Le sourire

Quel cachottier !

Vous nous ferez bien une petite risette, non ? Quoi de plus naturel ? Et pourtant, il semble que dans les siècles passés on ne souriait guère si l'on en croit la rareté des sourires de nos ancêtres dans l'Art. Impression fausse, bien sûr ! Mais il faut avouer qu'à part une célèbre Mona, italienne du XVIe siècle, rares sont les modèles à qui l'on a demandé de faire jouer leurs zygomatiques, du moins jusqu'au XXe siècle.

Pour essayer de lever ce mystère, partons à leur recherche et réchauffons-nous auprès des plus beaux sourires !

Isabelle Grégor

NB : faites glisser la souris sur les images et cliquez pour voir les agrandissements.

Frans Hals, Le Bouffon au luth, 1624-1626, Paris, musée du Louvre. L'agrandissement montre un autre portrait de Frans Hal, La Bohémienne, 1630, Paris, musée du Louvre.

Attention, danger

Ce n'est pas aux vieux singes que l'on va apprendre à faire des grimaces... et encore moins à sourire !

Abélard et Héloïse, Gabriel von Max, XIXe siècle, Munich, Neue Pinakothek.Si l'on observe nos cousins, on se rend compte que cette mimique, vieux reste d'un rire primitif comme le reflète d'ailleurs l'étymologie du mot (du latin sub-ridere, « sous-rire »), aurait pour but premier de rassurer en envoyant un signal de soumission.

Le « bouche ouverte, dents découvertes » signifierait un clair « Soyons copains ! », message que Bébé commence à utiliser de manière « volontaire » au bout de quelques semaines pour attirer l'attention.

Au fur et à mesure qu'il grandira et apprendra les codes de la société, il découvrira la richesse de la gamme des sourires, qui peuvent traduire la politesse, le plaisir, la séduction, le dépit ou même l'hypocrisie.

S'il est impossible de dire quand les premiers hominidés ont eux aussi adopté ce code inné, présent dans toutes les cultures, on peut s'étonner de l'absence de sourire dans les représentations humaines de la Préhistoire. D'ailleurs, elles n'ont même pas de bouche ! Simplification à l'extrême ou absence symbolique ? Ces visages incomplets risquent de garder longtemps leur mystère.

Le sourire, Thomas Webster, 1842, Londres, Guildhall Art Gallery.

Restons sérieux

Au Moyen-Orient, on ne peut pas dire que les premières civilisations aient multiplié les figures rigolotes.

Statue d'Ebih-Il, Mari, XXIVe siècle av. J.-C., Paris, musée du Louvre. L'agrandissement présente la tête d'Akhenaton, XIVe siècle av. J.-C., Louxor, musée.Alors pourquoi tout-à-coup ce sourire béat sur le visage d'un dignitaire de Mari (Syrie - XXIVe siècle av. J.-C.) ? La réponse est dans son occupation : il est en pleine prière, ce qui lui apporte un ravissement communicatif.

Ce n'est pas le cas en Égypte où, qu'elles soient de face ou de profil, les représentations ne laissent deviner qu'un léger sourire, à peine esquissé mais plein de douceur, comme sur le visage du Scribe du Louvre ou les portraits de Ramsès II.

La même pudeur se retrouve dans ceux de l'époque d’Akhenaton (XIVe siècle av. J.-C.) malgré un style plus naturel qui n'hésite pas à reproduire les défauts des personnages. Pensons à la fascinante Néfertiti dont la beauté réside dans la sérénité des traits et du sourire, à peine esquissé.

Dès les premiers royaumes, il semble évident que les dirigeants n'ont pas le droit de montrer une quelconque exubérance dans leurs sentiments : retenue et contrôle de soi est une règle qui est encore respectée de nos jours dans les portraits officiels. Le pouvoir n'est pas un jeu : un peu de sérieux !

Le Moscophore, v. 570 av. J._C., Athènes, musée de l’Acropole. L'agrandissement montre un masque de théâtre, IIe s. av. J.-C, Athènes, musée national archéologique.

Archaïque mais plein de charme

Pour trouver un visage un peu plus enjoué, traversons la mer et allons du côté de la Grèce où, à partir du VIe siècle avant J.-C., les sculptures se parent d'un joli « sourire archaïque ». Il ne s'agit pas ici de montrer l'intériorité du personnage mais simplement de donner du bonheur à celui qui le regarde.

