Toute l'Histoire en un clic
Herodote Facebook Herodote Twitter Herodote Youtube
Ami d'Herodote.net
 
>
Histoire des femmes
Toute l'Histoire en un clic
Publicité

Les tribulations des femmes à travers l'Histoire

Moyen Âge : libres malgré tout


Qui l'eut cru ? La ruine de Rome au Ve siècle a entraîné en Occident une très brutale régression des conditions de vie. Mais elle a aussi ouvert la voie à l'émancipation des femmes. 

Dans l'Antiquité, celles-ci avaient connu parfois une relative liberté - dans l'Ancien Empire égyptien comme en Crète ou en Étrurie - mais le plus souvent une triste sujétion, de l'Assyrie à la Grèce. Leur sort s'était adouci sous la férule de Rome avec le droit de disposer de leurs biens à leur majorité et de choisir leur mari.

Après les temps barbares, à partir de l'An Mil, les femmes vont devenir dans la chrétienté occidentale quasiment les égales des hommes. Au moins en droit. C'est le début d'un lent mouvement qui n'a pas été sans graves reculs, à la Renaissance et au XIXe siècle...

La Tentation d'Éve, bas-relief attribué à Gislebertus (vers 1130, cathédrale Saint-Lazare d'Autun)

Filles d'Ève, lubriques et tentatrices

Aux premiers siècles du christianisme, dans l'Antiquité tardive, les Pères de l'Église mettent en place un ensemble de préceptes qui vont durablement imprégner les mentalités occidentales. Ils réservent aux hommes le sacerdoce, la prêtrise et le sacrement de l'Eucharistie. En premier lieu par référence au Christ et aux apôtres qui étaient des hommes, en second lieu, de façon plus inconsciente, pour se plier à la norme sociale. 

Parmi les autres héritages de cette époque, il y a l'indissolubilité du mariage, qui se déduit de l'Évangile : « Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » (Matthieu V, 31-32 et XIX, 3-9...). C'est une condamnation radicale du divorce et de la répudiation. Il y a aussi la promotion du célibat ecclésiastique par un clergé très influencé par l'ascétisme stoïcien. Il s'ensuit la formation d'un clergé étranger à la sexualité et dont une bonne partie nourrit un ressentiment profond à l'égard des filles d'Ève, coupables comme elle de pousser leurs compagnons à la faute (...).

Préceptes chrétiens et inspiration germanique

Au VIe siècle comme aux premiers temps du christianisme, les femmes du patriciat et de la noblesse jouent un rôle capital au sein de l'Église. À l'image de Clotilde ou d'Ethelburge de Northumbrie, les princesses germaniques contribuent à la conversion de leur royal mari. D'autres, comme sainte Geneviève, multiplient les fondations d'églises et de monastères. Le pape Grégoire le Grand, peu suspect de misogynie, donne son aval à la fondation de monastères féminins. Ceux-ci sont généralement doublés d'un monastère masculin pour d'honnêtes raisons de sécurité.

Avec Charlemagne, deux siècles plus tard, le Royaume des Francs connaît deux tournants décisifs : il bascule du monde méditerranéen vers le monde rhénan, plus germanique (*) ; il noue une alliance étroite avec l'évêque de Rome (le pape), dont il va faire le chef tout-puissant de l'Église d'Occident.

Tête du gisant de Jeanne de Toulouse, 1285, Paris, musée ClunyOn peut y voir les raisons qui vont conduire les femmes d'Occident à un statut plus libre que sous les autres cieux.

En effet, les Germains qui ont envahi l'empire d'Occident avaient un respect marqué pour le mariage si l'on en croit Tacite.

Le droit coutumier germanique interdit les unions entre cousins jusqu'au douzième degré et cez les Francs, le wehrgeld ou « prix du sang », versé en réparation d'un crime, est le même pour un homme et une femme, ce qui témoigne d'une égalité de statut entre les sexes (*).

Tout cela n'a rien à voir avec la tradition méditerranéenne mise en lumière par l'anthropologue Germaine Tillion : mariage préférentiel entre cousins, polygamie et répudiation facile (*). 

En bon héritier de la tradition germanique mais aussi en digne fils de l'Église, Charlemagne interdit le remariage des divorcés en 789. En 796, il déclare devant les représentants du clergé que l'adultère ne saurait dissoudre les liens du mariage.

Au siècle suivant, les successeurs du grand empereur commencent à légiférer sur la consanguinité : les mariages sont interdits entre cousins jusqu'au quatrième ou septième degré. 

Le processus enclenché par les Carolingiens va mener par étapes successives au mariage monogame, exogame et indissoluble, caractéristique de l'Occident chrétien (...).

Le culte marial et l'amour courtois

Si la misogynie d'une partie des clercs et des élites nous laisse pantois, elle est contrebalancée assez tôt par des pensées plus amènes.

Les poètes ou troubadours chantent régulièrement l'amour impossible d'un chevalier pour une dame de plus haute noblesse que lui et souvent déjà mariée. On peut y voir une manière d'enseigner aux nobles la maîtrise de soi et la galanterie : une femme se conquiert par la séduction, pas par la violence (...)

Les femmes de cette époque, toutes classes confondues, « jouissent d'une liberté de moeurs exceptionnelle, difficile à expliquer. Le XIIe siècle est avec le XIXe le champion de l'adultère ; l'Église est débordée » (*) (...).

« L'Amour charnel », Barthélémy l'Anglais, Le Livre des propriétés des choses, 1410, BnF, Paris.

