Préhistoire et haute Antiquité en cartes animées

Vincent Boqueho raconte la Mésopotamie à l'aube de l'Histoire

Deuxième épisode :

Mésopotamie - les premières cités-états (de 6000 à 2340 av. J.-C.)

On s’intéresse ici aux premiers siècles de la Mésopotamie caractérisé par la formation progressive d’un vaste réseau de cités-états. Il s’agit du 2e épisode de notre série sur la Haute Antiquité dans le monde. La Mésopotamie est une plaine largement aride traversée par 2 grands fleuves, le Tigre et l’Euphrate, qui se jettent dans le golfe persique. Elle correspond essentiellement à l’actuel Irak, avec des marges en Syrie, Turquie et Iran. Il faut savoir que les alluvions des fleuves ont fait considérablement reculer la ligne de côte depuis la Haute Antiquité : on fera dorénavant apparaître le rivage antique sur la carte.

La Mésopotamie est bordée par le désert arabique à l’ouest, et cernée par une chaîne de montagnes à l’est et au nord : la plaine fluviale en apparaît d’autant plus attractive. Seule la Haute Mésopotamie au nord connaît des précipitations substantielles : c’est là que se trouve le cœur de Croissant Fertile. Depuis 6000 av JC, la maîtrise de l’irrigation a permis à l’agriculture de gagner toute la plaine, autorisant une forte croissance démographique.

Au sud près du golfe persique, le peuple sumérien commence à multiplier les innovations, peut-être en raison de la désertification qui est particulièrement marquée dans cette région.

Le principal village qui émerge vers 5000 av JC est Eridu, d’environ 4000 habitants : aujourd’hui située en plein désert, il s’étendait alors sur les rives de l’Euphrate et en bordure du golfe persique, ce qui en faisait un emplacement privilégié. Le développement est basé sur la culture de l’orge et sur l’utilisation massive de l’argile. A partir de 3700 av JC, une ville située plus en amont de l’Euphrate va le supplanter : il s’agit d’Uruk. Dans cette ville va se produire un véritable boom technologique et culturel qui va propulser le pays vers l’époque historique.

La première innovation est l’invention de l’araire tirée par des bœufs, qui remplace la houe utilisée à main d’homme : elle décuple la productivité agricole et permet à la ville de dépasser les 30000 habitants : des corps de métier bien distincts apparaissent. La classe dirigeante contrôle le territoire agricole qui alimente la ville : Uruk devient la première cité-état de l’Histoire humaine.

Si le bœuf est utilisé dans l’agriculture, l’âne sert dans le transport tandis que la laine du mouton s’impose dans les vêtements. Il faut y ajouter 2 innovations encore discrètes qui sont peut-être importées du nord : le bronze et la roue

Très vite, le rayonnement d’Uruk s’étend bien au-delà du pays des Sumériens : à l’est elle gagne les plateaux d’Iran habité par les Elamites, tandis qu’au nord elle remonte le Tigre et l’Euphrate jusque dans l’actuelle Syrie.

La gestion d’une ville de la taille d’Uruk nécessite de tenir des comptes des flux et réserves de céréales : c’est ce qui pousse la cité à inventer l’écriture vers 3300 avant notre ère, ouvrant ainsi symboliquement la période historique. Cependant, d’autres villages commencent à grossir dans la plaine et la ville d’Uruk perd peu à peu son hégémonie.

Vers 3100 av JC s’ouvre une période assez obscure pendant laquelle aucune ville ne se distingue vraiment. La culture sumérienne tend même à refluer des plateaux iraniens tout en continuant de progresser en Syrie.

Le mythe sumérien du Déluge, qui inspirera plus tard les Hébreux, prend peut-être sa source à cette époque. Dans tous les cas, un certain renouveau apparaît à partir de 2900 av JC : des cités-états puissantes commencent à sortir du lot en soumettant les petites villes avoisinantes. Dans le pays des Sumériens au sud, des villes comme Ur, Nippur ou Lagash rivalisent avec Uruk. Plus au nord en Mésopotamie centrale habite un peuple sémitique, les Akkadiens, totalement converti à la culture sumérienne. La puissante cité-état de Kish s’y distingue parmi d’autres.

Toutes ces villes sont dirigées par un roi, qui doit toutefois composer avec l’importance du monde divin : ainsi le temple et le palais sont-ils les 2 principales institutions des cités. Chaque ville vénère ses propres dieux, mais un panthéon commun à toute la Basse Mésopotamie commence à apparaître avec la triade An, Enlil et Enki. Enlil le dieu du vent finit par s’imposer comme dieu suprême : ainsi Nippur, dont c’est le dieu tutélaire, va progressivement devenir le principal centre religieux du pays.

Au gré des conflits, certaines villes de Basse Mésopotamie parviennent temporairement à obtenir une relative hégémonie : c’est le cas de la ville de Kish qui s’impose comme une grande puissance militaire dès 2900 av JC. La ville d’Uruk parvient également à conserver un rôle important : ainsi son roi Gilgamesh deviendra le héros d’une célèbre épopée appréciée jusqu’en Egypte.

La Basse Mésopotamie doit aussi faire face à des menaces extérieures : sur les plateaux à l’est, les Elamites ont profité de l’affaiblissement d’Uruk pour étendre leur emprise jusqu’à la ville de Suse qui s’impose comme un carrefour entre ces 2 civilisations. Les Elamites créent leur propre système d’écriture, mais qui n’a pas encore été déchiffré.

La Haute Mésopotamie se réveille un peu plus tard : vers -2500, des cités-états sémitiques puissantes prennent leur essor dans l’actuelle Syrie : notamment Mari sur l’Euphrate et Ebla à l’extrême nord-ouest. Les royaumes y sont bien plus vastes qu’en Basse Mésopotamie, mais beaucoup moins densément peuplés.

En 2400 av JC, Mari impose son hégémonie jusqu’aux limites de la Basse Mésopotamie, mais cette nouvelle vigueur va provoquer la réaction du roi de Kish. Celui-ci va abandonner la logique des cités-états au profit d’une ambition impériale.

La suite de cette histoire dans l’épisode 5 ! En attendant, on va voir ce qui s’est passé en Egypte pendant tout ce temps.

Vincent Boqueho
Publié ou mis à jour le : 2021-09-07 13:26:51

 
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