Tête d'homme barbu coiffé d'un turban, Chypre, Ve siècle av. J.-C., Paris, musée du Louvre. L'agrandissement montre le Cavalier Rampin, VIe siècle av. J.-C., Paris, musée du Louvre.Et comme le sourire est communicatif, cela marche ! En observant kouros et koré (dico) on ne peut, des siècles plus tard, qu'être persuadé qu'ils viennent d'une époque où régnait le bonheur de vivre et où chacun était en harmonie avec les dieux. C'est d'ailleurs pour honorer l'un d'eux, Dionysos, que furent organisées les premières comédies où les acteurs se cachaient derrière des masques aux sourires démesurés.

Dans les autres créations artistiques, interdit de se risquer à laisser apparaître une fossette s'il n'y a aucun motif de frivolité. Il faut être étrusque pour oser représenter ses défunts en plein banquet, avec un beau visage réjoui ! Mais en Grèce on préfère suivre les conseils du stoïcisme qui se méfie du rire, censé être préjudiciable à l'acquisition de la sagesse.

Pourtant c'est dans ce pays qu'est née la physiognomonie, méthode qui vise à faire le lien entre l'apparence et l'intériorité. Est-ce pour cette même raison que philosophes, hommes politiques et divinités affichent du côté d'Athènes comme de Rome une mine bien peu affable sur les portraits ? Quel dommage que la Vénus de Milo soit si sérieuse ! À moins que le sculpteur ait voulu que l'attention de ses admirateurs ne soit pas détournée de sa chute de reins...

Vénus de Milo, 150-130 av. J._C., Paris, musée du Louvre.

Ça sent le roussi

Et si c'était en effet les artistes qui boycottaient le sourire ? Son absence pendant l'Antiquité et le Moyen Âge peut avoir pour origine de simples raisons techniques : pas facile de reproduire une expression tellement fugace !

Ajoutons à cela en Occident une explication religieuse : la bouche, liée au péché originel et à la gourmandise, sexuelle ou pas, est d'emblée suspecte. Ceux qui arborent un sourire ne peuvent être que remplis de perfidie... Sus à la jouissance ! « Femme doit rire à bouche close » si elle ne veut pas passer pour légère, conseille Le Roman de la rose (XIIIe siècle).

L'Ange au sourire, 1240, cathédrale de Reims. L'agrandissment montre la Vierge blanche, XIVe siècle, cathédrale de Tolède.C'est ainsi que pendant tout le Moyen Âge la majorité des personnages représentés se contentent d'un léger plissement du coin des lèvres. Au milieu de cette sobriété, l'Ange au sourire (après 1250) de la cathédrale de Reims fait figure d'exception, affichant le ravissement de celui qui échappe au poids de la malédiction.

Il faut dire que nous sommes aussi au début du gothique, époque où les artistes cherchent à s'émanciper de l'influence byzantine et de son idéalisation du monde. On s'intéresse davantage aux expressions et les saints commencent à perdre cet aspect inexpressif qui les caractérisait. C'est le retour de la physiognomonie, le visage redevient miroir des sentiments.

Une fois de plus, la révolution vient d'Italie : sous le pinceau de Giotto on voit apparaître une légère, très légère décontraction du visage. C'est justement à cette époque qu'en France se diffuse le mot « sourire » dans le sens de « prendre une expression rieuse ». Le moment de sa réhabilitation est arrivé !

Codex Manesse (détail), XIVe siècle, Bibliothèque de l'Université d'Heidelberg. L'agrandissement présente La Rencontre d'Anne et Joachim à la Porte Dorée (détail), Giotto di Bondone, vers 1305, église Saint-François, Assise.

Un ris léger...

Qu'est-ce qu'un sourire ? Les auteurs de l'Encyclopédie (1751-1772), eux aussi, se sont penchés sur la question :
« C’est un ris léger ; il se fait lorsque dans les mouvements de l’âme doux & tranquilles, les coins de la bouche s’éloignent un peu sans qu’elle s’ouvre, les joues se gonflent, & forment dans quelques personnes, par une espèce de duplicature un léger enfoncement entre la bouche & les côtés du visage, que l’on appelle la fossette, qui produit un agrément dans les jolies personnes. Le souris est une marque de satisfaction intérieure, de bienveillance, d’applaudissement. Il est vrai que c’est aussi une façon d’exprimer le mépris, l’insulte & la moquerie ; mais dans un souris malin on serre davantage les lèvres l’une contre l’autre par un mouvement de la lèvre inférieure. Le souris d’approbation & d’intelligence est un des plus grands charmes de l’objet aimé, surtout quand ce charme vient d’un contentement qui a sa source dans le cœur. Enfin, il y a des souris d’assurance, d’admiration, de doute. Le souris d’Abraham, quand Dieu lui promit un fils, n’étoit pas un souris de doute, mais de satisfaction, d’admiration & de reconnoissance (chevalier de Jaucourt) ».

