Gratte-ciel - Toujours plus fort, toujours plus haut - Herodote.net

Gratte-ciel

Toujours plus fort, toujours plus haut

À l'appel des hauteurs, personne ne résiste. Et pas seulement pour essayer d'amadouer les divinités qui s'y seraient réfugiées. Rien de plus efficace pour se faire remarquer que de se découper dans le paysage !

Voilà comment l'Homme s'est mis à entasser briques, pierres et béton pour faire pâlir son voisin, assommé par cette démonstration de puissance. C'est à l'histoire de cette montée au ciel que nous vous invitons, dans le sillage des constructeurs de donjons et gratte-ciel.

Charles Clyde Ebbets, Men at lunch, 1932, DR

Primitifs mais solides !

Le principe est simple : il s'agit d'impressionner en construisant des montagnes artificielles. Quoi de plus majestueux, de plus impressionnant et de plus solide ? Les Mésopotamiens ne s'y sont pas trompés puisque la ville d'Uruk (Irak) aurait compté pas moins de 900 de ces tours disposées le long de son enceinte.

On retrouve ces constructions défensives, déjà pourvues de créneaux, en Égypte où le hiéroglyphe les représentant existe depuis 3 000 av. J.-C, mais aussi en Grèce dans les villes guerrières des Mycéniens (1 400 av. J.-C.) et en Sardaigne, sous la forme plus épurée des nuraghe (1 500 av. J.-C.).

La Grande Muraille (Chine du Nord), photo : Gérard Grégor pour Herodote.netLa Grèce classique reste de son côté indifférente à cette course à la hauteur tant en matière civile qu'en matière religieuse : dans cette civilisation où l'homme se veut la mesure de toute chose, on ne cherche pas à dominer la nature mais à vivre en harmonie avec elle.

À son tour, Rome résiste à la tentation de la démesure et se contente de fortifier ses camps militaires, laissant la verticalité s'exprimer dans ses colonnes de triomphe, comme celle de Trajan (Rome, 113 ap. J.-C.).

La Chine se lance également dans les grands travaux, mais à une échelle bien plus grande puisqu'elle élève entre le IIIe et le XVIIe siècle des milliers de tours de guet le long des 6 700 km de sa Grande Muraille.

Plus de hauteur pour plus de place

C'est en Égypte que les constructions en hauteur sont devenues habitations, permettant à plusieurs familles de vivre sur une surface réduite. Déjà la crise du logement !

Une insula romaine vue par un artiste contemporain que chacun aura reconnu (Le Domaine des dieux, éd. Hachette, 1971) ! DRQuelques siècles plus tard, Rome n'est pas épargnée et doit construire des insulae, immeubles de rapport à plusieurs étages qui « s'élèvent et semblent suspendus dans les airs » (Cicéron, De Lege agraria, Ie siècle).

Défier la pesanteur et optimiser l'espace a aussi été une des spécialités des architectes du Yémen.

Dès l'Antiquité préislamique, ils ont construit des maisons-tours en bois et briques qui sont à la fois massives, dans un objectif défensif, et élégantes pour refléter le prestige de leurs habitants.

Au nombre de 6 500 uniquement à Sana'a, elles font encore aujourd'hui la fierté du pays mais risquent fort de souffrir du conflit qui s'est installé dans la région en 2015...

Vue de la vieille ville de Sana'a (Yémen), photo : Jean-Jacques Gelbart

Plus près de nous, c'est à Venise que l'on trouve un bel exemple d'habitations à étages regroupées sur le petit périmètre du « geto » (fonderie, qui a donné le mot ghetto) : obligés de tous s'installer dans le même quartier, fermé la nuit, les Juifs fuyant l'Inquisition (XVIe s.) ont multiplié les niveaux pour créer des maisons allant jusqu'à 8 étages.

Autre ville qui dut s'installer au milieu des eaux, Amsterdam s'est couverte de maisons hautes et étroites associant habitations, ateliers et magasins. Pas question de perdre 1 cm2 de surface au sol !

La Reine des Perses au sommet de la tour, Le Miroir de l'humaine salvation, XVe s., Chantilly, musée Condé

Un peu tape-à-l'oeil, non ?

Guillaume Le Roy, Allégorie de la Force, XVIe s. Paris, BnFSi le premier château-fort s'est élevé au Yémen (Ie siècle), c'est cependant en Occident qu'on en trouve aujourd'hui le plus d'exemples.

Avant tout destinées à assurer la protection des populations, ces places fortes doivent permettre de surveiller les environs : « Anne, ma sœur, Anne, ne vois-tu rien venir ? »

Et pour prendre de la hauteur, rien de tel qu'une tour !

Pour le seigneur du Moyen-Âge, c'est aussi l'occasion de fanfaronner un peu en imposant dans le paysage le symbole de sa puissance.

Ainsi du sire de Coucy, en Picardie, avec l'un des plus hauts donjons de la chrétienté, exception faite du donjon royal de Vincennes.

San Gimignano, Toscane, Italie, XIIIe s., photo :  Gérard Grégor, pour Herodote.netAvec le développement des villes, à partir du XIIIe siècle, cette bonne habitude ne se perd pas, au contraire : de Sienne à Bruxelles, chacune veut avoir son immeuble plus haut et plus beau que la voisine !

Le beffroi fait d'ailleurs parfois concurrence aux imposantes portes qui reçoivent les cloches pour rythmer la vie de la cité.

Les simples villages n'échappent pas à la mode, à l'exemple de San Gimignano en Toscane où chaque chef de famille se doit de faire construire la tour la plus haute.

Résultat : une véritable forêt de constructions !

Pour d'autres, la hauteur ne peut qu'être associée à l'élégance pour mieux marquer les esprits, principe finalement efficace si l'on en croit des réalisations comme le Palais des Vents à Jaipur, en Inde (XVIIIe siècle). (...)


Publié ou mis à jour le : 2015-11-11 16:12:23

 
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