Les tribulations des femmes à travers l'Histoire - XXe siècle : grandes espérances - Herodote.net

Les tribulations des femmes à travers l'Histoire

XXe siècle : grandes espérances

À l'orée du XXe siècle, les femmes occidentales ont vu leur statut progresser comme jamais auparavant : égalité des droits, accès au salariat, moyens contraceptifs etc. Ces opportunités ont changé pour de bon les rapports entre hommes et femmes. Toutefois, l'Histoire nous enseigne que rien n'est jamais acquis...

Bicyclette, Louis Vallet, avant 1914, musée de la Voiture, Compiègne.

Merci, la petite reine !

Publicité pour la machine à écrire Yost, Lucien Lefèvre, début du XXe siècle, bibliothèque Forney, Paris.C'est la Belle Époque ! Les femmes, qui ont enfin obtenu l'interdiction du travail de nuit (1892), profitent de l'arrivée des machines à écrire en 1890 pour commencer à s'imposer dans les emplois administratifs. Elles peuvent aussi rejeter corsets et jupons pour enfourcher les premières petites reines.

Mais le célibat est toujours mal vu et la maternité officiellement encouragée. C'est ainsi qu'en 1913 apparaissent les premières mesures qui vont aboutir au congé maternité.

Femme conduisant un tramway, Ligne 4, Montreuil, département Estampes et photographie, BnF, Paris.Été 1914 : les hommes au front, les moissons attendent. Les femmes prennent dans les campagnes la place de leurs époux mais aussi des bêtes réquisitionnées. En ville, les voici conduisant les tramways, distribuant l'argent aux guichets de banque ou fabriquant des obus.

Cette prise en main des emplois vacants n’est pas sans conséquences puisqu'elles accèdent enfin à des postes de responsabilité et découvrent le syndicalisme. 10 000 midinettes des ateliers de couture se mettent en grève en 1916 avant d'être rejointes par des milliers de munitionnettes, réclamant des hausses de salaire.

Mais après la gerre, pour le gouvernement de Georges Clemenceau, rien n'a changé : en remerciement pour leur participation à l'effort de guerre, elles sont invitées à retourner dans leurs foyers...

La cause du droit de vote des femmes en 1936. De gauche à droite : Maryse Demour (assise avec un chapeau), Hélène Roger-Viollet (debout, tenant une feuille à la main), Jane Nemo (assise), Louise Weiss (assise avec un chapeau) et Clara Simon (debout avec un chapeau).

Le temps des garçonnes

Affiche pour Mistinguett au Casino de Paris, Louis Gaudin, 1931.Les féministes ne désarment pas : il est temps d'arracher le droit de vote des femmes, devenu réalité dans 21 pays à travers le monde. Peine perdue ! Quatre fois de suite, entre 1925 et 1936, les sénateurs douchent les espoirs des suffragettes.

On veut bien lui donner quelques avantages, mais pour la pousser à enfanter : création de la fête des Mères (1926), prise en charge des frais d'accouchement pour certaines catégories (1928), allocations familiales (1932). Mais le contexte économique a changé la donne et, pour une femme, travailler n'est plus un déshonneur.

La Seconde Guerre mondiale, les bombardements, les pénuries et la participation aux combats révèlent le courage des femmes comme, en France, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion ou encore Simone Veil, qui ne voulaient pas se satisfaire de l'image de mère de famille passive que lui renvoyait le régime de Vichy.

Affiche électorale de l'Union des femmes françaises, 1945.

« Change ta vie aujourd'hui ! » (Simone de Beauvoir)

Les années d'après-guerre semblent particulièrement favorables aux Françaises : le 21 avril 1944, elles obtiennent enfin le droit de vote, victoire qui est fêtée dans les pages de la presse féminine en plein essor.

Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, 1950.Le succès du magazine Elle (1945) accompagne celui du new look lancé par Christian Dior pour « reféminiser la femme ». Fini, l'ouvrière en salopette ! On se doit de nouveau de retourner dans son foyer pour participer au baby boom en profitant des « plaisirs » des arts ménagers, désormais mécanisés.

Cette image idyllique imposée aux petites filles n'est pas du goût de tout le monde : « On ne naît pas femme, on le devient ! » En 1949, Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir fait figure de brûlot et rencontre un bel écho aux États-Unis où se font entendre des associations féministes de plus en plus puissantes.

Alors que l'influence des féministes s'étend, le général De Gaulle ne s'écrie-t-il pas en 1967 : « Un ministère de la Condition féminine ? Et pourquoi pas un secrétariat au Tricot ? »

« Les vacances », 1955, Robert Doisneau.

La libération des corps

C'est un Américain, Gregory Pincus, qui va bouleverser la vie des femmes en mettant au point en 1955 la première pilule contraceptive. Désormais, avec la loi Neuwirth de 1967, chacune va pouvoir disposer de son corps et faire de la maternité, un choix. Pour les baby boomers, c'est la voie vers la libération sexuelle symbolisée par l'apparition des bikinis sur les plages de Méditerranée tandis que les minijupes se multiplient dans les rues.

En 1974, c'est grâce à l'obstination de Simone Veil, ministre de la Santé du gouvernement Chirac, que l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est rendue légale (janvier 1975). L'Année internationale de la Femme, en 1975, marque symboliquement la reconnaissance, par l'ONU, de cette grande vague d'émancipation.

En dix ans, les avancées dans le domaine de la condition féminine ont donc été considérables, mais beaucoup de chemin reste à faire ! Ce n'est pas un hasard si, en 1976, le terme « sexisme » rentre dans le dictionnaire : il est temps de mettre un mot sur une réalité persistante.

Écartelée entre burkini et pornographie, l'image de la femme reste aujourd'hui encore mal définie, obligeant la moitié de l'humanité à composer avec la place qu'on veut bien lui accorder, alors qu'elle a tant à apporter.

Si le XXe siècle s'est traduit par d'incontestables avancées vers l'égalité des droits, en France comme en Occident et dans le reste du monde, le XXIe siècle s'annonce plus problématique et le risque d'un retour en arrière n'est pas à écarter : réclusion en terre d'islam, retour à la tradition et aux mariages arrangés en Asie et dans les banlieues ethniques d'Europe et d'Amérique, natalité explosive en Afrique, chômage en Europe, puritanisme exacerbé dans la « nouvelle gauche » américaine. Le pire à craindre serait la fin de la galanterie, une tradition française entre toutes...


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• XXIe siècle

L'auteur : Isabelle Grégor

Isabelle Grégor

Isabelle Grégor a obtenu un doctorat de Lettres modernes avec une thèse consacrée au récit de voyage de Bougainville. Cette thèse a donné lieu à des publications, par exemple dans la Revue d'Histoire maritime, et à des conférences dans des colloques scientifiques.

Notre collaboratrice a également passé avec succès le concours de CAPES en 2008 et enseigne les lettres dans un lycée de Poitou-Charentes.

Publié ou mis à jour le : 2019-03-08 10:31:53

 
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