Peu de vies furent aussi remplies que celle d'Aliénor d'Aquitaine. Par ses mariages avec Louis VII le Jeune puis Henri II Plantagenêt, elle fut successivement reine de France et reine d'Angleterre ; deux de ses fils, Richard Coeur de Lion et Jean sans Terre, devinrent eux-mêmes rois d'Angleterre. Notons que par son divorce d'avec le roi de France et son remariage avec le futur roi d'Angleterre, elle inaugura aussi sept siècles de guerres et de rivalités quasi-ininterrompues entre les deux nations !
Une femme d'exception dans une chrétienté en ébullition
Née en 1122 ou 1124, Aliénor a pour grand-père le le duc d'Aquitaine Guillaume IX, premier troubadour (dico) connu des historiens. Sous son influence, à la cour de Poitiers, la jeune fille reçoit une éducation raffinée. À 15 ans environ, en 1137, elle hérite du duché d'Aquitaine et épouse l'héritier du royaume de France, lequel monte sur le trône quelques semaines plus tard sous le nom de Louis VII.
Croquant la vie à pleines dents, la jeune reine goûte la poésie épique avec les Chevaliers de la Table ronde et le roi Arthur (1135). Peut-être a-t-elle aussi disserté sur la philosophie dont les premiers jalons modernes ont été posés par des clercs tels Bernard de Chartres et Pierre Abélard. Deux ans après la mort de ce dernier, elle assistait avec son mari Louis VII et l'abbé Suger à la consécration de l'abbatiale de Saint-Denis, qui a marqué la naissance de l'art gothique en 1144.
Passent encore deux années et la voilà qui prend la route de Jérusalem pour une deuxième croisade, à l'instigation de Bernard de Clairvaux, fondateur de l'ordre des cisterciens (et par ailleurs adversaire d'Abélard et Suger).
De retour de croisade, la reine, déjà trentenaire, se brouille avec son mari le roi de France Louis VII et se prend de passion pour le comte d'Anjou Henri Plantagenêt, de dix ans plus jeune qu'elle. La chance sourit aux amoureux. Henri reçoit l'héritage de sa mère, rien moins que le royaume d'Angleterre et le duché de Normandie. Le voilà couronné à Westminster en 1154 sous le nom d'Henri II.
Aliénor, qui n'avait eu que deux filles avec son premier mari, va donner le jour à trois filles et six garçons dont trois monteront successivement sur le trône. L'une de ses filles épousera le comte Raymond VI de Toulouse. Une autre le roi Alphonse VIII de Castille... Peu avant sa mort, Aliénor se rend à la cour de Castille pour arranger le mariage de sa petite-fille Blanche de Castille avec l'héritier du trône de France, Louis VIII. Ce sera son ultime succès avant d'accueillir la mort à quatre-vingts ans environ dans sa chère abbaye de Fontevraud, près de Saumur, le 1er avril 1204...
Duchesse d'Aquitaine, reine de France puis reine d'Angleterre et mère de deux rois, Aliénor d'Aquitaine aura ainsi participé activement à la plupart des grands événements qui ont marqué son siècle, le XIIe. Elle témoigne du statut élevé auquel pouvaient accéder les femmes dans la chrétienté médiévale, à l'aube de la civilisation européenne.












Vos réactions à cet article
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Aspasie (11-08-2024 19:24:36)
A ce sujet, je conseille de lire les romans écrits par Elizabeth Chadwick.
Jean Profizi (11-08-2024 13:41:06)
Le titre laisse croire qu'Aliénor a été le personnage le plus important du XII° siècle alors qu'il ressort de l'article qu'elle na eu aucun véritable pouvoir, l'essentiel de ses actes relevant de ses rapports avec maris, fils et cousins.
Herodote.net répond :
Nous disons bien qu'Aliénor est un *témoin* privilégié de son siècle. Raconter la vie d'Aliénor, c'est quasiment raconter tout le XIIe siècle occidental;-) Nous ne mettons pas pour autant en avant son action politique, même si elle fut une personnalité d'un tempérament à toute épreuve...
Anonyme (09-09-2009 10:49:37)
Encore aujourd'hui, elle ne laisse pas indifférente : signe d'une personnalité hors du commun et intemporelle ; les associations "chiennes de garde" et autre "ni putes, ni soumises" pourraient consacrer quelques temps à l'étude de sa vie et de son caractère...
CANNIZZARO (31-03-2009 00:14:20)
Si Philippe, le fils aîné de Louis VI le Gros, n'était mort d'une chute de cheval, Aliénor n'aurait pas eu à épouser Louis VII. Or, Louis VII était pressenti pour devenir ecclésiastique à la Basilique Saint-Denis. Il n'avait pas la prestance, la carrure guerrière de Philippe, et donc ne correspondait pas aux canons de beauté de l'époque. Aliénor était entouré de guerriers et de poètes à la cour du Duché d'Aquitaine. Elle s'ennuyait à côté d'un moine qui ne savait ni la charmer, ni la faire rire et qui manquait de raffinement. Peut-être que si elle avait épousé Philippe : elle n'aurait pas divorcé et la face de l'Europe aurait été toute autre ! D'ailleurs elle a divorcé de Louis VII pour se remarier avec un très redoutable guerrier, Henri II Plantagenêt qui allait de conquêtes en conquêtes. Bravo au résumé de la vie d'Aliénor ci-dessus et merci à Georges pour sa belle explication de la fleur de Lys. Effectivement, cela explique le ridicule de certaines reconstitutions historiques avec la fleur de lys figurant sur les costumes des acteurs pendant des époques antérieures à Louis VII.
Alain Martial (01-04-2008 21:24:02)
Le moins qu´on puisse en dire, c´est qu´elle n´avait aucun sens politique. Déchainer huit siècles de guerres contre la perfide Albion pour des questions de rancunes montre que le sens des responsabilités politiques n´était pas très développé chez les nobles et noblesses de l´époque.
Marc Ardouin (30-09-2006 18:39:48)
Résumé bien mené sur cette femme extraordinaire qui a marqué le XII ème siécle d'une façon magistrale. J'ose me permettre de conseiller l'ouvrage incontournable de Jean FLORI "Aliénor d'Aquitaine" chez PAYOT, que j'ai savouré et consulte très souvent. Aliénor, "reine insoumise", mais très grande reine dont le souvenir reste très présent dans notre ville de Bordeaux.
Anaïs Leneutre (13-06-2006 18:27:37)
Bravo pour cette page superbe sur la femme la plus géniale de l'histoire que j'admire tant. Passionnée du moyen-âge, je tient aussi à vous remercier pour avoir si bien précisé que la condition féminine à cette époque est bien moins déplorable que ce que tout le monde pense!
Françoise HOUVENAGHEL (10-06-2006 18:52:34)
Membre fondateur de la Gilde Plantagenêt à Chinon, j'ai été intéressée par votre site. De nouvelles interprétations de la peinture murale de la chapelle Sainte-Radegonde de Chinon remettent en cause l'identité des personnages. Il s'agit de cinq hommes : Henri II et ses fils... Aliénor n'est pas reléguée dans un couvent à Winchester, elle est prisonnière dans la tour d'Old Sarum, et selon les besoins politiques d'Henri II "invitées" à changer de résidence de temps à autre. Les conditions de détention en 1174/75 sont très dures. Aliénor meurt à Poitiers et est inhumée à Fontevrault. Lire l'excellent ouvrage du médiéviste Jean Flori : Aliénor d'Aquitaine paru fin 2004. Cordialement .