Fin du Ier Empire

La campagne de France

L'épopée guerrière de Napoléon Ier, soit une dizaine d'années de guerres presque ininterrompues, se termine provisoirement en 1814 par la campagne de France contre les troupes d'invasion de la sixième coalition (Russes, Prussiens et Autrichiens).

C'est au cours de la « campagne des Cinq-Jours » (9-14 février 1814) que Napoléon Ier montre le mieux son génie militaire. Mais ses succès restent sans lendemain faute de pouvoir redresser le moral de ses maréchaux.

Après le lâchage de Marmont et Ney notamment, l'empereur doit se résoudre aux émouvants adieux de Fontainebleau...

Fabienne Manière

Les Alliés franchissent le Rhin et les Pyrénées

Après la « bataille des Nations », près de Leipzig, au coeur de l'Allemagne, du 16 au 19 octobre 1813, Napoléon Ier et ses troupes se préparent à une invasion du territoire français pour la première fois depuis une vingtaine d'années !

Arthur Wellesley, 1er duc de Wellington (30 avril 1769, Dangan Castle, Irlande – 14 septembre 1852, Walmer, Kent), par Thomas Lawrence (1769-1830), 1814, Wellington Museum, LondresAssaillis de tous côtés, ils doivent faire face à une sixième coalition qui rassemble pratiquement toute l'Europe, de l'Angleterre à la Russie en passant par la Prusse, l'Autriche, la Suède et les États allemands.

Sur les Pyrénées, le général anglais Arthur Wellesley (44 ans) progresse depuis le Portugal. Ses exploits face aux maréchaux de Napoléon lui ont valu d'être anobli avec le titre de marquis et plus tard duc de Wellington.

Fprt de sa victoire de Vitoria, dans le Pays basque, le 21 juin 1813, il oblige les Français à repasser les Pyrénées et les franchit lui-même le 8 octobre 1813, à la poursuite du maréchal Soult.

Au nord, les armées alliées, au nombre de trois, se disposent à franchir le Rhin. Craignant toujours les coups de griffe de Napoléon et divisées sur les buts de guerre, elles ne s'y décident qu'après que les Hollandais aient chassé les Français et acclamé le retour de leur ancien souverain, le prince d'Orange. 

1- L'armée du nord entre en Belgique sous les ordres du Français Jean-Baptiste Bernadotte (50 ans), un maréchal d'Empire passé dans le camp ennemi (avec le titre de prince héritier de Suède), assisté du Prussien Frédéric-Guillaume von Bülow (58 ans).  

Gebhard Leberecht von Blücher1 (16 décembre 1742, Rostock - 12 septembre 1819, Krieblowitz - Mecklembourg), portrait par George DaweBernadotte caresse l'espoir que les Alliés lui offriront le gouvernement de la France après la chute de Napoléon. Il veut éviter d'avoir à tuer des Français pour ne pas gâter ses chances et ralentit en conséquence sa marche.

Il en va autrement des autres armées.

2- L'armée de Silésie est commandée par le feld-maréchal prussien Gebhard von Blücher (71 ans), une vieille connaissance des Français, assisté du chef d'état-major August von Gneisenau. Elle est composée de Prussiens mais inclut aussi des corps d'amée russes. Elle franchit le Rhin du côté de Coblence le 31 décembre 1813.

3- L'armée de Bohême, avec le prince autrichien Charles Philippe de Schwarzenberg (42 ans) à sa tête, a traversé quant à elle le Jura dix jours plus tôt, le 21 décembre 1813.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, le vieux Prussien est aussi impétueux et désireux d'en découdre que son jeune allié autrichien est prudent et hésitant.

Alexandre Ier (Saint-Pétersbourg, 23 décembre 1777 – Taganrog, 1er décembre 1825)Ajoutons que, de l'autre côté des Alpes, le vice-roi Eugène de Beauharnais, beau-fils de l'Empereur, doit défendre son royaume d'Italie contre la double offensive des Autrichiens et des Napolitains, lesquels sont commandés par leur roi, qui n'est autre que le maréchal d'Empire Joachim Murat, époux de Caroline Bonaparte, la soeur de Napoléon !

