Simón Bolívar (1783 - 1830)

Le «Libertador» amer

Traduction en Espagnol

Issu d'une riche famille créole de Caracas, Simón Bolívar va devenir, au terme d'un parcours tissé de philosophie, d'aventures, de trahisons et de brutalités de toutes sortes, le plus grand héros national de l'Amérique hispanique, au point de n'être plus connu que sous le surnom de Libertador (le « Libérateur ») et d'avoir donné son nom à un pays andin, la Bolivie.

Fabienne Manière
Un jeune homme bien sous tous rapports

Né le 24 juillet 1783 à Caracas (Venezuela), Simón Bolívar étudie en Europe et parcourt en tous sens le Vieux Continent, s'imprégnant de l'esprit des « Lumières » et de la philosophie généreuse de Jean-Jacques Rousseau. Il s'initie à la franc-maçonnerie et fait à Rome, sur le Monte Sacro, le serment de libérer l'Amérique hispanique de la tutelle de Madrid.

Le jeune homme revient au Venezuela en 1807. Trois ans plus tard, en 1810, l'année de l'émancipation hispano-américaine, il se rallie à la municipalité insurrectionnelle qui enlève le pouvoir au capitaine général, le représentant officiel de Madrid.

Envoyé à Londres pour tenter d'obtenir le soutien britannique à la junte, Bolívar en profite pour étudier les institutions démocratiques britanniques. Il convainc aussi le populaire Francisco de Miranda, héros malheureux d'une première insurrection en 1806, de rentrer d'exil et de se joindre à lui.

De retour à Caracas, Bolívar participe avec ferveur aux débats de la Société patriotique et du peuple sur l'avenir du pays. Lui-même plaide en faveur d'une indépendance totale.

Guerres intestines

Après la proclamation unilatérale d'indépendance du Venezuela du 5 juillet 1811, Miranda (60 ans) prend la direction des affaires comme généralissime et dictateur mais pour peu de temps... 

À San Mateo, il propose aux royalistes un armistice le 25 juillet 1812. Simón Bolívar, devenu son rival, s'en indigne. Il le fait arrêter peu après sous l'inculpation de trahison. Livré aux Espagnols, Miranda finira sa vie en prison à Cadix.

Le Manifeste de Carthagène

Le 15 décembre 1812, réfugié à Carthagène, dans la colonie de Nouvelle-Grenade (l'actuelle Colombie), voisine du Venezuela, Simon Bolívar publie un manifeste mémorable dans lequel il tire la leçon des erreurs passées (« Les factions ont été le poison mortel qui ont conduit la patrie au sépulcre... ») et proclame son intention de continuer la lutte.

Il dresse le tableau d'un État idéal inspiré des principes rousseauistes et des « Lumières » mais fondé sur un pouvoir fort, seul capable de mener à bien la libération et l'unification de toute l'Amérique hispanique.

Le 6 août 1813, Bolívar s'empare enfin de Caracas et reçoit de la municipalité le titre de « Libertador » (le Libérateur).

Partisan d'un pouvoir fort, il se fait proclamer dictateur en janvier de l'année suivante et tente d'imposer son autorité par une répression brutale... C'est qu'une bonne partie de la population demeure opposée à l'indépendance.

La guerre civile favorise le retour des Espagnols. Le chef royaliste, le sinistre Boves, recrute des milliers de cavaliers parmi les llaneros, gardiens de troupeaux des pâturages amazoniens. Ces combattants rustres et cruels ont facilement raison de l'infanterie bolivarienne.

Battu au terme d'une guerre fertile en cruautés de toutes sortes, Bolívar s'enfuit à la Jamaïque puis, en mai 1815, à Haïti, où il reçoit l'appui du président Alexandre Pétion.

L'année suivante, il reprend la lutte avec l'aide intéressée des Anglais. Ceux-ci débarquent à Angostura (aujourd'hui Ciudad Bolívar) avec une légion irlandaise de 1800 hommes et un millier de partisans vénézueliens.

