L'Histoire au collège

Les programmes vus par un enseignant de Trappes

7 septembre 2020 : difficile à un professeur d'histoire-géographie d'échapper à la redondance des débats sur l'enseignement de l'Histoire en France !...

Voici quelques réflexions qui me sont inspirées par douze années d'enseignement dans un collège de Trappes, en banlieue parisienne, et dont j'espère qu'elles rassureront tous ceux qui attendent de l’Éducation nationale une formation exigeante, y compris pour les élèves des quartiers populaires.

Nicolas Kaczmarek

Enseigner l'histoire nécessite de faire des choix

Les programmes d'histoire du collège actuellement en application ont adopté le découpage suivant :
• En 6ème : de la préhistoire (les migrations de l’homo sapiens) au IVe siècle après JC (la christianisation de l’empire romain)
• En 5ème : du VIe siècle (l’empereur byzantin Justinien) au début du XVIIIe siècle (règne de Louis XIV)
• En 4ème : du XVIIIe siècles (les empires coloniaux européens) à 1914 (l'Europe à la veille de la guerre),
• En 3ème : de 1914 (Première Guerre mondiale) aux années 2010.

Rappelons que les élèves disposent de 3 heures d'histoire-géographie-enseignement moral et civique par semaine (3,5 heures en classe de 3e) et qu'au programme d'histoire s'ajoute un programme de géographie aussi conséquent ainsi qu'une bonne part d'EMC. Le temps réellement dévolu à l'histoire sur une année est en définitive restreint et, face aux vastes périodes à parcourir, il devient indispensable de faire des arbitrages entre les sujets, périodes et thèmes, avec des bonds dans le temps.

Parfois, ces arbitrages sont laissés à l'enseignant, les programmes lui laissant une marge de manœuvre. Par exemple quand est abordé l'affirmation de l’État en France entre le XIe et le XVe siècles (5ème), l'enseignant peut étudier au choix l'action de Jeanne d'Arc, Philippe Auguste, Louis XI ou Philippe IV le Bel. Choisir l'étude d'un personnage implique forcément de délaisser les autres. On entendra donc des figures médiatiques déplorer la disparition de Jeanne d'Arc mais en oubliant de préciser qu'elle s'est faite par exemple au profit de Philippe Auguste, personnage central de l'Histoire de France.

Une histoire de France sacrifiée ?

De manière plus générale, les critiques s'accumulent contre l'enseignement de l'Histoire au motif qu'il abandonnerait l'Histoire nationale.

Mais, sauf à s'en tenir à une vision très restrictive de cette dernière, limitée à des rois, une religion et des batailles, l'objectif des programmes est toujours d'aider les élèves à comprendre la construction du pays dans lequel ils vivent. Aussi l'histoire de France garde-t-elle une place importante dans les programmes car elle est indispensable à chacun pour identifier les chemins qui ont conduit à la France d'aujourd'hui.

Cela dit, son étude nécessite de déborder les limites hexagonales. Comprendre la France de l'après-guerre exige d'étudier la guerre froide à l'échelle mondiale (3e), comprendre les bouleversements culturels en France à partir du XVIe siècle passe par l'étude de la Renaissance italienne (5ème)...

Les programmes précédents ont été accusés de détourner l‘attention des élèves vers l’étude de l’histoire de « contrées exotiques » (la Chine des Han, les empires médiévaux africains). Ces critiques ont porté car on a vu disparaître dans la version actuelle les thèmes consacrés à ces sujets mêmes s’ils ont été réintroduits comme éclairages parmi d’autres au sein d’autres chapitres (la Chine des Han peut être vue dans le cadre de l’étude de la route de la soie à l’époque de l’empire romain en 6e, les empires médiévaux africains peuvent être abordés lors de l’étude des traites négrières en 4e). On peut regretter ce retour en arrière car plus qu'une prime donnée aux revendications identitaires de quelques minorités, ces chapitres étaient l'occasion de rectifier une vision erronée qui finit souvent par s'emparer des élèves. Celle qui laisse penser que jusqu’aux conquêtes européennes, le reste de la planète était vide d'humains ou en tous cas de toute forme de civilisation. Il y a donc un véritable intérêt intellectuel à un enseignement de l'histoire parfois moins européocentré.

Enseigner l'histoire, pour quoi faire ?

