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Le loup

Sauvage, fétiche et redouté


Le Petit chaperon rouge (illustration de Jessie Willcox Smith, 1911)Le loup a jusqu'à l'époque contemporaine côtoyé les hommes, du moins dans l'hémisphère nord.

Jamais domestiqué, à la différence de son compère l'ours, il a nourri plus de mythes et de légendes qu'aucun autre animal, y compris le cheval, le chat et le chien, son cousin domestique.

Le loup, animal qui chasse en meute, réputé cruel et sans pitié, a été très tôt honoré par les peuples nomades ou guerriers comme l'attestent encore beaucoup de noms propres.

Mais quantité d'expressions populaires rappellent aussi combien il était redouté par les paysans sédentaires et les gardiens de troupeaux.

André Larané

Le loup, animal fétiche

Les Spartiates côtoyaient le loup gris (loup commun d'Europe) dans les montagnes du Péloponnèse et l'avaient en grande estime. Le nom de leur plus célèbre roi, le mythique Lycurge, y fait référence. Il signifie en grec « Celui qui tient les loups à l'écart ». L'entraînement des guerriers de Sparte est calqué sur son mode de vie si l'on en croit le sémiologue René Caillois : « Le jeune homme [éphèbe] vit en loup et attaque comme un loup : solitaire, à l'improviste, par un bond de bête sauvage. Il vole et tue impunément, tant que ses victimes ne parviennent pas à le saisir » (Les Jeux et les Hommes, 1958).

Lycaon est transformé en loup par Zeus (gravure pour les Métamorphoses d'Ovide, par Hendrik Goltzius, XVIe siècle)

Dans le Péloponnèse aussi, le souvenir d'un roi qui s'appelait Lycaon (« loup » en grec) inspira une légende selon laquelle ce roi aurait été transformé en loup en raison de son impiété et pour avoir fait manger de la chair humaine à Zeus en personne. Le mythe du roi Lycaon, qui régnait en Arcadie, est sans doute à rapprocher des sacrifices humains et du cannibalisme qui étaient pratiqués dans la région et dont le souvenir a pu remonter jusqu'aux Grecs de l'époque classique.

Les loups peuvent surgir là où on les attend le moins, par exemple au lycée ! Aristote choisit d'enseigner dans un gymnase installé dans un quartier d'Athènes du nom de Lyceon. Ce nom venait de ce que le lieu avait été précédemment fréquenté par des loups. Il s'ensuit que les Français donnèrent le nom de lycée à leurs établissements d'enseignement secondaire, les Allemands préférant celui de Gymnasium !

Les Romains, peuple sédentaire mais guerrier, respectaient aussi le loup (lupus en latin). Cet animal était dédié à Mars, dieu de la guerre, et quand il pointait son nez avant une bataille, les Romains y voyaient la promesse de la victoire !

C'est à une louve que Rémus et Romulus, héros fondateurs de Rome, ont dû leur survie après avoir été abandonnés, encore bébés, dans la forêt. En référence à cette légende, les Romains instituèrent une fête purificatrice le 15 février au Lupercal, la grotte qu'aurait occupée la louve au pied du mont Palatin : les Lupercales. En 494, le pape Gélase lui substitua la Fête de la Purification de la Vierge. Exit la Louve.

Romulus et Rémus (1516, Paul Rubens, musée du Capitole, Rome)

Férus de littérature latine, nos humanistes de la Renaissance se souvinrent que les prostituées étaient désignées à Rome par le mot lupa, qui désigne aussi la femelle du loup. Ils inventèrent en conséquence le mot lupanar pour désigner les maisons de prostitution. L'homonymie latine entre la prostituée et la louve n'est sans doute qu'accidentelle mais elle a poussé des auteurs imaginatifs à chercher un lien entre les deux en attribuant à la louve (femelle du loup) une lubricité exceptionnelle (*).

L'enchaînement de Fenrir (1908, George Wright)En Amérique du nord, le loup était un animal totem pour de nombreuses tribus d'Indiens. À la fois craint et respecté, il bénéficiait d'attributs quasi-divins.

