François Mitterrand (1916 - 1996)

Le roman d'un président

Maison natale de François Mitterrand à Jarnac (Charente)Président de la République française de 1981 à 1995, François Mitterrand naît le 26 octobre 1916 à Jarnac (Charente), dans la famille d'un industriel catholique.

Séduisant et cultivé, excellent orateur, il se découvre très vite des dispositions pour diriger les hommes. Mais il n'atteindra le pouvoir suprême, la présidence de la République, qu'au terme d'un long parcours erratique, parsemé de chausse-trapes.

Tout au long de ce parcours, son éclectisme politique et sa fidélité en amitié lui valent des soutiens indéfectibles sur toute l'étendue de l'échiquier politique et social. Ses amis lui donnent le surnom de « Florentin » en référence à l'art de l'esquive pratiqué par des gens de la Renaissance comme Laurent le Magnifique ou Machiavel.

De ses quatorze années à l'Élysée, un record, on retient l'abolition de la peine de mort, ses « Grands Travaux » et des initiatives plus contestables : le coup de pouce à Jean-Marie Le Pen, leader de l'extrême-droite, la mise en oeuvre de la monnaie unique et le soutien au dictateur rwandais.

Si l'on fait fi de son action politique, François Mitterrand demeure un personnage romanesque des plus passionnants. Les journalistes Catherine Nay, Jean Montaldo et Pierre Péan ont révélé par touches successives les différentes facettes de son itinéraire.

André Larané

Une jeunesse heureuse

Le jeune François connaît en Charente une jeunesse heureuse dans une famille épanouie. C'est le quatrième d'une fratrie de quatre garçons et quatre filles ; lui-même est le deuxième des garçons mais aussi le plus brillant de tous. Sa grand-mère, en particulier, lui voue une véritable vénération. 

Son parcours scolaire devrait normalement le conduire vers la khâgne et l'École Normale Supérieure, mais celle-ci a mauvaise presse dans  la famille catholique du futur président. Il est vrai que la plupart de ses élèves en sortent parfaitement athées.

C'est donc vers le droit que s'orientera le jeune François, en s'hébergeant à Paris au foyer des pères maristes. Il en voudra secrètement à son père de cette orientation quand il rencontrera en 1938 la jeune Marie-Louise Terrasse, 16 ans (elle deviendra Catherine Langeais à la télévision), et fréquentera ses parents, de brillants normaliens.

De Vichy au socialisme

François Mitterrand (à gauche) et son ami Georges Dayan (à droite), prisonniers en AllemagneEnrôlé comme sergent au début de la Seconde Guerre mondiale, il est capturé et envoyé dans un camp de prisonniers en Allemagne comme la plupart des autres soldats français. Il va passer dix-huit mois dans un stalag en Hesse, et cette expérience va modeler en profondeur sa vision du monde en lui révélant la diversité sociale du peuple français. 

En 1942, à sa troisième tentative d'évasion, François Mitterrand réussit à s'enfuir.

Renonçant à la sécurité au sein de sa famille installée sur la côte méditerranéenne, il prend le train pour... Vichy.

Comme beaucoup de jeunes ambitieux de sa génération, il entre au service du maréchal Pétain. Il assure un emploi modeste dans un service qui s'occupe de la réinsertion des prisonniers.

Fidèle « maréchaliste », il lui arrive d'écrire dans des revues pétainistes et antisémites. Le 16 août 1943, François Mitterrand reçoit la Francisque des mains du Maréchal. Il obtient le n°2202 de cette prestigieuse décoration qui a été remise à 3.000 personnes au total.

Mitterrand congratulé par Pétain le 15 octobre 1942Mais depuis début 1943, prévoyant sans doute la faillite du nazisme après la défaite de Stalingrad, le jeune homme aurait déjà mis un pied dans la Résistance. Il ne se rallie pas pour autant au général de Gaulle et lui préfère son rival de l'heure, le falot général Giraud.

Il mène diverses opérations clandestines sous le surnom de Morland et bénéficie entre autres de la complicité d'un haut fonctionnaire de la Police, un certain Jean-Paul Martin.

Après la guerre, celui-ci le met en relation avec René Bousquet, secrétaire général de la Police sous l'Occupation et principal organisateur de la rafle du Vél d'Hiv, à la suite de laquelle de nombreux juifs ont été envoyés dans les chambres à gaz.

Pour des raisons obscures, Bousquet est blanchi à la Libération par un tribunal d'exception. Reconverti dans les milieux d'affaires, il va dès lors rendre des services importants à son nouvel ami, François Mitterrand, en finançant une partie de ses campagnes électorales (ainsi Pierre Bergé, ami personnel de l'ancien président et auteur d'une biographie, explique-t-il le lien entre les deux hommes).

