Valéry Giscard d'Estaing (1926 - 2020)

Révolutionnaire malgré lui

Affiche de campagne de Giscard en 1974 (le candidat avec sa fille cadette Jacinthe)Le dimanche 19 mai 1974, Valéry Giscard d'Estaing (48 ans) devient le troisième président de la Ve République en réunissant sur son nom les électeurs de droite et du centre.

Mal-aimé des Français, il n'occupera le palais de l'Élysée que le temps d'un septennat mais celui-ci restera comme l'un des plus féconds de la Ve République avec des réformes majeures qui vont bouleverser la société française.

Valéry Giscard d'Estaing a pris la mesure des bouleversements induits par les événements de Mai-68. Mais il a aussi eu la malchance d'arriver au pouvoir à la fin des « Trente glorieuses » quand la France n'avait encore que 440 000 chômeurs, avec une inflation très faible et une croissance de 5% par an. Sept ans plus tard, après deux chocs pétroliers, le pays comptera 1,6 million de chômeurs, une inflation à deux chiffres et une croissance de l'ordre de 1% par an. Il n'aura plus que 31% d'ouvriers contre 38% sept ans plus tôt.

Pour le bon et le moins bon, ce président a orienté le destin de la France pour un demi-siècle, ses successeurs ayant suivi bon gré mal gré les pistes qu'il a ouvertes : judiciarisation de la politique, libéralisation des moeurs et de l'économie, monnaie européenne, abandons de souveraineté au profit de l'Union européenne, immigration, etc.

Victoire à l'arraché

Enfant surdoué de la bourgeoisie, Valéry Giscard d'Estaing révèle ses talents en qualité de ministre des Finances et de l'Économie sous les présidences de De Gaulle et Pompidou.

Bien que la maladie du président Georges Pompidou fut depuis plusieurs mois devenue visible à tout un chacun, la classe politique se laisse surprendre par sa mort, survenue le 2 avril 1974.

Giscard se qualifie sans mal avec 32,6% des voix au premier tour contre 15,11% pour Chaban-Delmas, candidat gaulliste. Mais le second tour s'annonce très serré face au candidat unique de la gauche, François Mitterrand. VGE l'emporte avec 500 000 voix d'avance (50,81% des suffrages exprimés) au terme d'une campagne marquée par le premier débat télévisé en direct.

Alain Poher, président par intérim, laisse l'Élysée au nouvel élu. Agrandissement : cérémonie d'investiture, @Archives nationales/Présidence de la République.

Réformes tambour battant

Valéry Giscard d'Estaing, né à Coblence (Allemagne) en 1926VGE place d'emblée sa présidence sous le signe de la jeunesse et du renouveau en se donnant un Premier ministre de 42 ans... Jacques Chirac.

Le gouvernement innove avec cinq ministères confiés à des femmes dont un ministère de la Condition féminine confié à Françoise Giroud.

Les réformes se succèdent tambour battant :

– 3 juillet 1974 : désireux de lutter contre la montée brutale du chômage à l'issue du premier choc pétrolier, le gouvernement suspend l'entrée de travailleurs étrangers ; cette politique de « préférence nationale » dans l'emploi sera complétée par un encouragement à l'immigration familiale, avec des effets pervers notables.

– 5 juillet 1974 : la majorité civique, qui était fixée à 21 ans depuis 1848, est abaissée à 18 ans.

– 7 août 1974 : l'ORTF (monopole public de la radio et de la télévision) est démantelée et donne naissance à sept chaînes concurrentes ; c'est un premier pas vers l'indépendance des médias audiovisuels.

– 14 octobre 1974 : indemnisation des chômeurs licenciés économiques sur la base de 90% de leur dernier salaire pendant un an (cette mesure sera rapidement abrogée).

– 21 octobre 1974 : création du « droit de saisine » avec la possibilité pour 60 députés ou 60 sénateurs de saisir le Conseil constitutionnel.

– 26 octobre 1974 : remboursement de la contraception par la Sécurité sociale.

– 28 novembre 1974 : vote de la loi Veil qui légalise l'avortement...

À noter aussi les années suivantes l'introduction du divorce par consentement mutuel, l'instauration du collège unique dans le but de favoriser un égal accès de tous les enfants à l'enseignement, la généralisation de la mixité dans les écoles, l'abolition de la censure, l'élection du maire de Paris au suffrage universel (31 décembre 1975), etc.

VGE reprend à son compte les grands chantiers initiés par Pompidou : électricité nucléaire, TGV, Airbus, Ariane, téléphonie.

Le gouvernement tente par ailleurs d'endiguer la crise économique avec une maladresse qui n'est pas sans rappeler celle de Pierre Mauroy en 1981 :
– création de l'autorisation administrative de licenciement,
– forte augmentation des allocations familiales et du minimum vieillesse,
– relance de l'activité minière avec embauche de nouveaux mineurs, notamment marocains...

Par des gestes symboliques, Valéry Giscard d'Estaing veut aussi décoincer les pratiques républicaines, non sans parfois susciter le sourire : remplacement de la jaquette par le veston dans les cérémonies officielles, remontée à pied des Champs-Élysées le jour de son intronisation, changement du tempo de la Marseillaise, défilé du 14-Juillet à la Bastille, dîners informels chez des Français ordinaires et réception de ceux-ci à l'Élysée, petit-déjeuner en compagnie des éboueurs de son quartier...

La présidence au péril de la rigueur et de l'impopularité

Le chef de l'État a la malchance d'arriver au pouvoir juste après la guerre du Kippour, de sorte que l'opinion ne va pas manquer d'attribuer au président la crise économique et la poussée du chômage qui s'ensuivent. Le 25 août 1976, Jacques Chirac claque brutalement la porte du gouvernement. Il se pose désormais en rival de VGE et inaugure la guérilla contre le président en dénonçant le « socialisme rampant » de ce dernier.

Giscard le remplace à Matignon par un professeur d'économie, Raymond Barre. Il range au placard les réformes de société mais redouble par contre d'activisme en politique étrangère :

• création du Conseil européen des chefs d'État et de gouvernement,
• élection du Parlement européen au suffrage universel direct,
• création en 1979 du Système monétaire européen (SME), prélude à la monnaie unique,
• instauration du dialogue Nord-Sud, création du G7 (réunion périodique des principaux dirigeants du monde).

De son côté, sans prendre de gants, Raymond Barre inaugure une politique économique rigoriste, très libérale, voire néolibérale. Au terme de son ministère, il laissera une dette publique de seulement 20% du PIB mais aussi près de deux millions de chômeurs, cependant que le tissu industriel du pays aura commencé de se racornir en peau de chagrin.

Assommé par son échec de 1981 qu'il n'avait pas vu venir, l'ex-président va se comporter en vieux sage de la politique. Il connaîtra encore l'amertume  du rejet de son projet de Traité constitutionnel européen par les référendums de 2005.

Publié ou mis à jour le : 2021-02-04 17:39:57

 
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