Les tribulations des femmes à travers l'Histoire - De la Révolution à la Belle Époque : la grande régression - Herodote.net

Les tribulations des femmes à travers l'Histoire

De la Révolution à la Belle Époque : la grande régression

Le XVIIIe siècle ou Siècle des Lumières offre aux femmes de la haute aristocratie et de la grande bourgeoisie l'occasion de briller comme jamais en société. La France, en avance sur tous les autres pays, témoigne aussi d'une volonté inédite des couples de maîtriser leur fécondité. Mais il faut attendre la Révolution pour que s'améliore le statut des femmes. De l'égalité juridique au divorce par consentement mutuel et même au droit de porter des armes, les femmes deviennent d'authentiques citoyennes... à cela près qu'elles ne disposent pas du droit de vote. 

Mais tout va basculer à partir de l'automne 1793, tant sous les gouvernements révolutionnaires que conservateurs ou bourgeois...

« Bravoure des femmes parisiennes à la journée du 5 octobre 1789 », Jacques-Philippe Caresme, BnF, Paris.

Sous la Révolution, la femme, un citoyen pas comme les autres (1789-1804)

Omniprésentes dans les manifestations où elles poussent leurs hommes à agir, les Parisiennes assistent aussi aux séances des assemblées révolutionnaires, où les débats se déroulent au rythme de leurs aiguilles à tricoter. Dans le camp adverse, des femmes s’activent également en soutenant émigrés et prêtres réfractaires, voire en passant à l’action d’un coup de couteau, à l’exemple de Charlotte Corday

Malheureusement ce sont les hommes qui font les lois. Elles doivent rester sous l’égide du chef de famille, malgré les protestations de Condorcet, et dès l'automne 1793, se voient exclues des clubs révolutionnaires ! Avec la mise en place du règne de la Vertu par la Terreur, les femmes sont renvoyées dans l’espace domestique, seul domaine où on les tolère désormais.

Déjà présente dans les esprits, l’inégalité homme-femme devient officielle avec l’arrivée de Bonaparte et la rédaction du Code civil (1804). Dans le même temps, on multiplie les exigences pour rendre pratiquement impossible le divorce. On leur ferme autant que faire se peut l'accès à l'instruction et aux activités artistiques et littéraires.

Révolution industrielle : les femmes, prolétaire des prolétaires

« Une Barricade vers 1830 », Pierre Manguin, 1834, musée Carnavalet, Paris.En 1830, le souffle de la révolution des Trois Glorieuses, qui voit Charles X abdiquer en faveur de Louis-Philippe, ramène les femmes sur les barricades et dans les réunions où l’on refait le monde, grâce à la nouvelle liberté d’expression garantie par le pouvoir. On rejette l’emprise du mari, on réclame l’éducation, on aspire à l’égalité juridique... 

La femme ne participe-t-elle pas pleinement à la révolution industrielle qui transforme en profondeur le pays et la société ?

Près d’un quart d’entre elles travaillent hors du cadre familial pour apporter un salaire d’appoint indispensable à la survie de la famille, tandis que 40% des citadines sont célibataires et doivent se débrouiller seules.

Aux métiers traditionnellement féminins (pas de petites mains masculines dans le textile !) se sont donc ajoutées des activités encore plus physiques, aussi bien en usine que dans les mines.

« La crinolonomanie - Comme il est difficile d'entrer dans un omnibus », lithographie, Charles Vernier, vers 1850, BnF, Gallica.

Bas-bleus contre crinolines dans la bourgeoisie

Dans le milieu de la bourgeoisie, l’ambiance n’est guère meilleure pour ces dames. Il faut dire que même chez les plus grands penseurs, les préjugés sont tenaces : on continue en effet à voir la féminité comme une « sorte d’état d’enfance continue » (Auguste Comte, 1839).

Dans les numéros du Charivari de 1844, Honoré Daumier prend plaisir à caricaturer celles qui veulent faire évoluer les choses, en particulier les « bas-bleus », nouvelles femmes savantes qui font parler d’elles dans les salons.

Il faut dire que quelqu’un comme George Sand, dandy reconnaissable à l’usage du pantalon, de la cigarette et de l’indépendance en amour, ne pouvait que créer le scandale à une époque où même les vêtements semblaient avoir été élaborés pour ôter toute liberté à celle qui les porte.

Comment pouvait-on simplement envisager de se déplacer avec une certaine liberté dès lors que l’on est engoncée dans un corset qui vous étouffe, et obligée de traîner des kilomètres de tissu formant robe ? Ne parlons même pas de la largeur des crinolines qui, si elles permettent enfin de mouvoir les jambes sans se prendre dans les multiples jupons, atteignent sous le Second Empire des largeurs infernales qui font le bonheur des marchands de tabourets.

En dépit du combat des premières militantes féministes et de la visibilité de quelques femmes de lettres, la révolution industrielle et l'apogée de l'Europe vont coïncider avec une régression sans pareille du statut social et politique des femmes, du moins dans l'Occident du dernier millénaire. Les premiers signes d'émancipation vont apparaître à la « Belle Époque », au début du XXe siècle, et se concrétiser après la Première Guerre mondiale...


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• XXe siècle
Publié ou mis à jour le : 2019-09-09 11:32:44

 
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