Bolívar, débarquant à son tour, réunit un congrès constituant... Il est rejoint par le colonel Francisco de Paula Santander (25 ans), un créole originaire de Cúcuta (Nouvelle-Grenade). Celui-ci dispose de deux mille hommes, dont un millier de cavaliers, avec lesquels il a résisté aux llaneros de Boves.

Rêves de grandeur

Constatant que le Venezuela n'est pas mûr pour l'insurrection, Bolívar décide de tenter sa chance dans la Nouvelle-Grenade voisine. En mai 1819, par une opération d'une grande audace, il franchit un plateau andin à 5 000 mètres d'altitude. Sa troupe compte 2 100 hommes dont 1 300 cavaliers. Elle tombe par surprise sur les Espagnols au pont de Boyacá, près de la ville de Tunja, le 7 août 1819. Trois jours plus tard, le « Libertador » entre à Bogotá d'où s'enfuit précipitamment le vice-roi Juan Sámano, déguisé en Indien !

L'horizon du « Libertador » dépasse désormais le seul Venezuela et embrasse l'ensemble de l'Amérique hispanophone. Le congrès que Bolívar a réuni à Angostura lui concède les pouvoirs de président et dictateur militaire et, le 17 décembre 1819, proclame l'avènement d'une « Grande-Colombie » qui réunit théoriquement trois départements : Venezuela, Nouvelle-Grenade et Quito (Équateur).

Son rêve prend forme après sa victoire de Carabobo, le 24 juin 1821, qui lui permet de chasser enfin les Espagnols du Venezuela et d'entrer en vainqueur à Caracas. Sur ces entrefaites, le 24 mai 1822, son lieutenant Antonio Sucre (27 ans) remporte une victoire sur les Espagnols à Pinchicha.

Le « Libertador » triomphe... et perd

Bolívar peut ainsi entrer en libérateur à Quito, capitale de la colonie de l'Équateur, sur l'océan Pacifique... Il y noue une histoire d'amour avec la belle Manuela Sáenz (25 ans)... mais la presse « people » n'est pas encore là pour en parler.

Le 22 juillet 1822, Bolívar rencontre à Guayaquil (Équateur) le général San Martín, libérateur de l'actuelle Argentine et du Chili. Il le convainc de lui abandonner le Pérou. San Martín s'en va finir ses jours en Europe...

Il ne reste plus au Libertador qu'à s'emparer du Pérou...

C'est chose faite après la victoire à l'arraché du général Sucre, le 9 décembre 1824. Ce jour-là, le général et ses rebelles sont piégés par les Espagnols dans la vallée d'Ayacucho, sur l'Altiplano andin. Ils ne disposent que de 4 canons contre 24 à l'ennemi. N'ayant rien à perdre, Sucre et ses cavaliers se jettent à l'attaque avec l'énergie du désespoir et finalement l'emportent ! Le vice-roi du Pérou, ses généraux, pas moins de 600 officiers et 2000 soldats se rendent avec tout leur armement.

À l'annonce de la victoire de Sucre, le seul de ses lieutenants qui ne l'ait jamais trahi, Bolívar pense que son heure est venue. Il réunit un congrès panaméricain à Panama, du 22 au 25 juillet 1826, pour fédérer l'Amérique hispanique, du Mexique au río de la Plata. C'est un échec. Seule la Grande-Colombie ratifie le traité d'union personnel. Les rivalités personnelles et les conflits d'intérêt prennent le dessus. Les méthodes autoritaires (pour ne pas dire plus) de Bolívar ne sont pas non plus du goût des délégués.

Peu après, le 25 septembre 1828, Bolívar échappe à une tentative d'assassinat par Paula Santander. La Colombie entre en guerre contre le Pérou et dans le même temps, le Venezuela s'émancipe et met fin à la Grande-Colombie. C'est l'effondrement du rêve panaméricain.

Malade et abandonné de tous, affecté par l'assassinat du populaire général Sucre, en qui il voyait son successeur, le « Libertador » quitte le pouvoir. Il meurt à Santa Marta, en Colombie, le 17 décembre 1830.

Publié ou mis à jour le : 2019-02-09 07:06:42

 
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