Jeanne de Pompadour (1721 - 1764)

Une femme d'influence... et de goût

Jeanne Antoinette Poisson est née à Paris et a été baptisée à l'église Saint-Eustache le 30 décembre 1721.

La même année, son père, simple conducteur de vivres, s'est fait remarquer des frères Pâris, de puissants financiers, en contribuant efficacement aux secours lors de la peste de Marseille. Cela vaut au bébé d'avoir pour parrain et marraine l'un des banquiers et sa nièce.

La marquise de Pompadour, Maurice Quentin de La Tour, entre 1749 et 1755, Paris, musée du Louvre. Agrandissement : François Boucher, Madame de Pompadour, 1756, Munich, Alte Pinakothek

Brève liaison, longue amitié

Jeanne Antoinette et son frère Abel reçoivent une excellente éducation grâce à sa mère et à l'amant de celle-ci, le fermier général Charles Le Normant. La jeune fille épouse à 19 ans le neveu et héritier de son protecteur, Charles Le Normant d'Étiolles. Le couple a une fille, Alexandrine, en 1744. Mais entretemps, Jeanne Antoinette, introduite dans les salons dont celui de Madame Geoffrin, se fait remarquer de la bonne société pour sa beauté et son esprit.

En 1743, lors d'une chasse royale, elle réussit à se placer sur le passage de Louis XV et attirer son attention. En février 1745, elle rencontre à nouveau le roi lors d'un bal masqué à Versailles, dans la galerie des Glaces et devient sa maîtresse. Tout va alors très vite.  Elle accompagne le roi à la guerre dès le mois de mai 1745 et assiste à la bataille de Fontenoy.

Le peintre Charles-Nicolas Cochin immortalise la rencontre entre le roi Louis XV, dissimulé sous un if, et Mme d'Étiolles en Diane chasseresse, au cours du célèbre bal masqué, donné en l'honneur du mariage du dauphin, Louis de France, 1745, Paris, musée du Louvre.

En juin de la même année, elle est anoblie et devient marquise de Pompadour, d'après une seigneurie du Limousin. C'est sous ce nom qu'elle gagnera une immortelle postérité. En septembre 1745, enfin, le roi lui aménage un appartement à Versailles, au-dessus du sien. Il faut dire qu'à cette date, le roi (35 ans), qui a déjà fait dix enfants à sa femme Marie Leszczynska, n'a plus de relations sexuelles avec elle.

La marquise de Pompadour, Jean-Marc Nattier, 1746, Château de Versailles. Agrandissement : Madame de Pompadour à sa toilette, François Boucher, 1758, Cambridge, Fogg Art Museum.En 1749, au grand scandale de sa famille, le roi offre à sa maîtresse le magnifique appartement du rez-de-chaussée du corps central de Versailles, précédemment occupé par le duc de Penthièvre. Mais dès 1751, usée par la vie de cour et une santé fragile, sans doute aussi par un dérangement d'ordre sexuel, la marquise doit s'effacer au profit d'autres favorites. Elle reçoit en lot de consolation le titre de duchesse et  bénéficie d'innombrables largesses comme le château de Pompadour, en Corrèze, et l'hôtel d'Évreux, à Paris, plus connu aujourd'hui sous le nom de palais de l'Élysée.

La marquise va rester jusqu'à sa mort, pendant treize années supplémentaires, la confidente du roi, son amie, voire la complice de ses plaisirs. Avec la complicité de Dominique-Guillaume Lebel, premier valet de chambre du roi, elle aménage l'hôtel du Parc-aux-Cerfs, à Versailles, pour les rencontres clandestines de Louis XV avec de très jeunes filles comme la délicieuse Mlle O'Murphy.

Une femme d'influence

La marquise a très tôt gagné l'oreille du roi. C'est ainsi qu'elle encourage le remariage du Dauphin Louis de France avec Marie-Josèphe de Saxe en février 1747.  Elle use aussi de son influence en faveur du ministère Choiseul et protège le diplomate et futur cardinal François de Bernis. Il négocie le « renversement des alliances » au cours de la Guerre de Sept ans qui a conduit au désastreux traité de Paris.

Madame de Pompadour, François Boucher, 1759, Londres, Wallace Collection. Agrandissement : Madame de Pompadour à son métier à tapisserie, François-Hubert Drouais, vers 1763, Londres, National Gallery.Mais ses origines roturières valent à la Pompadour la haine des courtisans qui répandent à son propos des chansons satiriques, les « poissonnades ».