Chrétiennes de choc

Le Moyen Âge nous laisse le souvenir de grandes figures féminines qui témoignent de la façon dont le sexe faible a pu se faire une place au côté des hommes et parfois au-dessus. Sous les Carolingiens, Dhuoda, veuve de Bernard de Septimanie, nous reste connue par le beau manuel d'éducation chrétienne qu'elle rédige à l'attention de son fils : « Je t'engage, ô mon fils Guillaume, à ne pas te laisser absorber par les préoccupations mondaines du siècle et à te procurer un grand nombre d'ouvrages où tu puisses apprendre à connaître Dieu bien mieux que je ne puis le faire moi-même dans ce manuel que je t'adresse ».

Venons-en au XIe siècle. Le Saint Empire est agité par la querelle entre l'empereur et le pape. Grégoire VII reçoit l'appui décisif de la comtesse Mathilde de Toscane, jeune héritière de la plus riche partie de l'Italie, entre Rome et le Pô. Elle prend fait et cause pour le Saint-Siège et accueille le pape en détresse dans sa forteresse de Canossa, obligeant l'empereur Henri IV à solliciter son pardon. On peut voir en elle la première femme politique de l'Occident médiéval (et de l'Occident tout court).

Contemporaine d'Abélard et de saint Bernard, Hildegarde de Bingen rivalise avec eux par sa science et sa piété. Mais la « Sybille du Rhin » a dû patienter huit siècles avant d'être proclamée Docteur de l'Église, à l'initiative de son compatriote le pape Benoît XVI (...).

« Février », illustration du « Livre d'heures de Charles d'Angoulême », 1466, BnF, Paris.

Femmes au travail

Nécessité faisant loi, le « beau Moyen Âge » se montre ouvert à l'activité des femmes ainsi que le montrent les romans gothiques de Ken Follett Les Piliers de la terre (1989) et Un monde sans fin (2007).

Il va sans dire que les femmes participent comme partout aux travaux de la ferme et des champs. Mais ce qui est moins évident est leur « part décisive au développement des villes médiévales » (*). Dans les commerces et les ateliers, elles travaillent en général avec leur époux et souvent leurs enfants. Elles peuvent aussi travailler en indépendante ou dans le cadre d'une corporation.

Les corporations d'artisans se montrent ouvertes aux femmes. Les statuts de la corporation des fourreurs de Bâle, rédigés en 1226, leur accordent les mêmes droits qu'aux hommes (*). 

Les femmes sont aussi présentes dans les soins de santé (sage-femmes mais aussi médecins ou « miresses ») et dans l'éducation. À la fin du XIIIe siècle, Paris compte 21 maîtresses d'école placées à la tête d'écoles élémentaires de jeunes filles (...).

Changement d'époque

Affaire de circonstances et de moeurs : si la société féodale reconnaissait assez facilement les droits des épouses, des veuves et des héritières, si l'Église faisait une place aux femmes par nécessité ou par intérêt, les Universités et le monde intellectuel des villes se montrent beaucoup plus fermés.

Apparues à la fin du XIIe siècle, les Universités de Bologne, Paris ou encore Oxford se sont émancipées peu à peu de la tutelle de l'Église sous la pression des clercs séculiers qui enseignent en chaire. Elles deviennent des citadelles masculines, aucune femme n'étant habilitée à étudier, encore moins à enseigner, mais n'en restent pas là.

À Paris, centre universitaire le plus éminent d'Europe, la faculté de médecine essaie dès le XIVe siècle d'interdire l'exercice de la médecine à toutes les femmes. C'est le début d'un mouvement souterrain qui va complètement évincer les femmes des fonctions publiques au XVIe siècle et tenter de les renvoyer à leur vocation de potiche (...).


Épisode suivant Voir la suite
• Temps modernes
Version intégrale pour les amis d

Publié ou mis à jour le : 2017-03-06 01:13:22

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

kourdane (08-03-201717:20:16)

qu'est ce que la civilisation française ? de -600 à -52 av JC la Gaule était habitée par des tribus gauloises diverses, ensuite ce fut une époque gallo romaine jusqu'au 5 ème siècle pour dévouvrir les mérovingiens, les carolingiens d'origines ....germaniques ?
quant à la religion catholique elle ne vaut pas plus que d'autres religions monothéiste, elles sont toutes castratrices

aldo (06-03-201719:09:00)

magnifique article à lire et à relire,merci

Pierre Brivot (06-03-201714:15:37)

Article fouillé, vraiment intéressant, on pourra cependant reprocher certaines injustices.
Une référence, qu’on eût eu plaisir à retrouver reste en la matière Régine Pernoud : presque tous ses ouvrages pondèreront l’article (Pour en finir avec le Moyen âge, La Femme au temps des cathédrales, Héloïse et Abélard en particulier).
Il est important de mettre en évidence l’avance de la Civilisation française sur toutes les autres civilisations et peuples pour le respect, la considérati... Lire la suite

Pierre Brivot (06-03-201713:53:31)

Article fouillé, vraiment intéressant, on pourra cependant reprocher certaines injustices.
Une référence, qu’on eût eu plaisir à retrouver reste en la matière Régine Pernoud : presque tous ses ouvrages pondèreront l’article (Pour en finir avec le Moyen âge, La Femme au temps des cathédrales, Héloïse et Abélard en particulier).
Il est important de mettre en évidence l’avance de la Civilisation française sur toutes les autres civilisations et peuples pour le respect, la considérati... Lire la suite

niki (06-03-201710:04:15)

article fort intéressant - merci beaucoup


Les Amis d'Herodote.net peuvent envoyer un commentaire sur cet article.

Offrez-vous quelques minutes d'évasion
avec Les Chroniques d'Herodote.net

Adhérez aux Amis d'Herodote.net

D'où vient le nom du mouvement impressionniste ?

Réponse
Publicité