On se décontracte !

Mais le chemin est encore long : les commanditaires continuent à réclamer des portraits inspirés des médailles antiques, aux traits inexpressifs.

Antonello da Messina, Portrait d’un homme qui rit, 1470, musée de la fondation Mandralisca, Cefalu. L'agrandissement montre un tableau de Lucas Cranach l'Ancien, Les amoureux, 1489, Fondation Bemberg, Toulouse.Il faudra tout le talent d'Antonello de Messine pour oser peindre un Homme qui rit (1470) ou plutôt qui sourit largement, le rire étant toujours lié à l'excès, et les dents à la mort et la bestialité.

À la suite des humanistes, désireux de réhabiliter l'Homme dans toute sa richesse, ce sont donc de légers sourires qui se multiplient à la Renaissance à la suite du plus célèbre d'entre eux, celui de La Joconde (Léonard de Vinci, à partir de 1503). Sous le pinceau de Raphaël, la Vierge semble enfin s'amuser à observer son enfant.

Dans le Nord, on préfère encore mettre l'accent sur des physionomies grotesques, à la façon d'un Jérôme Bosch, avant de s'attacher à reproduire les expressions des gens du peuple pour montrer la vie dans sa diversité, même la plus dépravée.

Jérôme Bosch, Le Portement de croix (détail), 1510-1535, Gand, Musée des beaux-arts. L’agrandissement est le Portrait d'un jeune enfant avec un dessin, Gian Francesco Caroto, environ 1523, musée de Castelvecchio, Vérone.Si les « gens bien » commencent à peine à accepter de montrer leurs dents, à l'exemple de la Jeune fille à la perle de Vermeer (1665), il n'est toujours pas question pour les dirigeants de se séparer de leur air sérieux. Rois, ministres et autres papes semblent donc pour l'éternité plongés dans la plus intense des réflexions.

Il faut dire que les problèmes esthétiques n'y sont pas pour rien : ce grand amateur de sucre qu'était Louis XIV, par exemple, vécut 30 ans sans dents supérieures. De quoi mettre ses plus beaux sourires dans sa poche !

Heureusement, cette époque voit aussi la naissance de la médecine dentaire qui permet au XVIIIe siècle de se dérider quelque peu.

Si on accepte le rictus moqueur d'un Voltaire, quel scandale quand Élizabeth Vigée-Lebrun ose montrer un bout de ses quenottes sur un autoportrait avec sa fille ! Les préjugés sont toujours là et restent décidément bien enracinés.

Élizabeth Vigée-Lebrun, Madame Vigée-Lebrun et sa fille, 1786, Paris, musée du Louvre.

« Vous faites voir des os »

Dans ce sonnet, Paul Scarron reprend la tradition du contre-blason qui consiste à décrire de façon négative une partie du corps de l'aimé(e).
« Vous faites voir des os quand vous riez, Hélène,
Dont les uns sont entiers et ne sont guère blancs ;
Les autres, des fragments noirs comme de l’ébène
Et tous, entiers ou non, cariés et tremblants.
Comme dans la gencive ils ne tiennent qu’à peine
Et que vous éclatez à vous rompre les flancs,
Non seulement la toux, mais votre seule haleine
Peut les mettre à vos pieds, déchaussés et sanglants.
Ne vous mêlez donc plus du métier de rieuse ;
Fréquentez les convois et devenez pleureuse :
D’un si fidèle avis faites votre profit.
Mais vous riez encore et vous branlez la tête !
Riez tout votre soûl, riez, vilaine bête :
Pourvu que vous creviez de rire, il me suffit »
.
Paul Scarron (Oeuvres, 1654)

Le Christ et la Femme adultère, Porta Giuseppe della, Salviati le Jeune (dit) (1520-après 1575), Bordeaux, musée des beaux-arts.  L'agrandissement montre la Vierge à l'Enfant avec saint Antoine Abbé, Alessandro Bonvicino dit II Moretto da Brescia, XVIe siècle, Bordeaux, musée des beaux-arts.

Le sourire des dieux

Le Christ souriait-il ? Cette simple question a longtemps agité le monde des spécialistes en théologie, dès le début du christianisme.

