personnes sans abri. Il s'ensuit la reconstruction de la cité fortifiée avec de solides maisons en pierres granitiques, austères et sombres. Elles seront pour la plupart reconstruites à l'identique après les bombardements alliés de la Seconde Guerre mondiale.

La baie de Saint-Malo avec ses fortifications, carte de 1775, Paris, BnF.En temps de paix, les Malouins se livrent essentiellement à de paisibles activités commerciales. Précisons qu’ils participent aussi au commerce triangulaire, de sinistre mémoire, à une échelle bien moindre que Nantes, Le Havre ou Bordeaux toutefois. Notons enfin qu’au XVIIe siècle, Vauban, l’ingénieur militaire de Louis XIV, fortifie ou complète les fortifications de plusieurs îlots (la Conchée, Petit-Bé, Grand-Bé et l’Islet), la pointe côtière de la Varde, et modernise les remparts médiévaux. Toutes ces défenses seront largement mises à contribution lors de l’attaque navale anglaise de 1693.

Baie de Saint-Malo. Au premier plan, le fort du Petit-Bé. (© Stéphane William Gondoin)

En temps de conflit, récurrents en Europe du XVIIe siècle au début du XIXe siècle, certains Malouins affrètent des vaisseaux pour se livrer à la très lucrative guerre de course (dico). Ils deviennent alors des corsaires, non pas des pirates tels ceux qui sévissent à la même époque dans les Caraïbes à partir de la célèbre île de la Tortue, mais des marins pratiquant une activité dûment encadrée. Ils sont porteurs de lettres de marques, c’est-à-dire de documents officiels délivrés par une autorité légale, les autorisant à intercepter les navires battant pavillon ennemi et à dérober leurs cargaisons.

Certes détestés et craints par leurs victimes, ils n’en bénéficient pas moins d’une protection s’ils tombent entre les mains de celles-ci, étant considérés comme des prisonniers de guerre. Les pirates pour leur part, qui n’ont ni pavillon reconnu ni lettre de marque, finissent systématiquement à la potence - ou pire - en cas de capture.

 René Duguay-Trouin, Antoine Noël Benoît Graincourt, XVIIIe siècle, Paris, musée national de la Marine. Agrandissement : Statue de Duguay-Trouin, à Saint-Malo (© Stéphane William Gondoin)Sous le règne du Roi-Soleil, les occasions ne manquent pas pour s’adonner à ces opérations : guerre de Hollande (1672-1678), guerre de la ligue d’Augsbourg (1688-1697), guerre de Succession d’Espagne (1701-1714). Les cibles lors des courses varient au gré des alliances ou des inimitiés, tantôt espagnoles, portugaises, hollandaises, britanniques ou scandinaves. Pour se donner une idée des profits engrangés, la seule guerre de Succession d’Espagne rapporte, d’après Gilles Foucqueron, la somme prodigieuse de 33 millions de livres aux Malouins, pour un investissement initial de 20 millions.

Les expéditions corsaires se poursuivent tout au long du règne de Louis XV (guerre de Succession d’Autriche, guerre de Sept Ans) et jusqu’à la charnière des XVIIIe et XIXe siècle, avec les guerres de la Révolution et de l’Empire. Deux Malouins marquent le début et la fin de cette épopée corsaire : René Duguay-Trouin (1673-1736) d’abord, marin d’exception, qui réussit en 1711 un raid invraisemblable sur Rio de Janeiro ; Robert Surcouf enfin, qui s’illustre en écumant l’océan Indien et la Manche jusqu’en 1814.

Durant ces heures d’abondance et d’aventure des XVIIe et XVIIIe siècles, la cité et ses alentours se constellent de Malouinières, belles demeures que les armateurs enrichis par le négoce ou la course se font construire. Elles symbolisent à la fois leur réussite sociale et leur volonté de l’afficher.

Statue de Robert Surcouf (détail), à Saint-Malo (© Stéphane William Gondoin). Agrandissement : Statue de Robert Surcouf ((@ Pierre Likissas).

Un XIXe siècle de Révolutions

La ville sort dépeuplée et financièrement lessivée de la Révolution et de l’Empire. Le blocus continental, le harcèlement constant des navires français en haute mer par la Royale navy et l’absence de quantité de marins, prisonniers sur les immondes cloaques que sont les pontons anglais, ont fait leur œuvre.

Statue de Chateaubriand, dans sa ville natale de Combourg (© Stéphane William Gondoin).Si l’ère qui s’ouvre est plus paisible, elle est néanmoins secouée de violentes convulsions révolutionnaires en 1830 et en 1848, les changements de régime amenant quelques bouleversements dans la politique locale. C’est en cette dernière année par ailleurs, le 19 juillet, que François-René de Chateaubriand rejoint son ultime demeure, sur l’île du Grand-Bé face au large.

Autre témoignage des alternances de régimes, les changements de nom… du fort de l’Islet (!), qui devient tour à tour fort Royal, fort National, fort Impérial.