Derrière la critique des programmes, il me semble parfois entendre le souhait que l’Éducation nationale et les enseignants forment une jeunesse patriote amoureuse de la France et de ses grands personnages. Cette promotion du « roman national » devrait se faire au prix de l'abandon des apports de la recherche historique. Nous devrions n'avoir aucun scrupule à élaborer une fiction peu soucieuse des faits au nom de la mission d'édification morale et patriotique de la jeunesse de France. Si l'Instruction publique a pu soi-disant poursuivre cette mission sous la IIIe République, il n'est ni souhaitable, ni réaliste de le reproduire aujourd'hui.

Dans un souci légitime d'honnêteté et de véracité, les enseignants formés à la recherche ne cherchent pas à pointer du doigt des bons et des méchants et ne veulent rien occulter des incertitudes et des hypothèses qui pèsent sur certains domaines de l'Histoire. Il n'y a pas de place pour la repentance et la culpabilisation dans leurs cours.

Parmi les propositions convenues dont les médias se délectent, il y a le retour à de « Grands personnages historiques » auxquels les élèves pourraient s'identifier. Si ceux-ci ont effectivement besoin que l'Histoire soit incarnée, que les protagonistes soient nommés et présentés, cette incarnation peut passer par les écrits d'acteurs plus anonymes : un esclave affranchi (4e), un rescapé des camps de concentration (3e)… Jamais je n'ai senti un attachement particulier aux « Grands Hommes ». Les élèves ne recherchent pas dans mes cours des héros auxquels s'identifier et je ne constate chez eux nulle envie de se réincarner en Vercingétorix ou en Napoléon.

Je peux bien passer des heures devant mes collégiens à chanter les louanges de la France éternelle sans susciter chez eux la moindre envie de mourir pour la patrie. Tout comme étudier la diversité des peuples de la planète et leurs interactions pacifiques n'aboutira pas non plus à en faire des « citoyens du monde » prompts à parcourir la planète en sac à dos pour découvrir l'Autre. Et c'est tant mieux.

L'enseignement de l'Histoire est avant tout vu par les élèves aujourd'hui comme un objet scolaire dépassionné avec ses exigences de forme et de fond auxquelles il est nécessaire de se conformer pour obtenir de bonnes notes et poursuivre correctement sa scolarité. Dans le meilleur des cas, cette matière répond à leur curiosité intellectuelle et les pousse à se questionner sur le monde tel qu'il fonctionne aujourd'hui.

Leur apprentissage de la citoyenneté, leur sensibilité à la justice ou l'injustice, leur attachement à leur famille, voisins, quartier, commune ou région se construit davantage dans leur expérience quotidienne d'enfants face aux adultes, aux camarades, à la télévision ou à internet que dans l'étude de chapitres d'histoire ou même dans des cours d'enseignement moral et civique. Il est nécessaire d'en rabattre sur l'ambition du prof d'Histoire et de lui enlever le poids qui pèse sur ses épaules.

L'exigence de la problématisation

On juge aujourd'hui dans les médias de l’efficacité de l'enseignement de l'histoire à la capacité des élèves à répondre « Marignan » quand on leur dit « 1515 » ou à connaître par cœur la date des batailles napoléoniennes. Cette vision de l'enseignement renvoie à une école de l'après Seconde Guerre mondiale où on exigeait de l'élève des capacités de mémorisation-restitution de savoirs livrés clés en main sous forme narrative ou descriptive par l'enseignant.

Avec la massification de l’enseignement secondaire et la volonté d'élévation du niveau éducatif, l'enseignement a évolué vers une démarche plus active de l'élève. Celui-ci doit analyser des documents, les questionner, extraire des informations pertinentes et établir des liens entre les informations, insérant cette réflexion dans une problématique pour produire une synthèse. Tout l'enjeu pour l'enseignant est d'élaborer, d'encadrer et d'enrichir ce cheminement.

Appliquée à l'enseignement de l'Histoire, cette démarche s'apparente à celle de l'historien. On part d'un questionnement (une problématique) et l'on étudie des sources (des documents textuels, iconographies, statistiques, artistiques...) qui vont être confrontées entre elles pour répondre à cette problématique.

Les informations tirées des documents ainsi que l'apport du professeur qui va globaliser la réflexion permettent de finaliser la réflexion par une trace écrite récapitulant les savoirs que les élèves doivent retenir. Cette démarche apparaît intellectuellement exigeante car elle ne contente pas d'assurer l'empilement des connaissances, empilement qui finit toujours par se déliter, mais veut mêler acquisition de connaissances et acquisition de savoir-faire de manière plus durable. L'objectif est d'amener les élèves à se questionner de façon permanente sur les savoirs enseignés.

