René Carmille (1886 - 1945)

La Résistance au bureau des statistiques

Sous l’Occupation, le polytechnicien René Carmille fut le précurseur de l'usage massif des données en France. Il mit en place le Service national de statistiques (SNS) qui deviendra plus tard l'INSEE. Il inventa aussi le numéro de sécurité sociale.

Conscient de l’usage que pouvaient faire de ses données le régime de Vichy dans la traque des juifs et des résistants, il eut soin de les saboter tout en se mettant au service de la Résistance. 

Un « résistant de bureau »

René Carmille (8 janvier 1886, Trémolat, Dordogne ; 25 janvier 1945,  Dachau)Polytechnicien, René Carmille se passionne pour un nouvel outil : la mécanographie, l’ancêtre de l’informatique. Elle consiste à saisir des données sur des cartes perforées, lesquelles sont ensuite triées mécaniquement. Au cours d’une mission en Allemagne dans les années 1930, il découvre l’usage que fait l’état-major de la mécanographie et des cartes perforées pour mobiliser plus d’hommes que ne l’y autorise le traité de Versailles. 

Arrive la guerre. Après l’armistice franco-allemand du 22 juin 1940, René Carmille dirige à Lyon le nouveau Service de Démographie (plus tard SNS). Avec le concours d’officiers et sous-officiers qui refusent la défaite ainsi que de plusieurs milliers de petites mains destinées à saisir des cartes perforées (elles seront 4000 dès 1941), il va retourner contre les Allemands leur tactique d’avant-guerre : préparer une remobilisation en zone « libre » en cas de débarquement allié !

C’est ainsi qu’il met au point le « numéro d’identification au répertoire » (NIR), aujourd’hui notre numéro de sécurité sociale. Il entreprend aussi un recensement des activités professionnelles (AP) en 1941, en « zone libre ». Son travail aboutit à un fichier de 300 000 hommes mobilisables, camouflé dans plusieurs millions de cartes individuelles. Mais l’occupation de la « zone libre » en novembre 1942 va rendre caduc l'espoir d'une mobilisation de ces hommes.

René Carmille, à la tête du SNS, résiste aux Allemands qui réclament l’extension du recensement des AP à la « zone occupée » avec une question relative à la « race ». Il feint d’accepter la demande puis prétexte le manque de moyens financiers de façon à ne rien fournir qui puisse servir aux rafles de Juifs. De façon plus machiavélique, il convainc le Commissaire général aux questions juives de lui confier le fichier juif en cours de collecte par la police de la « zone libre » (110 000 fiches) et il va faire en sorte de le saboter en utilisant tous les artifices dont sont capables les fonctionnaires : « grève du zèle », dispersion des services, etc.

L’espoir d’une mobilisation s’étant éloigné, René Carmille se met au service d'un réseau de résistance lyonnais, Marco Polo, à qui il fournit des informations et des faux-papiers destinés à Londres. Arrêté le 3 février 1944, il est déporté à Dachau où il mourra le 25 janvier 1945.

Publié ou mis à jour le : 2021-11-03 09:45:15

 
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