Trois ans après la Libération et après avoir été élu député de la Nièvre, François Mitterrand, à peine âgé de 30 ans, devient en 1947 ministre des Anciens combattants, puis ministre de la France d'outre-mer et ministre de l'Intérieur dans le cabinet de Mendès France en 1954, quand débute la guerre d'Algérie.

Il est ministre de la Justice sous le gouvernement de Guy Mollet en 1956, lorsque les militaires reçoivent les pleins pouvoirs à Alger pour mettre fin au terrorisme par tous les moyens (note). Le brillant ministre ne cache pas son espoir d'accéder à la Présidence du Conseil, le poste le plus important sous la IVe République, à 40 ans ou un peu plus.

Mais le retour du général de Gaulle aux affaires, en 1958, l'oblige à rentrer dans l'anonymat. En 1959, il laisse faire un faux attentat contre sa voiture, avenue de l'Observatoire, à Paris, dans l'espoir de regagner les faveurs de l'opinion publique. L'affaire est heureusement étouffée, peut-être parce que François Mitterrand aurait détenu en tant qu’ancien garde des Sceaux des renseignements gênants sur « l’affaire du bazooka » qui met en cause le Premier ministre Michel Debré.

Affiche de la campagne présidentielle de 1965Candidat contre le général de Gaulle aux élections présidentielles de décembre 1965, François Mitterrand se présente comme le champion de l'alternance au gaullisme. C'est ainsi qu'il réunit les partis de gauche autour de son nom, sous l'étiquette de la FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste). Il réussit à mettre le Général en ballotage et échoue au second tour avec un résultat honorable d'environ 45% des bulletins.

Ce relatif succès le fait basculer résolument vers le socialisme. Le 12 juin 1971, au congrès d'Épinay-sur-Seine, il fonde le nouveau Parti socialiste sur les ruines de l'ancienne SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) de Jean Jaurès et Jules Guesde, discréditée par l'engagement de Guy Mollet dans les guerres coloniales.

L'ancien élève des maristes se met alors à « parler socialiste », selon le mot de Pierre Mendès France, et ne craint pas d'affirmer : « Tous ceux qui n’adhèrent pas à la rupture avec le capitalisme n’ont pas leur place dans le parti » ! Rénovateur du parti socialiste, il incarne désormais tous les espoirs de la gauche non communiste mais il comprend aussi qu'il n'y a pas d'alternance possible sans une alliance avec les communistes. C'est ce à quoi il va s'atteler avec opiniâtreté. Le 27 juin 1972, le Parti socialiste et le Parti communiste français de Georges Marchais concluent un programme commun bientôt rejoint par le Mouvement des radicaux de gauche de Robert Fabre.

Après un échec de justesse en 1974 face à Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand gagne pour de bon les élections présidentielles le 10 mai 1981 en tirant parti de l'impopularité du président sortant, lui-même lâché par Jacques Chirac, le chef du parti néogaulliste.

Affiche de la campagne présidentielle de 1981

Des réformes à la volée

François Mitterrand entame un « règne » de 14 ans, comparable par sa durée à ceux de Henri IV, de Louis-Philippe et de... Napoléon Ier.

Les réformes s'enchaînent à la volée dès les premières semaines. Pourtant, de cette très longue présidence, l'opinion publique ne retient que l'abolition de la peine de mort, votée le 18 septembre 1981.

François Mitterrand, président de la République (portrait officiel)L'Histoire, quant à elle, se souvient du soutien du président, au déploiement des fusées Pershing en Allemagne, en riposte à la menace soviétique. C'était le le 20 janvier 1983, devant le Bundestag allemand.

L'Histoire se souvient aussi de la conversion de la gauche à l'économie de marché, qui s'est faite en deux temps : la désindexation des salaires sur les prix lors du premier plan de rigueur à l'automne 1982, puis surtout le choix de rester dans le SME (Système Monétaire Européen) à l'issue de la semaine d'hésitation suivant les municipales de mars 1983.

Par crainte des difficultés, Mitterrand renonce à ce moment à poursuivre le projet sur lequel il a été élu et engage son pays dans l'intégration européenne, en espérant qu'il échappera ainsi à la rigueur. S'ensuivent l'Acte unique, le traité de Maastricht et la monnaie unique dont l'avenir demeure incertain.

Bilan d'un double mandat

Le double septennat de François Mitterrand se termine dans un climat maussade tissé de désillusions, entre une gauche qui a perdu ses repères idéologiques et moraux et une droite minée par le combat des chefs.