Le jeune tsar Alexandre Ier (36 ans), auréolé par les succès de ses généraux dans la campagne de Russie, marche avec les armées d'invasion, de même que le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III (43 ans), lequel n'a jamais brillé par son énergie et son courage.

Tous les deux espèrent agrandir leurs territoires après  la chute de Napoléon, au détriment de la Pologne pour le premier, des autres États allemands pour le second. Le Prussien souhaiterait même un dépeçage de la France.

Ces perspectives inquiètent quelque peu le ministre autrichien des Affaires étrangères Metternich et l'empereur François Ier, restés à Vienne.

Charles-Philippe de Schwarzenberg (Vienne, 18 avril 1771 - Leipzig, 15 octobre 1820)Père de Marie-Louise et beau-père de Napoléon dont il a le même âge, l'empereur hésite encore sur la conduite à tenir : maintenir son gendre à la tête de la France ? le remplacer par son fils de trois ans, le roi de Rome, avec un Conseil de régence ? par Bernadotte ou un autre militaire ?...

Seuls les Anglais ont une idée bien arrêtée. Ils veulent préserver sur le Continent l'« équilibre des puissances » et pourquoi pas? restaurer l'ancienne dynastie des Bourbons en la personne de l'héritier légitime, le comte de Provence (59 ans), frère du roi guillotiné, qui a pris le nom de Louis XVIII.

Pour beaucoup de Français, cette hypothèse paraît fantasque car les Bourbons, qui ont quitté la France un quart de siècle plus tôt, sont pour eux devenus  des inconnus qui relèvent d'un passé révolu ! Mais dans l'ombre, le parti royaliste attend son heure.  

Ultimes préparatifs

À Paris, le 19 décembre 1813, débute la session du Corps Législatif. D'emblée s'éveillent les rancoeurs et les peurs chez les députés, lesquels doivent néanmoins leur statut à l'Empereur. 

En réponse à Napoléon, qui en appelle à la solidarité nationale dans son discours du Trône, le député Laîné entame un violent réquisitoire qui aurait été impensable quelques mois plus tôt. En référence à l'alourdissement de la fiscalité et de la conscription, il condamne « l'excès des contributions, l'excès plus cruel encore du régime pratiqué pour le recrutement de nos armées ».

Napoléon laisse dire mais, le 1er janvier suivant, recevant les députés, les apostrophe violemment : « Le trône lui-même, qu'est-ce ? Quatre morceaux de bois doré recouverts de velours ? Non, le trône, c'est un homme, et cet homme, c'est moi, avec ma volonté, mon caractère et ma renommée ! C'est moi qui puis sauver la France et non pas vous. C'est en famille, ce n'est pas en public qu'on lave son linge sale... ».

Surpris que les Alliés lancent leur offensive en plein hiver, Napoléon hâte le rassemblement des troupes et anticipe même la levée de la classe 1815. Ces très jeunes conscrits enrôlés à la hâte savent à peine charger un fusil. On les surnomme les « Marie-Louise », du nom de la jeune impératrice. Élevés dans le culte de l'Empereur, ils compenseront leur inexpérience par leur courage. 

Il tranche au passage le problème espagnol en rendant sa liberté au roi légitime Ferdinand VII et en rappelant ses troupes d'Espagne. Il libère également le malheureux pape Pie VII, cloîtré à Fontainebleau.

Au palais des Tuileries, Napoléon Ier installe un Conseil de régence autour de l'impératrice, avec des personnalités indispensables mais dont la fidélité laisse à désirer (Talleyrand, Cambacérès...) ainsi que son frère aîné Joseph, médiocre parmi les médiocres. Ce conseil doit gouverner en son absence et dans l'éventualité de sa mort au combat.