Si l'enseignement de l'histoire-géographie a donc une vertu, c'est bien de familiariser les élèves avec cette démarche de questionnement permanente des informations recueillies et de former un esprit critique.

Par exemple, en 6e, la fondation de Rome est étudiée à travers des extraits du récit légendaire mis par écrit par Virgile et Tite-Live. Ce récit est mis en relation avec les découvertes de l'archéologie pour faire prendre conscience aux élèves du caractère mythique du récit. On pourra alors discuter avec les élèves du rôle des mythes dans une civilisation et montrer la différence de nature et d'objectif entre la légende et l'Histoire.

Dans le même ordre d'idée, l'étude de Vercingétorix, dont on sait bien peu de choses, n'est pas menée sous la forme d'un récit des supposés faits d'armes d'un grand chef gaulois. On l'abordera plutôt dans le cadre d'un questionnement sur la mise en scène de ses victoires par Jules César dans son récit La Guerre des Gaules. Le professeur s'interrogera donc avec les élèves sur l'utilisation du personnage de Vercingétorix par César à des fins politiques.

C'est en définitive respecter les élèves que de leur livrer un véritable questionnement des connaissances historiques plutôt qu'un récit anecdotique de connaissances joliment emballées mais peu scrupuleuses des faits. Cette démarche exige d'eux de bonnes connaissances de base sans éluder des savoirs a priori plus conceptuels ou abstraits comme les notions de féodalité, d’encadrement des individus par l’Église, d'absolutisme...etc. Elle est de nature à les armer pour des études longues.

 

Voici ma mise en œuvre des programmes actuellement en vigueur au collège :

6e

De la préhistoire à l'histoire

les hominidés, homo sapiens, migrations, chasseurs-cueilleurs, révolution néolithique, invention de l’écriture, de la ville, de l’État.

Le monde grec

mythe de la création du monde, colonisation, Athéna, droits et devoirs du citoyen athénien, une séance de l’Ecclésia, la démocratie.

Le monde romain

la fondation de Rome (mythe et archéologie), la république romaine, les conquêtes, l’empereur, l’Urbs, la romanisation, la route de la soie.

La naissance des monothéismes : judaïsme et christianisme

les Hébreux, la Genèse, les Juifs dans l’Empire romain, Paul de Tarse, Jésus, christianisme et Empire romain

5e

Trois empires au Moyen Age (VIe au XIIIe siècle)

partage de l’empire romain, fin l’empire romain d’occident, l’empire carolingien : Charlemagne, l’empire byzantin : Justinien, l’Arabie au VIIe siècle, les conquêtes arabes, la naissance de l’islam, la Sicile : carrefour culturel.

La société au Moyen-Age : seigneurs, Église, paysans et essor des villes (XIe-XVe siècle)

château fort, les chevaliers, l’expansion des villages, le fonctionnement d’une seigneurie, la vie quotidienne des paysans et paysannes, l’Église, la paix de Dieu, les Croisades, Bruges, la société urbaine.

Le pouvoir dans le Royaume de France du Xe au XVe siècles

Hugues Capet, la féodalité, Philippe II Auguste (Bouvines), extension domaine royal, sacre et insignes royaux, impôts et armée permanente.

Des Européens à la conquête du monde au XVe et XVIe siècle

l’empire ottoman et la prise de Constantinople en 1453, techniques de navigation, Colomb, Magellan, conquêtes portugaises et espagnoles, Cortés, les premiers empires coloniaux.

Les bouleversements des techniques, des arts, de la religion et des sciences en Europe du XVIe au XVIIe siècles

Érasme et l’humanisme, l’imprimerie, Michel-Ange et la Renaissance italienne, la renaissance en Europe, Luther, le concile de Trente, les guerres de religion, Copernic et Galilée.

Le renforcement du pouvoir du roi de France

François Ier, Henri IV, Louis XIV

4e

L’Europe et le monde au XVIIIe siècle

Nantes et le système colonial, les empires coloniaux, la bourgeoisie, les traites, la traite atlantique, l’économie de plantation.

La remise en cause de l’absolutisme et de la société d’ordres

La société d’ordres, la séparation des pouvoirs, L’Encyclopédie, l’indépendance américaine, les contestations sociales en France.