Mécène, elle fait attribuer à son frère Abel Poisson la Direction des Bâtiments et celui-ci s'acquittera avec brio de sa tâche, faisant notamment aménager à Paris la place Louis XV (la Concorde) en style néo-antique. Elle protège aussi les Encyclopédistes et les « philosophes » qui contestent l'absolutisme royal, y compris Voltaire qui lui doit son fauteuil d'académicien et écrira à son propos : « Dans le fond de son coeur, elle était des nôtres ; elle protégeait les lettres autant qu'elle pouvait ».

La marquise de Pompadour symbolise à jamais l'art de vivre généreux, raffiné et léger du Siècle des Lumières.

Elle n'a pas moins été affectée par des problèmes de santé et des drames personnels, dont la mort de sa fille Alexandrine en 1754. Elle meurt elle-même d'une fluxion de poitrine à 42 ans. Lors de ses funérailles solennelles, le 17 avril 1764, le roi, qui ne pouvait s'y joindre en raison du protocole, aurait murmuré de sa fenêtre : « La marquise aura mauvais temps pour son voyage ! » Sur la fin de sa vie, le vieux monarque retrouva un semblant de gaieté avec la comtesse du Barry.

Camille Vignolle
Un régime de faveur

Extrait des Mémoires de Mme du Hausset, femme de chambre de la marquise de Pompadour :

La marquise de Pompadour, François Boucher, entre 1700 et 1750, Paris, musée du Louvre.« J’avais remarqué que Mme de Pompadour, depuis plusieurs jours, se faisait servir du chocolat à triple vanille et ambré à son déjeuner ; qu’elle mangeait des truffes et des potages au céleri. La trouvant fort échauffée, je lui fis un jour des représentations sur son régime, qu’elle eut l’air de ne pas écouter. Alors, je crus devoir parler à son amie, la duchesse de Brancas. ‘Je m’en suis aperçue, me dit-elle, et je vais lui en parler devant vous’. Effectivement, après sa toilette, Mme de Brancas lui fit part de ses craintes sur sa santé. ‘Je viens de m’entretenir avec elle (en me montrant), dit la duchesse, elle est de mon avis.’ Madame témoigna un peu d’humeur et se mit à fondre en larmes.
J’allai aussitôt faire fermer la porte de service, et revins écouter. ‘Ma chère amie, dit Madame à Mme de Brancas, je suis troublée de la crainte de perdre le cœur du roi en cessant de lui être agréable. Les hommes mettent, comme vous pouvez le savoir, beaucoup de prix à certaines choses, et j’ai le malheur d’être d’un tempérament très froid. J’ai imaginé de prendre un régime une peu échauffant pour réparer ce défaut, et depuis deux jours cet élixir me fait du bien, ou du moins, j’ai cru m’en apercevoir.’ Le duchesse de Brancas prit la drogue qui était sur la toilette, et après l’avoir sentie : ‘Fi ! dit-elle ; et elle la jeta dans la cheminée. Madame la gronda et dit : ‘Je n’aime pas être traitée comme une enfant.’ Elle pleura encore et dit : ‘Vous ne savez pas ce qui m’est arrivé il y a huit jours ? Le roi, sous prétexte qu’il faisait chaud, s’est mis sur mon canapé et y a passé la moitié de la nuit. Il se dégoûtera de moi, et en prendra une autre.
- Vous ne l’éviterez pas, répondit la duchesse, en suivant votre régime ; et ce régime vous tuera. Rendez au roi votre société précieuse de plus en plus par votre douceur ; ne le repoussez pas dans d’autres moments et laissez faire le temps : les chaînes de l ‘habitude vous l’attacheront pour toujours.’
Ces dames s’embrassèrent. Madame recommanda le secret à Mme de Brancas, et le régime fut abandonné »
(Mémoires de Mme du Hausset sur Louis XV et Mme de Pompadour, ed. Jean-Pierre Guicciardi, Mercure de France, 1985).

NB : quoique très plaisantes, ces Mémoires publiées en 1824 par un Écossais, Quentin Caufurd, doivent être considérées avec circonspection. On n'en connaît pas le manuscrit et l'historien Pierre Gaxotte a le premier mis en doute leur authenticité.

Publié ou mis à jour le : 2022-10-14 11:57:02

 
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