Lorraine

Française sans y prendre garde

La Lorraine est l'héritière d'une ancienne province longtemps écartelée entre la France et le Saint Empire.

C'est là, à Verdun, en 843, que Louis le Germanique, Charles le Chauve et Lothaire, petits-fils de Charlemagne, se sont partagés son empire.

Son nom rappelle ce lointain passé puisqu'il dérive de Lotharingie, nom du royaume légué à Lothaire II par son père Lothaire en 855. Indéfendable, ce territoire, qui s'étend de la rive gauche du Rhin à la Meuse, suscite immédiatement la convoitise de ses deux oncles, Louis le Germanique et Charles le Chauve.

En 880, le traité de Ribemont l'attribue tout entier à la Francie orientale, qui deviendra plus tard le Saint Empire romain germanique, bien que la plupart de ses habitants parlent des dialectes romans proches du français.

André Larané
La Lorraine en 1789 (extrait de l'Atlas de géographie historique de Franz Schrader, Hachette, 1922)

Une Histoire... mouvante

La Lotharingie devient un important duché au sein du nouvel empire germanique jusqu'à ce qu'en 959, l'empereur Otton 1er la scinde en deux.

Godefroi de Bouillon à la tête de la première croisadeAu nord, entre l'Escaut et le Rhin, il crée le duché de Basse-Lorraine. Il finit par échoir à la famille d'Ardenne dont le dernier représentant est le duc Godefroi de Bouillon, chef de la première croisade.

Après lui, au XIIe siècle, le duché se morcelle et donne naissance à différentes seigneuries qui forment aujourd'hui la Belgique et les Pays-Bas.

Au sud, dans les Ardennes et les vallées de la Meuse et de la Moselle, la Haute-Lorraine est confiée à Bruno, frère de l'empereur Otton 1er, puis échoit successivement à différents seigneurs locaux.

En 1049, Gérard d'Alsace en devient le premier duc héréditaire et sa famille va régner jusqu'en 1431 sur le duché, lequel prend le nom de Lorraine à la fin du XIIe siècle.

Comme les autres baronnies du Saint Empire, le duché doit composer avec de puissants vassaux, en particulier les comtes de Luxembourg et de Bar et les évêques de Metz, Toul et Verdun. Il subit aussi la pression du roi de France, dont les terres jouxtent les siennes.

En 1301, le roi Philippe le Bel, ayant battu le comte de Bar, impose à celui-ci de lui rendre hommage pour toutes ses terres situées à l'ouest de la Meuse. C'est ainsi que l'on va désormais distinguer le Barrois mouvant, dans la «mouvance», autrement dit la «suzeraineté» du roi de France, du Barrois non-mouvant.

Détail capital : c'est parce que Domrémy est situé sur la rive occidentale de la Meuse, dans le Barrois mouvant, que Jeanne d'Arc s'est impliquée dans les affaires du royaume de France ; née de l'autre côté de la rivière, en terre d'Empire, elle eut agi tout autrement.

Un peu plus tard, en 1354, le Barrois est élevé par l'empereur d'Allemagne au rang de duché, de sorte qu'il fait désormais jeu égal avec le duché de Lorraine. La rivalité prend fin en 1431 quand meurt le duc de Lorraine Charles II, car sa fille et héritière Isabelle de Lorraine est mariée à René d'Anjou, héritier du Barrois. Leur petit-fils René II devient en 1506 duc de Bar et de Lorraine.

Mise au tombeau (Ligier Richier, vers 1563, église Saint-Étienne, Saint-Mihiel) photo : André Larané

La Lorraine devient française

Par le traité de Nuremberg, le 26 août 1542, le duché s'émancipe complètement du Saint Empire romain germanique. Ce n'est que pour tomber dans l'orbite de la France.

Le 15 janvier 1552, à Chambord, le roi Henri II conclut un traité avec les princes protestants allemands en guerre contre l'empereur Charles Quint. En échange de son soutien, il obtient le droit d'occuper les «Trois-Évêchés» de Metz, Toul et Verdun ainsi que d'autres villes de l'Empire ne parlant pas allemand. Ainsi les Français s'infiltrent-ils en Lorraine. Ils n'en sortiront plus.

Une branche cadette de la famille ducale, les Guise, s'illustre assez tristement dans les guerres de religion qui vont meurtrir la France. Elle fait de la Lorraine l'un des piliers de la Contre-Réforme catholique en Europe centrale.

Au siècle suivant, la Lorraine, comme le reste de l'Europe centrale et du Saint Empire romain germanique, est frappée de plein fouet par la guerre de Trente Ans, une guerre de religion doublée d'une guerre entre États prédateurs. Le Lorrain Jacques Callot va témoigner par ses gravures des horreurs de cette guerre : misère, famine, pendaisons de masse...