La révolution française (1789-1799)

révolution des députés et intervention du peuple, DDHC, la monarchie constitutionnelle, le divorce du roi et la nation, les sans-culottes, Montagnards/Girondins, loi des Suspects, Olympe de Gouges, le Directoire.

Le développement industriel et ses conséquences au XIXe siècle

Coketown (Dickens), Le Creusot, le capitalisme, la bourgeoise et le prolétariat, les syndicats, le libéralisme, le socialisme, l’anarchisme.

La France au XIXe siècle

La France napoléonienne, le retour de la monarchie constitutionnelle et le suffrage censitaire, la Seconde République et le suffrage universel masculin, le Second Empire et le détournement du suffrage, la Troisième République et les revendications féministes, la colonisation, l’Affaire Dreyfus.

3e

La Première Guerre mondiale (1914-1918)

Les phases de la guerre, la violence extrême (guerre de tranchées Verdun, génocide des Arméniens), la révolution russe, l’arrière, le traité de Versailles et la nouvelle carte de l'Europe

L'entre-deux guerres en URSS, en Allemagne et en France

Le fascisme, l’URSS de Staline ; l’arrivée au pouvoir d’Hitler, la nazification de la société ; 6 février 34, le Front populaire.

La Seconde Guerre mondiale

Les phases militaires de la guerre, la bataille de Stalingrad ; les ghettos, l’action des Einsatzgruppen, un exemple de camp de la mort : Auschwitz ; La défaite de 1940, le régime de Vichy, la collaboration avec l’Allemagne nazie, la Résistance ; la Libération.

Histoire politique du monde depuis 1945

L'ONU ; un monde bipolaire, la guerre froide en Europe : la situation de l’Allemagne et de Berlin, dans le monde, la construction européenne, la Chute du Mur et la fin de l'URSS ; La décolonisation : la Guerre d'Algérie, le Tiers-Monde ; Le monde depuis 1989.

Le retour de la République en France à partir de 1944

Le programme du CNR, les mesures à la Libération, les « Trente Glorieuses », l’immigration, la Ve République, Mai 68, la crise, la place des femmes, cohabitation et alternance, la vieillissement de la population.

Publié ou mis à jour le : 2023-08-29 18:18:28
gemo10 (02-06-2024 18:35:30)

Tout d'abord, merci pour cet article fort intéressant. J'ai pris peine de coller un extrait du texte pour le nuancer.
"On juge aujourd'hui dans les médias de l’efficacité de l'enseignement de l'histoire à la capacité des élèves à répondre « Marignan » quand on leur dit « 1515 » ou à connaître par cœur la date des batailles napoléoniennes. Cette vision de l'enseignement renvoie à une école de l'après Seconde Guerre mondiale où on exigeait de l'élève des capacités de mémorisation-restitution de savoirs livrés clés en main sous forme narrative ou descriptive par l'enseignant."
Ayant moi-même enseigné l'histoire à des CM2 entre 1980 et 2010 environ, j'ai assisté à des dérives pédagogiques où les enfants n'avaient plus aucun repère chronologique et on leur demandait d'utiliser des documents bien trop complexes pour eux, sans avoir les connaissances fondamentales pour les exploiter, notamment en lecture. Heureusement, on a corrigé le tir pour redonner de la structure, des dates-repères et remettre en valeur des figures importantes de notre histoire.
Personnellement, j'ai aimé l'histoire depuis mon enfance, peut-être aussi grâce à des enseignants qui savaient raconter des événements. Dans votre exposé, on sent la caricature des profs juste bons à faire recracher des savoirs livrés clefs en main. C'est un peu caricatural. Ayant aujourd'hui 68 ans, je me souviens avoir eu des enseignants au lycée qui nous faisaient réfléchir sur l'Europe du 16ème siècle. Ca ne se cantonnait pas à "Marignan 1515". On connaissait bien l'histoire des autres nations européennes...
Il ne faut pas croire que des enfants ou des adolescents soient capables de prendre des allures d'universitaires avant d'avoir acquis des connaissances fondamentales qui leur permettront d'y prétendre. Ne mettons pas la charrue avant les boeufs.

Bernard (03-09-2023 08:24:15)

En Histoire notamment, je me souviens d'une maxime : Il faut d'abord apprendre à croire pour pouvoir ensuite apprendre à douter.