Le Caravage, Amor Vincit Omnia (l'amour triomphe de tout) ou L'Amour victorieux, vers 1601-1602, Berlin, Gemäldegalerie. L'agrandissement présente une sculpture réalisée par Le Bernin, L'Extase de sainte Thérèse (détail : l'ange), 1652, Rome, église Santa Maria della Vittoria.Pour Jean Chrysostome, la réponse est non : « Jésus lui-même a pleuré [...]. Tu peux le surprendre souvent en de telles attitudes, mais jamais en train de rire, et même pas de sourire [...]. il déclare bienheureux ceux qui pleurent, tandis qu’il dit misérables ceux qui rient [...]. Ce n’est pas Dieu en effet qui nous donne [le rire pour que nous jouissions], mais c’est le diable ». (Homélie sur saint Matthieu, IVe siècle).

Ajoutons que les fidèles observant les portraits du Christ devaient y voir avant tout un rappel du sacrifice qu'il fit pour sauver les hommes. De la même façon, la Vierge jouant avec son enfant n'aura le visage embelli que d'un léger sourire puisque le drame de la crucifixion, là aussi, est déjà présent et rend malvenue une gaieté sans entrave. Marie doit donc garder une attitude toute empreinte de retenue, conduite que devait d'ailleurs adopter toute femme honnête.

L'impression de douceur ainsi créée se retrouve à l'autre bout du monde sur les statues de Bouddha, comme par exemple sur les « tours à visage » du temple du Bayon à Angkor. Reflet d'« une bienveillance inconditionnelle, née du souhait que tous les êtres, sans exception, trouvent le bonheur et les causes du bonheur » (Matthieu Ricard), ce sourire apaisé ne doit pas être confondu avec la jovialité de Budai, ce « Bouddha rieur » chinois reconnaissable à son ventre impressionnant.

On est bien loin de l'impassibilité de la majorité des représentations religieuses, statues de l'île de Pâques en tête.

Tour-visage du temple du Bayon, Angkor, XIIIe siècle, photo G. Grégor. L'agrandissement montre les Moaï de l'île de Pâques, XIIIe-XVe siècles, île de Pâques.

« Une victoire »

Dans un ouvrage de photographie qu'il a consacré au sourire, le moine Matthieu Ricard explique son importance dans le monde bouddhiste :
« Le sourire du Bouddha célèbre la victoire sereine sur l'ignorance, la haine, le désir, l'arrogance et la jalousie. Mais il y a aussi le sourire d'un être aimé, le sourire de celui qui aime, le sourire d'une mère, le sourire d'un enfant — « Pour connaître ta mère, enfant, commence à lire dans le livre de son sourire », écrivait Virgile —, le sourire de celui qui contemple une œuvre accomplie, le sourire libre de tout regret, le sourire de la générosité et de la bonté libre d'ostentation, le sourire de celui qui a pleinement donné de lui-même, le sourire de celui qui accepte d'être le perdant dans un conflit plutôt que perdre le respect de lui-même, le sourire de la paix intérieure. […]
J'ai entendu un aveugle dire : « Lorsque je souris avec mes lèvres, je sens bien la contraction musculaire mais je n'ai pas vraiment le sentiment de sourire, même si mon expression n'est pas forcée. Sourire sans voir le visage de l'autre qui s'illumine d'un sourire en réponse au mien revient pour moi à envoyer une lettre morte. Car ce qui importe dans le sourire, ce sont les sourires qui se répondent »
(108 sourires, 2011).

L'Académie Julian à Paris, 1881, Marie Bashkirtseff, Ukraine, Dnipropetrovsk, musée des beaux-arts. L'agrandissment montre La Mousmé, 1888, Van Gogh, Washington, National Gallery of Art.

Cachez-moi ce sourire…

Au XIXe siècle, la mode des mines contrites poursuit ses ravages. Quel dommage de ne pas avoir un portrait de Napoléon Ier souriant, il n'en aurait été que plus sympathique !

Nadar, Portrait de Pierre-Alfred Ravel, auteur de vaudevilles et comédien, s. d., Paris, musée d'Orsay. L’agrandissement montre le portrait de Sorano, actrice, vers 1900, Studio Reutlinger, Paris, musée d'Orsay.L'arrivée de la photographie ne change rien au problème, au contraire : vu le temps de pose nécessaire aux premiers portraits, il y avait de quoi bougonner. Et puis, impossible d'entrer dans la postérité avec une grimace de clown ! Allez jeter un œil aux célèbres clichés de Nadar : au milieu des visages lugubres des Baudelaire, Hugo et autres Berlioz, peu de sourires francs, si ce n'est celui du comédien Ravel. Est-ce son métier qui le lui autorise ?

Même au fin fond des campagnes, les invités des noces font des figures d'enterrement ! Il faut en effet à tout prix éviter de passer pour ces dévergondées qui osent vous fixer en affichant un sourire moqueur ou affriolant. La Maja desnuda de Francisco Goya (1800) avait déjà payé son audace par des années de réclusion chez son propriétaire, le Premier ministre espagnol Godoy.