Frappée par la guerre et plus encore par le retour des épidémies de peste et de typhus, la Lorraine voit sa population chuter de plus de moitié durant cette période. À Nancy, le nombre d'habitants passe de 16.000 à 5.000 au milieu du siècle.

En 1648, par les traités de Westphalie qui mettent fin à la guerre de Trente Ans, le cardinal Mazarin obtient  l'annexion à la France des Trois-Évêchés ainsi que du duché de Carignan et du Luxembourg français : Thionville, Montmédy et Longwy.

L'un des participants à la guerre est le comte Charles de Vaudémont, qui prétend au duché en sa qualité de neveu de l'ancien duc Henri II. Après bien des péripéties, il voit sa revendication enfin satisfaite en 1661. Sous le nom de Charles IV, il va dès lors entamer le redressement économique de la Lorraine tout en pressurant d'impôts ses malheureux sujets. Il lutte aussi tant bien que mal contre les prétentions françaises.

Les deux Pantalons, gravure de Jacques Callot (XVIIe siècle)

Louis XIV tente de grignoter ce qui reste du duché mais au traité de Ryswick, en 1697, il doit le restituer à son souverain légitime, le duc Léopold 1er, petit-neveu de Charles IV de Lorraine.

L'orgue théâtral de l'église Saint-Jacques de Lunéville (photo: André Larané)Le fils de Léopold, François III de Lorraine, épouse Marie-Thérèse d'Autriche en 1736, héritière de l'empereur Charles IV de Habsbourg.

Or, dans le même temps, le roi de France Louis XV et son beau-père Stanislas Leszczynski se trouvent impliqués dans la guerre de Succession de la Pologne.

Le roi Stanislas ayant été privé de ses droits, le cardinal Fleury, Premier ministre de Louis XV, a l'idée de lui offrir le duché de Bar et de Lorraine.

En échange, le duc en titre François III se voit offrir le grand-duché de Toscane, dont le titulaire vient de mourir sans héritier.

Par ce jeu de chaises musicales, la France réalise l'annexion feutrée de la Lorraine, étant entendu que le duché doit lui revenir à la mort de Stanislas.

C'est chose faite le 23 février 1766. Le transfert de souveraineté a été préparé de longue date par le chancelier du duc, qui a modelé l'administration sur le modèle français. 

Entre temps, l'ex-roi de Pologne aura embelli son duché comme personne avant lui, réalisant à Nancy, sa capitale, et Lunéville, sa résidence favorite, des travaux qui font l'admiration des visiteurs. Mais c'est au prix d'une très forte pression fiscale sur la paysannerie.

L'industrie pour le meilleur et le pire

Au milieu du siècle suivant, la Lorraine entre de plain-pied dans la révolution industrielle, grâce à l'exploitation d'importants gisements de minerai de fer, et devient ainsi l'une des régions françaises les plus riches et les plus actives. Les filatures, la cristallerie (Baccarat et les frères Daum, à Nancy), les industries du bois, du papier et de l'ameublement concourent à sa prospérité.

L'annexion par l'Allemagne de la Moselle, avec Metz et le gisement de minerai de fer de Thionville, à l'issue de la guerre franco-prussienne, en 1870-1871, jette une ombre sur ce bonheur tranquille.

Escalier de la villa Majorelle (Nancy)Elle n'empêche pas une pléiade de créateurs d'exercer leurs talents à Nancy et alentour, dans la peinture, l'ébénisterie, la cristallerie... sous la marque de l'Art nouveau.

La bataille de Verdun en 1916 et la percée des blindés allemands en 1940 rappellent les plus mauvais jours de l'affrontement entre les frères ennemis de l'empire de Charlemagne.

Pus que quiconque désireux de l'oublier, les Lorrains vont se lancer à corps perdu dans la construction de l'Union européenne. Il n'empêche que la crise de la sidérurgie (l'industrie de l'acier), à la fin du XXe siècle, et la désindustrialisation du début du XXIe siècle auront raison de leur ancienne prospérité.

La Lorraine cherche aujourd'hui un nouvel équilibre dans la mise en valeur de son patrimoine architectural, de ses paysages paisibles et de sa richesse culturelle.

Le sculpteur Ligier Richier (1500-1567), le graveur Jacques Callot (1592-1635), le peintre Claude Gellée, dit le Lorrain (1600-1682), la famille d'ébénistes Majorelle (XIXe et XXe siècles), le maître verrier Émile Gallé (1846-1904)... témoignent parmi d'autres de la contribution de la région à la culture française et universelle.

Publié ou mis à jour le : 2020-02-23 09:12:40

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net