Erik (22-09-2015 13:31:59)

Combien de temps une nation peut-elle survivre à ses mythes après détricotage de ceux-ci lorsqu'elle est confrontée à une concurrence qui n'a pas ce genre de scrupules?
C'est très bien, la recherche de la vérité sans artifices flatteurs, mais quand on est seul à faire de l'autocritique, on s'affaibli immanquablement.
Et il en est qui n'attendent que cela.

Marguerite (22-09-2015 09:49:45)

Bel effort pour justifier des démarches qui ne sont pas du tout de l'âge des enfants de collège...c"esprit critique, questionnement des connaissances historiques" tournent en réalité à l'étude rapide de trois documents choisis à dessein... dans l'ennui quasi-général des élèves qui, la plupart du temps, se montrent enthousiastes à ce que l'auteur nomme de façon méprisante "un récit anecdotique de connaissances joliment emballées". Les élèves ont au collège entre 11 et 15 ans, les problématiques de légitimation critique des connaissances ne les concernent qu'exceptionnellement. Ne l'oublions, restons modestes et cessons de nous faire plaisir.

Margane (14-09-2015 23:36:32)

L'esprit critique: très bien mais il doit se nourrir d'une réelle connaissance des faits. c'est surtout la passion de l'histoire que doit transmettre le prof ! Celle de mon prof de cinquième et quatrième ne m'a jamais quitté. C'est l'ouverture au monde de la culture! Un bonheur!
GM

Alex (13-09-2015 12:30:45)


Excellent article... en apparence. Un "détail" et une idée sous-jacente me font pourtant légèrement "tiquer"...

1 / Un détail : "L'enseignement de l'Histoire est avant tout vu par les élèves aujourd'hui comme un objet scolaire dépassionné".

L'auteur ne peut pas ignorer que c'est faux. Les élèves attendent évidemment qu'on valorise LEUR histoire, et attendent que l'enseignement de l'histoire se conforme à la "vérité" de leur culture, de l'enseignement de leurs parents, de leur "milieu".

L"auteur devrait savoir que dans beaucoup de classes, il est inutile, sinon impossible, de parler de la Shoa, sauf à s'entendre au mieux répondre que "les Juifs font la même choses aux Palestiniens", aux pire à se faire insulter.

2 / Une idée de fond, qui transparait dans une phrase : "montrer la différence de nature et d'objectif entre la légende et l'Histoire". Ce qui, en bon Français et très concrètement, signifie montrer aux élèves que l'Occident (en clair, "nous") n'est qu'une légende, et que la réalité, toute autre, est que nous représentons l'horreur absolue face aux autres civilisations, bien meilleures que la notre.

Quelque part, même si l'article reflète sûrement la vérité d'un professeur d'histoire honnête et consciencieux, il ignore la réalité actuelle et les motivations politiques de cette réforme, et il aurait pu être écrit par Najat Vallaud Belkacem, adepte de la "déconstruction des stéréotypes hérités du passé" (I;e. de notre histoire, qui est têtue)..

JL TAXIL (12-09-2015 23:43:18)

Article clair et bien écrit. On est à la place de ce professeur, de ses difficultés et son engagement honnête et déterminé. Je n'ai pas compris que la civilisation égyptienne ne soit pas évoquée au chapitre Moyen Orient. Après des dizaines de millénaires et voie de passage de l'Afrique vers d'autres contrées, une synthèse socio-culturelle exceptionnelle s'y est produite et a perduré durant 3000 ans env. compris les trois siècles ptolémaïques, liens avec Rome et le Moyen Orient. Le Christ est contemporain d'Auguste et l'Eglise chrétienne s'est largement structurée, et sur les mythes égyptiens, grecs et judaïques et sur l'organisation politique romaine. Enfin, c'est plus facile à dire qu'à enseigner. Bonne route à M.Kaczmarek!

Nidrareg (12-09-2015 21:00:01)

Octogénaire ne connaissant de l'enseignement de l'histoire que ce qu'en disent les journaux, j'ai été agréablement surpris par la démarche de Nicolas K. Question : combien de collégiens sont-ils capables d'être des petits historiens ?