Carte de la campagne de France (1815)

Le chant du cygne

Dans son malheur, Napoléon Ier a la chance que les coalisés soient divisés sur les buts de guerre. Exploitant leur mésentente, il va les tenir en échec pendant trois mois en dépit d'une écrasante infériorité numérique. Mais à vrai dire, ses succès stratégiques n'auront d'autre effet que de retarder l'échéance tout en durcissant les exigences ennemies...

L'armée de Silésie et celle de Bohême, les plus menaçantes dans l'heure, totalisent environ 250 000 hommes.

Elles ne font qu'une bouchée des armées des frontières, confiées aux maréchaux Macdonald, Marmont, Victor, Mortier et Ney. La première, la plus nombreuse avec 180 000 hommes, remonte la Seine et se dirige vers Troyes. La seconde arrive à Saint-Dizier et progresse vers l'Aube et la Marne.

Face à elles, Napoléon Ier n'arrive à rassembler qu'un maximum de 70 000 hommes. Qu'à cela ne tienne. Le 25 janvier 1814, embrassant pour la dernière fois sa femme et son fils, il quitte Paris pour Châlons, en Champagne, où il retrouve Marmont, Ney, le vieux Kellermann et quelques milliers d'hommes.

La campagne de France, 1814
La campagne de France, 1814  La campagne de France, 1814  La campagne de France, 1814

Retrouvant la virtuosité de ses jeunes années, l'Empereur des Français va dès lors voler de l'une à l'autre des armées ennemies en s'efforçant de n'affronter à chaque fois que des forces d'un effectif inférieur ou équivalent aux siennes.

Gourgaud et Napoléon à Brienne-le-Château, le 29 janvier 1814, sous la menace d'un Cosaque (Robert-Alexander Hilingford, 1891, coll. part.)

À partir de Saint-Dizier, il emprunte des chemins marécageux réputés impraticables et surprend Blücher et son état-major à  Brienne-le-château, le 29 janvier 1814, près de l'école militaire où il a suivi ses études ! Devenu indifférent au danger, il manque toutefois  d'être tué à bout portant par un Cosaque. 

Schwarzenberg se précipite à la rescousse de Blücher de sorte que les Français, au nombre de 33 000 seulement, subissent un grave échec à La Rothière, un peu plus au sud, le 1er février, face à pas moins de 150 000 hommes. Ils doivent se replier sur Troyes.

Mais Prussiens et Autrichiens se séparent une nouvelle fois, chacun ambitionnant d'arriver le premier à Paris. Napoléon saisit cette chance inattendue. Chance supplémentaire, il reçoit d'Espagne deux nouvelles divisions en renfort.

Tandis que ses généraux Victor et Gérard retiennent Schwarzenberg à Nogent-sur-Seine, lui-même se précipite sur Champaubert où il défait le 10 février, en deux heures, l'un des corps d'armée de l'armée de Silésie , celui du Russe Olsuviev (8 000 hommes). 

Sans attendre, il attaque dès le lendemain les corps d'armée de Sacken (6 000 hommes) et York (17 000 hommes) à Montmirail avec le concours de la Vieille Garde. Le comportement héroïque des jeunes recrues formées à la hâte, les « Marie-Louise », ajoute au retentissement de cette victoire.

Napoléon, au mieux de sa forme, étrille ce qui reste de l'armée de Silésie à Château-Thierry le 12 et à Vauchamps le 14.

Les blessés français rentrent dans Paris après la bataille de Montmirail, 10 février 1814 (aquarelle de Delécluze, musée de Versailles)

Après cette « campagne des Cinq-Jours » qui laisse Blücher exsangue, ses troupes parcourent une centaine de kilomètres à pied, sac au dos, pour attaquer l'armée de Bohême dans la vallée de la Seine, au Sud. Le 17 février, elles arrivent à Mormand. Pleines de confiance, avec l'Empereur à leur tête, elles s'élancent le lendemain à l'attaque de Montereau, au confluent de l'Yonne et de la Seine, et en chassent l'ennemi.

