Louis XIV à Versailles

Dans l'intimité de la chambre du « Roi-Soleil »

 

Couverture du livre La Chambre et l’intime de Claire Ollagnier aux éditions Picard.La chambre et l’intime, ces deux notions qui semblent aujourd’hui inextricablement liées, trouvent leur origine à l’aube du XVIIIe siècle. À cette époque, quand chambre à coucher il y a, elle n’est pas encore le lieu de l’intime. Et pour cause : l’intime n’apparaît nullement comme un constituant majeur de la vie des hommes et des femmes. Cela ne signifie pas que l’intimité n’existe pas, elle n’est juste pas mise en œuvre.

À ce titre, la chambre à coucher la plus emblématique est sans nul doute celle qu’occupe Louis XIV à Versailles à partir de 1701. Rien de ce qui s’y passe ne peut être ignoré, elle est le lieu dans lequel se déroulent les grands moments de la journée du monarque.

Louis XIV n’a que douze ans lorsqu’il redécouvre le modeste château de chasse que son père avait fait bâtir en son temps à Versailles. Bien qu’il n’assume pas encore personnellement la gouvernance de la France, il est déjà roi. Grand amateur de gibier, il entreprend bientôt d’agrandir le domaine et le château.

À partir des années 1670, les campagnes de travaux se succèdent suivant le même rythme effréné que les campagnes militaires et les espaces dévolus au roi se multiplient. La chambre du roi prend alors place au cœur du Grand Appartement, dans ce qui sera plus tard le salon d’Apollon. Lorsqu’en 1682 le roi et sa Cour s’installent à Versailles, le Grand Appartement est abandonné aux cérémonies. Le monarque vit désormais dans l’appartement de la cour de Marbre qui ne cesse de s’agrandir.

Mais le monarque murît un projet dont la chambre semble être l’ultime étape. Une dernière campagne de travaux est entreprise aboutissant, en 1701, au transfert de la chambre du roi dans le vaste salon situé au centre de la façade Est du château, sur l’axe de la course du Soleil. Position de circonstance, indéniable symbole d’un pouvoir qui se matérialise dans l’espace et s’incarne dans le cérémonial quotidien : la superposition entre l’institution, la vie de cour et le château est parfaite.

Chambre du roi avec le lit, la balustrade, la cheminée en marbre bleu turquin et les tableaux à l'attique, Château de Versailles.

L’accès à la chambre : un privilège

Si tout l’espace du palais est pensé pour mettre en valeur le pouvoir et la personne royale, l’architecture n’est pas le seul artifice de cette mise en scène. Les courtisans eux-mêmes y participent. Affluant par milliers depuis 1682, ils tentent l’impossible pour avoir une place au palais. De Paris, de Versailles, des communs et des ailes du château, tous se pressent pour assister au réveil du roi.

De seuil en seuil, à mesure qu’ils progressent dans l’appartement, les courtisans se raréfient. Les gardes opèrent une savante sélection : tous n’ont pas le privilège de patienter dans l’immense salon. Il en va du respect de la personne royale comme du respect de sa chambre : il y a des étapes à franchir avant de l’atteindre.

De tous les actes quotidiens du monarque, progressivement transformés en rituels sacrés, le Lever recueille une audience particulière : il offre un moyen d’accéder à la chambre du roi. Toutes les ambitions sont tournées vers ce moment crucial, cette rencontre, cette pénétration du courtisan dans l’espace de l’intimité du monarque.

Bien qu’enfermé à double tour, dans cette chambre le roi n’est jamais seul. À la fois prisonnier et sous surveillance. À peine éveillé, le corps du roi est livré aux hommes de science. Tout est scrupuleusement observé, noté, discuté, suivi. Les grands maux comme les plus petits désagréments. Après le départ de ses médecins, commence le Petit Lever. Le roi est toujours dans son lit mais le défilé débute, déterminé par le rang de chacun et obéissant à une hiérarchie précise.

Au sortir du lit, ses proches observent ensuite barbiers et perruquiers s’affairer autour du roi et échangent avec lui quelques mots. Puis l’habillement commence et de nombreux courtisans sont invités dans un ordre bien précis à pénétrer pour voir le roi se vêtir. Après quoi les portes de la chambre s’ouvrent largement, laissant enfin entrer plusieurs dizaines de courtisans levés depuis l’aube, apprêtés et attentifs.

La chambre versaillaise est un lieu unique : ce n’est pas une chambre parmi d’autres, c’est la chambre de Louis XIV, conçue par lui, pour lui et pour un usage unique. Le lit royal y est entouré de tous les égards ; en l’absence du roi, un valet de chambre veille de jour comme nuit à ce que personne ne s’en approche. Ce lit du corps est aussi le lit de l’État : il fait figure de trône.

Mais à la fin du règne de Louis XIV, la vie de cour devient ennuyeuse. Le roi continue de se parer d’étoffes brodées d’or et de diamants lorsque que les circonstances l’exigent, mais au milieu de sa cour, dans un quotidien formaté et figé, il ne vit déjà plus que d’habitudes.

Seul le cérémonial semble donner sens à cette chambre qui incarne finalement davantage un être sacré qu’un être vivant. Le corps symbolique du roi, celui qui se donne en représentation, a chassé son corps de chair. Tant que le roi ne meurt pas, l’État ne meurt pas. Et lorsque viendra son heure, sa chambre s’imposera comme le dernier refuge possible.

Publié ou mis à jour le : 2021-10-23 18:01:47

 
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