Michel (12-09-2015 12:08:19)

J'ai 73 ans mais je me souviens bien des cours d'instruction civique en primaire et au collège que nous avions. En 5ème, nous avions, en instruction civique, l'organisation politique de la France avec les différentes institutions et leur mode d'élection. J'aime l'histoire, c'est la raison pour laquelle je suis abonné à Herodote, et j'ai assisté à de nombreuses conférences sur l'histoire. Je dois dire qu'à mon époque scolaire, il a été fait une impasse complète sur, par exemple, les attaques incessantes de Louis XIV et plus tard de Napoléon 1er contre l'empire germanique. Quand on parlait des conquêtes, on mettait en avant l'agrandissement du pays. De même pour la colonisation, on insistait sur la mission civilisatrice de la France, je me souviens que dans mon esprit tous les peuples de l'Union française avaient les mêmes droits, je suis tombé de haut quand j'ai fait mon service militaire en Afrique noire. J'ai visité le Palatinat par exemple, dans la mémoire collective des gens de cette région, Louis XIV dont on commémore cette année le tricentenaire de la mort, est perçu comme un grand prédateur. Une conférence était intitulée "Naissance de l'identité nationale allemande", qui est née en réaction des exactions de la France.

valerie mennuni (11-09-2015 22:17:31)

Merci de rappeler ce que nous, profs d'histoire, enseignons réellement, loin des idées fausses véhiculées par les médias et les effets d'annonces officielles. De l'Education civique, nous en faisons déjà à tous les niveaux du collège et les thèmes annoncés (laïcité, principes et valeurs de la République etc) ne sont pas nouveaux ! Le concept de "morale républicaine" me gêne davantage. Rappelons toute la pression qui entoure notre discipline, qui depuis la IIIe République en particulier, n'a cessé d'être le vecteur d'une idéologie. La construction du roman national, en trichant avec la réalité ne date pas d'hier (cf César et SA Guerre des Gaules). On se souviendra aussi des discussions à l'Assemblée pour faire adopter des lois mémorielles ou pour imposer l'enseignement des "bienfaits" de la colonisation ayant suscité un tollé chez les historiens. Une affaire à suivre donc ...

arlette (11-09-2015 19:46:54)

bravo nicolas en 1965 j'enseignais le meme programme .mes enfants et petitsenfants ont eu ce meme programme c'est l'esprit qui a changé en beaucoup mieux et les élèves continuez et encore bravo arlette

Claude (11-09-2015 16:00:24)

Eh bien merci, cher jeune et brillant professeur. Votre article est limpide et dépassionne utilement le débat sur la réforme du Collège. Je prends note de vos arguments indispensables.

Marie Henriette (11-09-2015 09:46:20)

cher Nicolas,
votre article est passionnant!
née en 1943, j'ai appris l'histoire "évènementielle" et j'en ai gardé une chronologie précise qui me permet aujourd'hui de lire avec passion des biographies et autres.
La méthode en vigueur que vous décrivez n'était abordée que dans l'enseignement supérieur et, en ce qui me conserne, en étudiant l'histoire des institutions et le droit constitutionnel.
A la génération de mes enfants, j'ai tout de même déploré qu'un étudiant en Histoire étudie une période "à fond" mais ne connaissait pas les dates essentielles ou les évènements la précédant
Ne croyez-vous pas que l'enseignement de l'histoire auprès des plus jeunes ne peut se passer d'un gros effort de mémoire pour connaître une fois pour toutes la chronologie et pouvoir situer dans le temps l'époque ou les faits qu'ils approfondissent?
Quoiqu'il en soit,vous devez être un professeur excellent!
Marie Henriette

Alain Clerc (11-09-2015 09:42:40)

Bonjour . Ceci me semble cohérent mais sur un sujet comme l'esclavage(18eme siècle -programme de 4eme)) il me semble qu'on doit expliquer que ce n'est pas le fait de la seule Europe. Il s'agit de mettre ce fait en perspective . C'est une conséquence de la domination de l'un par rapport à l'autre et ce phénomène a sévi dans l'Antiquité , en Afrique , en Asie , dans le Moyen -Orient . C'est un sujet polèmique bien évidemment .

Paul Sargues (11-09-2015 08:51:52)

Il n'y a pas dans vos choix l’expansion hellénique d'Alexandre avec son prolongement byzantin qui après l’évolution en Anatolie semble trouver un épilogue de nos jours.L'Hellénisme semble être un courant majeur de notre civilisation. La période Byzantine est absente de l'enseignement depuis longtemps.

sabeau (11-09-2015 07:04:19)

Projet sain et honnête de l'enseignement de l'histoire avec en plus l'objectif d'acquérir une méthode d'investigation fondée sur l'esprit critique...bien éloigné de la détestable propagande visant à glorifier la nation par le mensonge et la mystification. Merci pour cette démarche

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