Napoléon retrouve la fougue de sa jeunesse avec une touche d'inconscience suicidaire. Il pointe lui-même un canon et lance à ceux qui s'inquiètent : « Allez, mes amis, ne craignez rien, le boulet qui me tuera n'est pas encore fondu ».

La bataille de Montereau, 18 février 1814 (Fort, musée de Versailles)

Schwartzenberg offre un armistice. Napoléon le repousse : « Je suis plus près de Vienne que l'empereur d'Autriche de Paris ! » Il reçoit le soutien inattendu d'un vieux et farouche républicain, le jacobin Lazare Carnot (60 ans), surnommé en 1794 l'« organisateur de la victoire ». Il lui confie le gouvernement d'Anvers, en Belgique.

Par ailleurs, il sermonne le timoré Augereau (56 ans), dans une lettre fameuse : « Si vous êtes toujours l'Augereau de Castiglione, gardez le commandement. Si vos soixante ans pèsent sur vous, quittez-le et remettez-le au plus ancien de vos officiers généraux. La patrie est menacée et en danger, elle ne peut être sauvée que par l'audace et la bonne volonté et non par de vaines temporisations (...). L'ennemi fuit de tous côtés sur Troyes. Soyez le premier aux balles. Il n'est plus question d'agir comme dans les derniers temps, mais il faut reprendre ses bottes et sa résolution de 93. Quand les Français verront votre panache aux avant-postes, et qu'ils vous verront vous exposer aux coups de fusil, vous en ferez ce que vous voudrez ».

La bataille de Montereau, 18 février 1814 (Langlois, musée de Versailles)

Dernières illusions

Les Alliés en viennent à douter d'eux-mêmes. Leurs soldats sont épuisés par ces courses-poursuites dans la boue, le froid hivernal, la pluie, le vent et la neige. Ils sont également harcelés par les partisans. Il est vrai que, depuis leur entrée sur le territoire français, ils ont multiplié les exactions à l'égard des paysans : pillages, incendies, meurtres, tortures et viols, de sorte que les civils se sont mués en combattants et en franc-tireurs. On les qualifie de « blouses-bleues » en référence à leur vêtement de travail.

Pendant que se déroulent ces combats, les diplomates, réunis à Châtillon-sur-Seine, négocient un éventuel traité de paix. Le représentant de Napoléon Ier est son nouveau ministre des Relations Extérieures, le général Armand de Caulaincourt, duc de Vicence (c'est le frère aîné d'un autre général, Auguste de Caulaincourt, tué à la bataille de Borodino). Il a reçu de l'Empereur carte blanche pour négocier un traité de paix qui préserve autant que faire se peut les conquêtes de la Révolution (les « frontières naturelles » de la France) et bien sûr le trône impérial.

Lord Castlereagh, Robert Steward (Dublin, 18 juin 1769 - Londres, 12 août 1822)Son adversaire le plus coriace est le Secrétaire d'État britannique, lord Castlereagh. Dans l'ombre, Charles Pozzo di Borgo conseille la plus extrême fermeté au tsar Alexandre Ier. Ce Corse a combattu aux côtés de Pasquale Paoli et voue depuis lors une haine inexpiable à Napoléon. 

Le congrès de Châtillon s'étant soldé par un échec, le tsar, déterminé à abattre l'« ogre », réunit les Alliés à Chaumont et leur fait signer le 9 mars un pacte de vingt ans renouvelable ! Il servira plus tard de base à la Sainte-Alliance.

Par ce pacte antidaté au 1er mars, Anglais, Prussiens, Russes et Autrichiens s'engagent à ne pas conclure de paix séparée et à maintenir chacun un contingent d'au moins 150 000 hommes jusqu'à la victoire.

L'Angleterre, bien qu'à bout de souffle, garantit à la coalition un financement adéquat de six millions de livres par an (l'or anglais, arme essentielle dans la guerre contre Napoléon, est qualifié de « cavalerie de Saint-Georges »).