Tombeau de Chateaubriand, sur l’île du Grand-Bé (© Stéphane William Gondoin).

Pendant ce temps, les communes de Paramé et de Saint-Servan se développent hors les murs, alors que le port s’étend et modernise ses installations. Saint-Servan joue même un temps le rôle d’arsenal (1804-1885). Mais l’occupation principale de cette époque, c’est la grande pêche, cette traque saisonnière de la morue au large de Terre-Neuve, qui emmène les hommes pour de longue campagnes au large du Canada.

Terre-neuvier au large, Rennes, musée de Bretagne. Agrandissement : Saint-Malo : terre-neuviers dans le port, Rennes, musée de Bretagne. Agrandissement :

Gilles Fourqueron rapporte qu’au début du XXe siècle, « le pays malouin arme entre la moitié et les deux tiers des navires français pêchant à Terre-Neuve. » Avec tous les métiers périphériques (séchage, grossistes…), l’activité décline et disparaît dans la seconde moitié du XXe siècle. Ce temps des « forçats de la mer » est aussi celui du développement d’un secteur totalement aux antipodes : le tourisme.

Saint-Malo, le casino Belle-Époque, avec un torpilleur au premier plan, Rennes, musée de Bretagne. Agrandissement : Affiche publicitaire Belle Époque pour la station balnéaire de Saint-Malo, Paris, BnF.Tout au long du XIXe siècle, la « bonne société » découvre les joies des bains de mer, une mode importée de Grande-Bretagne après la fin des guerres napoléoniennes. De plus en plus d’estivants se précipitent vers les côtes bretonnes, phénomène encore accentué avec la mise en place de liaisons régulières avec Southampton et les îles anglo-normandes, mais surtout avec l’entrée en service, en 1864, de la ligne de chemin de fer Rennes-Saint-Malo.

Devant l’afflux de visiteurs, il faut se doter de structures d’accueil adaptées et les établissements hôteliers se multiplient d’abord intra-muros, puis à l’extérieur et sur les communes riveraines, y compris sur la rive gauche de la Rance, où se développe la cité balnéaire de Dinard.

Pour divertir la foule, on confie la construction d’un casino à l’architecte Gustave Perret, qui ouvre ses portes en 1899, on organise des courses de chevaux sur le vaste estran à marée basse, on aménage des courts de tennis, dernier sport à la mode à la Belle Époque…

Bombardement de Saint-Malo en août 1944 par l’US Air Force. Au premier plan, un bombardier B-24 Liberator, National archives USA. Agrandissement : Dans les ruines de la ville après la libération, National archives USA.

Un XXe siècle de feu et de sang

Les cinquante premières années du XXe siècle sont les plus noires dans l’Histoire du continent européen, sans doute même dans celle de la planète entière. En cause la guerre, encore et toujours, avec cette fois à la disposition des États belligérants des moyens de destruction sans précédent.

Si le front est loin durant la Première Guerre mondiale, cela n’empêche nullement les Malouins des 47e et 247e régiments d’infanterie, où ceux qui seront intégrés dans d’autres unités, d’aller mourir en masse dans les tranchées de la Somme, autour des forts de Verdun ou sur la « ligne bleue des Vosges ».

La Seconde Guerre mondiale est pire encore : après quatre années d’occupation, la cité paye sa Libération au prix de bombardements alliés terribles, pendant que les Allemands sabotent systématiquement les installations portuaires. Hitler a en effet décrété dès 1942 que Saint-Malo était une « festung » (forteresse), tout comme Brest, Lorient ou Saint-Nazaire, et qu’à aucun prix elle ne devait tomber aux mains de l’ennemi.

La tour de Solidor, à Saint-Servan, construite par le duc Jean IV de Bretagne pour contrôler Saint-Malo (© Stéphane William Gondoin).Selon une formule chère au dictateur, ses défenseurs ont l’obligation de « combattre jusqu’au dernier homme ». Ce sont pourtant plus de 12 000 soldats qui se rendent le 17 août 1944. Dernier bastion de résistance, l’île de Cézembre, dont la garnison ne baisse les armes que le 1er septembre, après trois semaines d’un pilonnage intensif, notamment au napalm.

Débarrassée du joug nazi, Saint-Malo intra-muros entre dans l’après-guerre presque intégralement à reconstruire. Une fois de plus, elle saura se relever de cette catastrophe, comme elle l’avait déjà fait à maintes reprises par le passé et l'on peut aujourd'hui retrouver la « cité corsaire » telle que pouvaient la connaître Chateaubriand et Surcouf, avec ses murailles et ses solides maisons du XVIIe siècle. Et en prime le front de mer, ses hôtels et ses casinos, sans compter les rives pittoresques de la Rance et la fameuse usine marémotrice inaugurée en 1966 par le général de Gaulle.

Bibliographie

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Publié ou mis à jour le : 2022-11-27 06:00:01

 
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