Les écrivains en politique au XIXe siècle - 1848 : sur les barricades - Herodote.net

Les écrivains en politique au XIXe siècle

1848 : sur les barricades

Confit d'ennui, le règne bourgeois de Louis-Philippe Ier s'achève dans les journées révolutionnaires de Février 1848. Plusieurs écrivains prennent une part active à l’agitation et se rangent aux côtés du peuple. Dumas et même le dandy Baudelaire montent sur les barricades. Balzac se terre dans son bureau. Flaubert, quant à lui, en profite pour recueillir des observations qu’il utilisera dans son oeuvre.

Un homme de lettres émerge, Lamartine. Il va jouer un rôle décisif dans les débuts de la IIe République en promouvant le suffrage universel...

Jean-Pierre Bédéï

La Révolution française de 1848, aquarelle de Cesare Dell'Acqua, XIXe siècle.

241 000 électeurs pour 33 millions d’habitants

En 1848, la monarchie de Juillet, incarnée par Louis-Philippe, 74 ans, se révèle de plus en plus contestée sur fond de crise économique et de misère du peuple. L’année précédente, l’opposition modérée a lancé une « campagne des banquets ». C’est le seul moyen qu’elle a trouvé pour faire entendre sa voix et contourner l’interdiction des réunions publiques.

La campagne des banquets, 9 juillet 1847. Le banquet du Château-Rouge ouvre la campagne des banquets, Élias Regnault, Révolution française t. III, Paris, Pagnerre, 1860.Dans plusieurs villes, elle invite les principaux électeurs à des repas ponctués de toasts politiques aux droits de l’Homme, à l’égalité, et crible de ses critiques le gouvernement. La principale revendication de cette opposition, incarnée par les avocats Alexandre Ledru-Rollin et Odilon Barrot, consiste en une extension bien modeste du droit de vote, visant à abaisser le cens de 200 à 100 francs.

Alexandre Auguste Ledru, dit Ledru-Rollin, Madame Mongez, 1838, Paris, musée Carnavalet.Dans une France comptant 33 millions d’habitants, le système censitaire alors en vigueur permet seulement à 241 000 électeurs de choisir les députés. En réclamant une réforme électorale, l’opposition veut faire accéder au pouvoir et à la citoyenneté la petite bourgeoisie composée notamment de médecins, d’avocats, de boutiquiers etc.

Mais Guizot, qui dirige le gouvernement, se refuse obstinément à modifier le système électoral. Le blocage est total ; au fil des mois de l’année 1847, il s’est transformé en un conflit ouvert entre le gouvernement et l’opposition. C’est l’organisation d’un banquet à Paris le 22 février 1848, interdit par le pouvoir, qui va déclencher une insurrection de trois jours à Paris.

Mourir pour la Patrie !!! (Choeur des Girondins), Révolution de février 1848, estampe, Gallica, Bnf, Paris.Le 22 février, étudiants, ouvriers, commerçants chantant la Marseillaise se dirigent vers la Madeleine et la Concorde pour accompagner les parlementaires qui doivent se réunir à Chaillot. Une pétition est remise aux députés radicaux Crémieux et Marie en présence de l’armée dans une ambiance pesante. Mais c’est dans l’après-midi que le rassemblement dégénère lorsque la brigade municipale charge des manifestants.

Si la nuit est calme, le lendemain, en dépit d’un froid vif et d’une pluie drue, l’agitation reprend, les rues de la capitale se hérissent de barricades aux cris de « Vive la réforme ! À bas Guizot ! » L’armée occupe les points stratégiques. Dans l’après-midi, c’est une explosion de joie à l’annonce de la démission de Guizot.

Mais cette semi-victoire des manifestants n’a pas calmé l’ardeur des meneurs dirigés par des activistes des réseaux républicains qui œuvrent dans la clandestinité depuis plusieurs années. Vers 21h 30, un cortège se dirige vers les Grands boulevards. Lorsqu’il arrive devant le ministère des Affaires étrangères, boulevard des Capucines, c’est l’engrenage sanglant.

Un coup de feu part, tuant un manifestant. Panique générale. La troupe tire instinctivement. Un carnage : une quarantaine de morts et de nombreux blessés. Le peuple tient ses martyrs. Les plus enragés promènent les corps des morts durant toute la nuit dans une charrette aux cris de « Vengeance ! Vengeance ! »

Une charrette chargée de blessés passe devant le journal National, lithographie, anonyme, 1848.

Dumas passe à l’action

Au milieu des manifestants épouvantés, un homme de plume : Alexandre Dumas. Il court enfiler sa tenue de commandant de la Garde nationale de Saint-Germain avant de pénétrer dans la cour de la mairie du troisième arrondissement (première note) où il rencontre le maire revêtu de son écharpe qui a pris la tête de quelque trois cents hommes.

Il leur demande s’ils veulent marcher sur le ministère des Affaires étrangères. Révoltés, les hommes approuvent. Et la colonne se met en marche. Le bouillant écrivain n’avait-il pas soutenu les banquets réformistes ? Comme en 1830, l’intrépide Dumas passe à l’action pour se retrouver au cœur de la mêlée dans cette nuit fatidique qui précipite le pouvoir dans le gouffre.

Autoportrait de Charles Baudelaire, 1848, aquarelle et graphite, musée des monuments français, cité de l'architecture et du patrimoine.Dumas n’est pas le seul homme de plume à être dans la rue. Charles Baudelaire (1821-1867) et le journaliste Charles Toubin, qui ont rejoint le peintre Gustave Courbet au café de La Rotonde totalement déserté près de l’École de Médecine, entendent sonner le tocsin. « Un individu passe en courant et en criant d’une voix qui nous glace d’effroi : - Aux armes ! on égorge nos frères… », se souviendra Toubin.

Les trois amis, qui avaient déjà assisté en spectateurs aux premiers affrontements de la veille sur les Champs-Élysées, se précipitent place Saint-Sulpice où ils sont pris sous une grêle de balles. Ils trouvent leur salut en déguerpissant en direction du Pont-Neuf dont l’accès leur est interdit par un bataillon de ligne.

Pendant ce temps, Honoré de Balzac (1799-1850), « consterné » par les événements, s’alarme devant sa table de travail. Il écrit à Mme Hanska qu’il ne veut pas « vivre sous la République, son règne ne fût-il que de quinze jours. »

Portait de Baudelaire, vers 1848, Gustave Courbet, musée Fabre, Montpellier.

Baudelaire : un dandy se mêle au peuple

Au petit matin du 24 février, des centaines de barricades ont été érigées dans la nuit. Derrière l’une d’elles, ô surprise, Baudelaire, armé d’un fusil de chasse. Ses amis Charles Toubin et Jules Buisson le trouvent ainsi au carrefour de Buci, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Cette fois, il a franchi le pas. De spectateur intrigué, il est devenu un acteur exalté de la révolution...


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• 22 février 1848 : insurrection républicaine à Paris
Publié ou mis à jour le : 2018-10-13 22:15:23

 
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