Les maréchaux de Napoléon dans la campagne de France, 1814 (Jean-Louis Meissonnier, 1864, musée d'Orsay)Sur le terrain, c'est reparti mais le coeur n'y est plus. Les désertions se multiplient chez les Français et les maréchaux d'Empire n'ont plus qu'une ambition, sauver ce qui peut l'être de leur fortune, leurs hôtels particuliers et leurs titres et savourer enfin une retraite tranquille. Ils gardent rancune à l'Empereur de n'avoir pas négocié un traité de paix l'année précédente, en Allemagne, quand il en était encore temps.

À Lyon, le maréchal Augereau n'en finit pas de tergiverser face aux demandes pressantes de l'Empereur d'attaquer l'ennemi sur ses arrières.

Même réticence chez le prince Eugène, en Italie. Qui plus est, un certain général Moreau, qui commande la garnison de Soissons, en Picardie, livre la ville le 3 mars sans combattre. C'est un soulagement inespéré pour Blücher, qui n'a plus rien à craindre de ce côté.  

Napoléon remporte néanmoins de nouveaux succès sur l'armée de Silésie. Sa cavalerie culbute les Cosaques à Berry-au-Bac le 5 mars.

Le surlendemain, le 7 mars, les « Marie-Louise » remportent la victoire la plus sanglante de la campagne sur les Prussiens et les Russes sur le plateau de Craonne, en un lieu qui entrera un siècle plus tard dans le grand livre des tragédies de l'Histoire, le Chemin des Dames

Mais l'ennemi se retire en bon ordre sur les hauteurs de Laon. Napoléon tente de le surprendre par un mouvement tournant les 9 et 10 mars, avec le concours du maréchal Marmont. Mais celui-ci est repoussé par le général d'York et ne doit son salut qu'à l'intervention de la Garde impériale.

Blücher demeurant tétanisé sur la « montagne couronnée » de Laon, Napoléon en profite pour faire un tour du côté de Reims, qui vient d'être prise par les Alliés. Le 13 mars au soir, après un combat acharné, il en chasse les Prussiens et les Russes et fait une entrée triomphale dans la ville sous les acclamations de la population, à la lumière des torches. 

Là-dessus, dans un dernier sursaut, il retourne ses dernières divisions contre l'armée de Bohême. Mais à Arcis-sur-Aube, le 20 mars, Schwarzenberg résiste à ses assauts. Rien ne semble plus pouvoir empêcher la marche des Alliés sur la capitale.

Désespérant de protéger Paris, Napoléon décide par un coup d'audace de remonter sur Saint-Dizier, à l'Est, et de couper les lignes de ravitaillement des Alliés afin de les obliger à la retraite.

Mais les Alliés ont intercepté un courrier porteur d'une lettre de Berthier à Macdonald dans lequel le premier exposait le plan de l'Empereur et un courrier de ce dernier à Marie-Louise qui confirmait son projet de remonter sur l'Est. Dans le même temps, ils saisissent des lettres du ministre de la Police Anne Savary, duc de Rovigo, dans lequel celui-ci fait état de l'extrême lassitude de la population parisienne. 

Après une brève discussion sur un petit tertre aux environs de Sommepuis, les Alliés décident donc le 24 mars, à l'initiative - une nouvelle fois - du tsar, de jouer leur va-tout et de marcher sans plus attendre sur la capitale. Au passage, le lendemain, à Fère-Champenoise, ils refoulent Marmont et Mortier qui ont joué d'imprudence et prennent les devants pour gagner Paris.

Enfin, les Alliés investissent la capitale le 29 mars. Après un baroud d'honneur de ses défenseurs Moncey, Marmont et Mortier, la ville se rend le lendemain sans se faire prier, après que l'impératrice et son fils l'aient quittée pour Chartres, de même que Joseph Bonaparte.

Déjà Lyon, le 20 mars, a été abandonnée à l'ennemi par Augereau. Bordeaux, de son côté, s'est livrée à l'armée de Wellington dès le 12 mars au terme d'une mascarade organisée par le maire de la ville, le comte Lynch, secrètement partisan de la restauration des Bourbons. C'est la première manifestation publique des royalistes. 