À gauche comme à droite, son départ est accueilli avec soulagement... Il meurt le 8 janvier suivant, après une longue agonie théâtralisée à l'égal d'un monarque.

Une décennie plus tard, l'opinion publique, confrontée au bilan piteux de son successeur Jacques Chirac et oublieuse du passé, n'en hissera pas moins l'ancien président socialiste sur le podium de ses personnalités préférées.

Publié ou mis à jour le : 2022-07-06 15:20:49
Martin (27-08-2023 14:34:32)

F. Mitterrand a été de tous bords et a oeuvré en tous sens. Ainsi, il a déclaré : "la taxe professionnelle est une taxe imbécile". Pour confirmer son propos,
- d'une part, il a augmenté le plafond de cette taxe de 40%, le passant de 2,5% à 3,5% de la valeur ajoutée des entreprises ;
- d'autre part, il a multiplié par QUATRE, la durée de cette taxe créée en 1975 et prolongée au-delà de 1995, issue de ses mandats à l'Elysée.
Ce politicien aura fait au XXème siècle la plus brillante carrière possible en prenant les français, le plus possible, pour des... "imbéciles".

Fabrice D (22-08-2023 13:44:42)

Pour moi Mitterrand, avec de Gaulle, fait partie des deux meilleurs présidents de la 5ème République à ce jour. Je trouve votre commentaire déplacé et orienté concernant son passage dans la résistance en 1943 : "prévoyant sans doute la faillite du nazisme après la défaite de Stalingrad"... Vous faites de ce basculement du pur opportunisme, et vos propos sont factuellement inexacts. S'il est vrai que Mitterrand venait de l'extrême-droite et avait des sympathies pour le Maréchal, il n'était pas collaborationniste, mais foncièrement patriote. Je rappelle qu'en 1941, prisonnier en Allemagne, après une première tentative d'évasion raté de son Stalag, il réussit son évasion et rejoint la zone libre. A Vichy, il a en charge les anciens combattants et surtout les prisonniers de guerre français en Allemagne qu'il n'a de cesse d'essayer de faire libérer. C'est d'ailleurs au contact de certains de ces prisonniers libérés ou évadés (Jean Roussel, Max Varenne et le Dr Guy Fric), que dès le printemps 1942 (alors que les puissances de l'Axe étaient à leur apogée) qu'il entame progressivement son basculement vers les rangs de la Résistance. Il n'a pas hésité à établir des faux papiers pour permettre à des prisonniers de quitter leur camp. Il participe aux réunions du château de Montmaur, le 12 juin puis le 15 août 1942, jetant les premières bases de son futur réseau de Résistance12. Dès le mois de septembre, il prend contact avec la France libre. Il démissionne du Commissariat au reclassement des prisonniers de guerre en janvier 1943, se rapproche de l'Organisation de résistance de l'armée (ORA) entre janvier et le printemps 1943, avant de basculer dans la clandestinité en juillet. La montée en charge des réseaux de résistance a été très progressive en France, à partir de 1942, les résistants de la première heure ont été très rares. Mon grand père, qui était gendarme, n'est entré en résistance armée qu'en août 1943.

Je préfère des gens qui comme Mitterrand ont évolué dans le bon sens que des gens comme Pierre Laval (ex socialiste dans les années 30) ou jacques Doriot (ex communiste avant 1936 ) qui en 1940 sont devenus des collaborationnistes convaincus et complices à fond des atrocités nazies.

Mitterrand est un personnage complexe, il a sa part d'ombre, mais il reste pour moi un grand homme d'Etat qui a beaucoup fait pour notre pays. On cherche encore aujourd'hui des responsables politiques de son envergure...

Boutte (04-01-2016 16:29:48)

Comment ne pas retenir les nationalisations de 81 à prix d'or suivies 2 ans plus tard de privatisations désastreuses pour les finances nationales : un désastre économique ?

achiardi (22-05-2013 18:26:13)

JE NE PEUX ACCEPTER votre appréciation sur le bilan du PRESIDENT CHIRAC, donc sur SA personne.
A-t-il été médiocre ou nul ?
A-t-il suscité de la pitié ou du mépris ?
VEUILLEZ vous rendre sur :

www.saintetiennedetinee.com/decembre2009.htm

ET SUR LE MOIS PRECEDENT pour connaître mon opinion sur Monsieur MITTERAND.

Cordialement : Louis.

NB : et MES précédents commentaires sur LES VILLAGES... SUR LA FRANCE ?

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