En Europe, la mythologie nordique a cultivé le souvenir d'un loup gigantesque, Fenrir, fils du dieu Loki, qu'il fallut enchaîner pour l'empêcher de nuire. Les guerriers germains appréciaient aussi la force du loup comme l'attestent encore les nombreux prénoms et patronymes qui, tel Wolfgang, Adolphe, Rodolphe, font référence au loup (wulf ou wolf en vieil allemand).

Encore aujourd'hui, le loup est honoré par les Turcs, dont les ancêtres nomades et guerriers se reconnaissaient dans cet animal habitué à chasser en meute. Moustafa Kémal, fondateur de la Turquie moderne, fut lui-même surnommé le « Loup Gris », peut-être en raison de son regard gris perçant.

C'est aussi le nom que se donnèrent des extrémistes nationalistes dans les années 1960 et c'est l'un d'eux, le « Loup Gris » Mehmet Ali Ağca, qui tira sur le pape Jean-Paul II le 13 mai 1981...

Le loup, animal redouté

Il y a deux mille ans, en Gaule et dans l'empire romain, les défrichements et la culture intensive avaient quelque peu réduit la place des loups et de la faune sauvage.

- Haut Moyen Âge (Ve-Xe siècles) : cohabitation difficile des loups et des hommes

Un loup enlève l'un des deux fils de saint Eustache (vitrail de la cathédrale de Chartres, XIIIe siècle)Tout change à l'époque barbare, sous le haut Moyen Âge. En Europe occidentale, l'extension des friches et de la forêt s'accompagne du retour en force des loups. Dans un monde sous la menace permanente de la famine, le loup est omniprésent autour des villages. On le redoute pour les dégâts sur les troupeaux et le danger qu'il fait courir aux enfants.

Un vitrail de la cathédrale de Chartres (à gauche) raconte comment saint Eustache, général romain converti au christianisme, vit l'un de ses deux fils enlevé par un loup (avant que des paysans ne le délivrent)...

Le nom Loup ou Leu (loup en vieux français) semble malgré tout prisé à l'époque mérovingienne, peut-être dans la continuation de la tradition germanique.

Ce nom est porté par plusieurs évêques comme Loup de Troyes, au Ve siècle, ou Loup de Sens au siècle suivant (ce dernier devint saint patron des bergers et des moutons). Il s'ensuit que plusieurs dizaines de villages et villes français portent leur nom : Saint-Loup ou Saint-Leu.

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Publié ou mis à jour le : 2018-02-26 10:10:08

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

J. Boulard (17-05-201822:22:25)

Il ne faut pas négliger la part de responsabilité dans la diabolisation du loup par la religion qui, à travers ses symboles, fera du loup l'ennemi naturel de "l'agneau" de Dieu (Agnus dei qui tollis peccata mundi), accréditant ainsi des formes de "possession" comme celles des loups-garous.

Maurice (09-03-201823:31:16)

C'est bien la première fois que je suis déçu par un article de Herodote. Il est regrettable de voir rapporter toute les charges dont les hommes dans leurs turpitudes ont chargé le loup sans réserves à part une légère relative aux "témoignages de seconds couteaux". Il y a belle lurette que les historiens ont dédouané le loup de toute responsabilité dans l'affaire du Gévaudan. Facile à certaines époques d'étriper les gens et de faire passer ça sur le compte du loup. Ça aurait été bien quand même d... Lire la suite

taylesat (28-02-201808:42:21)

Le pastoralisme protège des espèces botaniques rares, car il empêche la forêt de repousser et de les priver de lumière. Il est complètement idiot de réintroduire une espèce qui est envahissante dans toute l'Eurasie, ce qui détruit le pastoralisme, donc détruit des plantes rarissime. Quand ces espèces botaniques rarissimes auront disparu, détruites par les fanatiques des loups, il ne faudra pas qu'ils viennent nous bassiner avec des c... réchauffistes. Ces plantes auront disparu à cause des fa... Lire la suite


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