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Les écrivains en politique au XIXe siècle

1898 : les déchirements de l'Affaire Dreyfus


L’affaire Dreyfus, par son retentissement énorme, est considérée comme la pierre fondatrice de l’engagement des intellectuels à l’époque moderne. Elle a pour toile de fond un antiparlementarisme provoqué par des scandales politico-financiers, et un antisémitisme qui traverse la société française.

Les injustes condamnation et déportation du capitaine Alfred Dreyfus pour espionnage le 22 décembre 1894 prennent une nouvelle dimension lorsque l’impossibilité de la révision du procès révolte ses partisans. Des protestations individuelles provenant de la famille et des amis, on passe alors à une lame de fond mobilisant les « intellectuels » qui font irruption de manière massive dans la vie publique, conscients qu’il est de leur devoir de prendre parti.

Jean-Pierre Bédéï

La Vérité, Finira-t-on par la faire sortir... ? Caricature dreyfusarde, Édouard Guillaumin Pépin, Le Grelot, 27e année, n° 1393, 19 décembre 1897.

Le coup d’éclat de Zola

La publication par Émile Zola d'une lettre ouverte au président de la République Félix Faure, dans L'Aurore du 13 janvier 1898 sous le titre « J'accuse », met le feu aux poudres.

Portrait d'Émile Zola sur le plat supérieur de L'Assommoir, Jean-François Raffaëlli, XIXe siècle, BnF, Paris.L'écrivain y attaque violemment l'état-major de l'armée coupable, selon lui, d'avoir condamné Dreyfus sans preuve, et de persister dans son obstination alors que des soupçons pèsent sur le commandant Esterhazy qui s’avérera être le véritable auteur du bordereau qui a fait condamner l’infortuné capitaine.

Par la puissance de ces attaques frontales, Zola sait qu’il prend le risque d’être traîné en justice. Mais il n’en a cure. Son article provoque un véritable séisme dans le pays tant l'affaire Dreyfus est clivante au sein même de chaque famille politique, bien que les dreyfusards se recrutent essentiellement à gauche. L'opinion se divise, la presse se divise. Et les intellectuels aussi.

Émile Zola à la Cour d'assises,1898, lithographie, BnF, Paris.Car contrairement au XVIIIe siècle durant lequel quelques philosophes s’étaient mêlés de politique, encore plus largement qu’en 1848 ou lors de la Commune, l’affaire Dreyfus sensibilise l'ensemble de l'élite du pays qui émerge alors sous la forme d'une communauté s’estimant en droit de peser sur la vie de la Cité.

Certes, les hommes de lettres constituent les figures de proue de cette bataille des clercs. Émile Zola, Anatole France, Charles Péguy, Marcel Proust, Lucien Herr, ou de manière moins ferme André Gide, animent entre autres le camp des dreyfusards aux côtés de Clemenceau et de Jaurès, acquis tardivement à la cause du capitaine Dreyfus.

Surtout, ils drainent derrière eux une grande quantité d’universitaires, d’enseignants, de scientifiques, d’étudiants, d’artistes, qui réclament également la révision du procès. L'Aurore publie pendant plusieurs jours des listes de ces « protestataires » qui ne cessent de s’allonger. C’est l’irruption de la pratique de la pétition qui aura un brillant avenir dans les joutes intellectuelles du XXe siècle.

Promotion 1883 des élèves de l'ENS avec plusieurs futurs dreyfusards aux côtés de Lucien Herr, futur bibliothécaire de l'École (debout à gauche). Centre d'histoire de Sciences Po, Archives d'histoire contemporaine, fonds Lucien Herr, DR.

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Pétrarque

Publié ou mis à jour le : 2018-03-15 15:08:24

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