Défendue par Soult, Toulouse résistera quant à elle jusqu'au 10 avril 1814 à l'attaque de Wellington et ne se rendra que sur l'injonction du nouveau gouvernement.

Le passage des souverains alliés sur le Boulevard Saint-Denis, le 10 avril 1814 (Jean Zippel, musée Carnavalet, Paris)

La chute du « tyran »

Le 31 mars 1814, après la difficile campagne de France, les Alliés entrent en vainqueurs à Paris. Les habitants, stupéfaits, découvrent les Cosaques campant sur le Champ-de-Mars ! Mais la haine n'est pas au rendez-vous et l'on reste entre gens du monde. On retient seulement l'empressement des Cosaques à se faire servir à boire dans les tavernes : « Bistro ! Bistro ! », crient-ils sans trêve (« Plus vite que ça ! » en russe), d'où le nom de bistrot que l'on donnera désormais aux estaminets...

Le 3 avril, le Sénat, habilement manoeuvré par Talleyrand, prononce la déchéance de l'empereur, « coupable d'avoir violé son serment (?) et attenté aux droits des peuples en levant des hommes et des impôts contrairement aux institutions ».

De son côté, l'empereur, déconfit, revenu en hâte vers la capitale, apprend à Juvisy la reddition de celle-ci. Déconfit, il se détourne sur Fontainebleau avec les 60 000 hommes qui lui restent. Là, ses plus fidèles compagnons, les maréchaux Ney, Berthier et Lefebvre, le pressent d'abdiquer en faveur de son fils. Il s'exécute le 4 avril. Le tsar, consulté, ne s'opposerait pas à une régence.

Tout d'un coup, patatras. Voilà que l'on apprend la défection des troupes du maréchal Marmont, duc de Raguse, avec 10 000 hommes sous ses ordres. L'homme capitule sans en référer à l'empereur. Le tsar, voyant qu'il n'y a plus rien à craindre de Napoléon, exige dès lors une abdication sans conditions et se laisse convaincre par Talleyrand de restaurer la dynastie des Bourbons, en la personne de Louis XVIII, au nom du sacro-saint principe de légitimité dynastique : « La République est une impossibilité, lui dit-il. La Régence, Bernadotte, sont une intrigue. Les Bourbons seuls sont un principe ».

Acculé par ses propres maréchaux, l'empereur se résigne et signe l'acte d'abdication le 6 avril. Il se voit promettre en contrepartie la souveraineté sur l'île d'Elbe, une principauté italienne à la latitude de la Corse, ainsi qu'une pension de deux millions de francs par an qui doit lui être versée par la France. Il conserve le titre d'empereur !

Cependant que les souverains alliés font, le 10 avril 1814, une entrée triomphale dans la capitale, le Sénat ne perd pas de temps. Il appelle Louis XVIII à monter sur le trône. C'est le « retour des lys » ! Le roi, qui se fait appeler le Désiré (!), quitte tant bien que mal sa retraite anglaise de Hartwell et débarque à Calais (obèse et impotent, il est presque incapable de marcher).

En route vers Paris, il publie le 2 mai à Saint-Ouen une déclaration dans laquelle il promet un gouvernement représentatif et le respect des acquis de la Révolution. Soulagement chez les Français de tous bords, désireux de retrouver enfin la paix.

On se quitte

À Fontainebleau, l'ex-empereur, confiné dans le château, attend en vain l'arrivée de sa femme Marie-Louise et de leur fils, mais ceux-ci ont déjà pris le chemin de l'Autriche. Ses proches et ses compagnons de combat le quittent en songeant à leur reconversion. Le fidèle Berthier s'occupe de transférer l'armée sous les ordres du gouvernement provisoire. 

Résigné, Napoléon fait le 20 avril ses adieux à la Garde impériale dans la cour du Cheval Blanc, devant l'escalier monumental du château, avant de prendre la route de l'île d'Elbe.

Publié ou mis à jour le : 2019-06-15 19:21:57

 
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