Édouard Manet se doutait bien, lorsqu'il peignit la jeune femme gracieuse de son Déjeuner sur l'herbe (1863), que l'accueil allait être houleux. Dénudée, pourquoi pas, mais souriant et regardant le public, scandaleux ! À sa suite, les impressionnistes continuèrent à montrer quelques visages épanouis, comme dans Le Déjeuner des canotiers d'Auguste Renoir (1881). Mais finalement, même ces peintres des bonheurs de la vie restèrent très timides dans leurs portraits. De la retenue, toujours !

Josephine Baker, vers 1927, George Hoyningen-Huene/Conde Nast - Getty Images. L’agrandissement est un portrait de Marilyn Monroe et un pékinois par  Milton H. Greene en1955.

😀

Il faudra le cataclysme de la Première guerre mondiale pour que les sourires en coin prennent un peu d'amplitude. Avec le retour de la paix, la société a soif de plaisir et n'hésite plus à montrer sa joie de vivre. Ce sont les années folles ! Si Greta Garbo et Marlene Dietrich jouent encore le registre de la femme secrète, Joséphine Baker illumine Paris de son naturel.

Les années 50 mettent un coup d'accélérateur au triomphe du sourire avec l'influence de la société américaine et de son culte de « l'ultra brite » qui couvre les pages des magazines. Comment résister aux lèvres pulpeuses de Marilyn ? Les stars mais aussi les hommes politiques, comme John F. Kennedy, jouent désormais à fond de cet atout séduction. Il ne faut plus avoir l'air sérieux, mais sympathique !

Masque figurant l'inua d'un huitrier nageant à la surface de l'eau, début XXe siècle, Paris, musée du quai Branly. L’agrandissement montre La Joconde, Tvboy, Street-art, Barcelone, 2020.Avec la démocratisation de l'appareil-photo notamment grâce au célèbre « clic-clac Kodak ! », les sourires se multiplient sur les pellicules des familles qui ne posent plus pour la postérité mais simplement pour se rappeler des moments heureux.

La publicité s'empare de cet argument de vente et, si l'on excepte le monde des défilés de mode où il ne doit pas éclipser le produit, le sourire devient incontournable. Le voilà qui va même jusqu'à s'incruster quotidiennement en bas de nos courriels sous forme de joyeux smileys plus ou moins farceurs.

Et certains n'hésitent pas à prendre des risques insensés pour faire son plus beau « cheese » face à son téléphone portable pour faire partager son sourire à l'infini.

La grimace du vieux singe prend enfin sa revanche ! Mais avec la crise du coronavirus, on risque un peu plus de se demander quel type de sourire se cache derrière le tissu fleuri qui nous protège : le sourire charmeur de George Clooney ou celui, prédateur, d'un Hannibal Lecter...

Vous ne les trouvez pas un peu forcés, ces sourires...

On le sait, le sourire attire comme un aimant. Mais méfiance ! Les apparences sont parfois trompeuses. Ce n'est pas Gwynplaine, L'Homme qui rit de Victor Hugo (1869), défiguré tout jeune pour plaire à un public de voyeurs, qui dira le contraire. Et le clown, cet ami des enfants, n'est-il pas l'être le plus triste du monde, voire le plus dangereux lorsque certains auteurs maléfiques s'en emparent ? On ne saurait trop se méfier du personnage de Ça inspiré par Stephen King (1986) et de Joker, né en 1941 dans les comics et devenu super-star sur les écrans en 2019. Son maquillage inquiétant a été aperçu récemment lors de manifestations, aux côtés du masque de Guy Fawkes, symbole désormais du collectif Anonymous. Préférons-lui un autre moustachu, celui du chat du Cheshire dont l'éternel sourire est un atout pour partager avec Alice, perdue au Pays des merveilles, des conversations philosophiques sans fin. Attention, la risette peut être malfaisante !

Joachim Phoenix dans Joker, 2019. L'agrandissement montre le masque de Guy Fawkes derrière lequel se dissimulent les membres du mouvement hacktiviste Anonymous.

Bibliographie

Jules Hirardot, Le Sourire dans l'art, thèse de l'université de Nantes, 1992,
Anne Colson, Évolution du sourire dans la peinture occidentale de la Renaissance au Pop’Art, thèse de l’université de Lorraine, 2010,
Martine Zisserman, Le Sourire dans tous ses états, éd. Publishroom, 2018.

Publié ou mis à jour le : 2020-05-29 16:36:32

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net