240 av. J.-C. à 1962

La difficile gestation de la nation algérienne

Le territoire de l'actuelle Algérie entre dans l'Histoire avec Massinissa, chef des tribus numides tiraillé entre Carthage et Rome.

Intégré à l'empire romain, il en devient une province prospère. Dans les premiers siècles du christianisme, il s'honore de quelques grands esprits dont le plus célèbre est saint Augustin.

Les Vandales (barbares venus d'outre-Rhin) et les Byzantins ne font qu'y passer. Les Arabes musulmans s'en emparent enfin au prix de quelques difficultés. Au Moyen Âge se multiplient de petits royaumes arabo-berbères, farouchement attachés à leur indépendance. Ils déclinent à partir du XVe siècle et disparaissent sous les coups portés par les Turcs, les Barbaresques, les Espagnols ou encore les Marocains.

Jusqu'à la conquête française, seule est reconnue par les chancelleries la Régence d'Alger, inféodée au sultan d'Istamboul.

L'Algérie de A à Z

Comblant l'espace entre deux États dotés d'une forte identité, le Maroc et la Tunisie, la nation algérienne s'est formée à la faveur de l'occupation française. Son nom dérive de la capitale, Alger (en arabe al-Jazā'ir, « Les Îles » en français).
L'Algérie actuelle a une surface de 2,4 millions de km2 qui en fait le plus vaste pays d'Afrique. Mais l'essentiel est constitué par le désert du Sahara. La partie habitable est réduite à la façade méditerranéenne. C'est une bande de 1000 kilomètres sur 200 environ, entre la côte et l'Atlas saharien. Elle est occupée par la plus grande partie des 43 millions d'habitants (2019).
Le territoire comptait environ 3 millions d'habitants à la veille de la conquête française (1830) et 11 millions à la veille de l'indépendance (1962), dont 10 millions de musulmans et un million d'Européens et de juifs. En 2050, sa population dépassera les 60 millions et rattrapera celle de la France, ce qui influera sans aucun doute sur les rapports entre les deux États.

Naissance d'un État

Un corps expéditionnaire français investit Alger en1830 pour des raisons de politique intérieure, le roi Charles X cherchant à redorer son blason.

Les Français s'en tiennent d'abord à l'occupation du littoral. Mais, en 1839, une révolte suscitée par Abd el-Kader les entraîne malgré eux dans la conquête de l'arrière-pays. S'ensuit une guerre brutale et longue.

En 1871, tournant le dos au rêve de Napoléon III de créer un « royaume arabe » sous protectorat français, la IIIe République transforme l'Algérie en colonie de peuplement.

Après l'invasion de la France par la Wehrmacht en 1940 puis l'occupation de l'Algérie par les Alliés anglo-saxons, quelques poignées de militants algériens se prennent à rêver d'indépendance.

Le massacre de Sétif (8 mai 1945) et la « Toussaint rouge » (1er novembre 1954) inaugurent une guerre d'indépendance impitoyable, marquée par des cruautés insignes dans tous les camps.

L'Algérie devient enfin indépendante le 3 juillet 1962. Dans le même temps, les protectorats voisins du Maroc et de la Tunisie auront recouvré leur indépendance aussi aisément qu'ils l'avaient perdue, par un accord d'État à État.

Enfance douloureuse

La lente descente aux enfers de l'Algérie « socialiste » des années 1970 et la guerre civile des années 1990 témoignent de la difficulté de la nation algérienne à trouver son identité, entre la modernité occidentale et le repli islamiste.

Avec le retour d'une relative stabilité politique, l'apaisement des relations avec la France, illustré par la légitimation officielle de la langue française en 2004, et l'occidentalisation des moeurs, dont témoigne un indice de fécondité proche de celui des Européennes, l'Algérie semble en ce début du XXIe siècle bien engagée dans la voie de la paix.

Il n'empêche que ses représentants éprouvent toujours le plus grand mal à aborder leur Histoire avec sérénité.

Publié ou mis à jour le : 2024-03-04 14:17:24
Jonas (17-11-2024 12:48:39)

Je rappelle a toutes fins utiles que lors de sa visite en Russie, le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait qualifié Poutine "ami de l'humanité" malgré le massacre de 200 000 tchétchènes pourtant musulmans et les bombardements des villes syriennes Homs, Lattaquié, Hama, Deir ez-Zor , sans parler du camp palestinien Yarmouk pour sauver son ami dictateur sanguinaire Bachar el Assad.
Alors une question s'impose : pourquoi les immigrés algériens ne vont-ils pas chez l'ami de l'humanité ? Pourquoi préfèrent-ils le pays colonisateur et " génocidaire" ? Pourquoi le président algérien et ses comparses se font-ils aussi soigner en France et pas en Russie ?

Yves Montenay (13-11-2024 17:52:50)

Merci pour cet article qui recoupe tout à fait, ce que je sais de l’Algérie pour en avoir suivi la guerre d’indépendance au jour le jour, puis la catastrophe des gouvernements qui ont suivi. Je suis allé sur place plusieurs fois depuis et ai noté la différence entre les propos officiels et des propos privés. Dernière péripétie : le pouvoir fait la chasse à la langue française, pourtant profondément implantée et tente de la remplacer par l’anglais Voir mes articles sur ce sujet. (Google : Yves, Montenay Algérie)

JM KAËS (30-08-2024 12:09:36)

Merci M. Larané pour cette (trop) brève histoire de l’Algérie depuis les Romains jusqu’à nos jours. Je mets entre parenthèses la guerre d’indépendance de 1954 à 1962 car elle mérite un article plus étoffé, mais Herodote.net l’a déjà fait par ailleurs. Étant moi-même pied-noir, « rapatrié » en 1962 (la valise ou le cercueil), j’ai redécouvert une Histoire souvent tragique (invasions multiples avant la conquête de 1830) d’un pays dont je ne connaissais guère qu’Alger et sa proche région. Certes tout n’est pas oublié depuis la fin de cette guerre, et j’ai particulièrement apprécié la réponse sous forme de lettre à Bouteflika de M. Savelli, qui a bien démontré que la France n’avait pas fait que du mal en Algérie, au contraire de la propagande toujours actuelle des gouvernements algériens successifs, qui continuent à accuser la France de tous les maux pour mieux faire oublier le malheur toujours actuel de la grande majorité du peuple algérien.
Le seul ajout que je me permettrai est de regretter amèrement la décision de Giscard d’Estaing de permettre le regroupement familial et donc l’immigration bien trop importante depuis cette date de populations nombreuses qui en plus ont bénéficié et bénéficient encore aujourd’hui d’un statut particulier leur octroyant un régime spécifique, notamment concernant l’accès facilité à la nationalité française avec tous les droits relatifs à celle-ci (en revanche les devoirs attachés à cette nationalité sont beaucoup moins respectés, surtout dans certaines villes et certains quartiers).

Vincent (01-03-2022 03:14:59)

À ma connaissance, les idées de Camus sur l'Algérie n'ont pas été acceptées par ses concitoyens "Pieds-Noirs". Il a même été considéré comme un traître par beaucoup d'entre eux, parce qu'il soutenait une solution fédéraliste, donnant l'égalité des droits aux indigènes.
Il est vrai que les intellectuels parisiens de gauche, ses anciens amis, l'ont tout autant rejeté, parce qu'il n'a pas milité pour l'indépendance du pays (et pour bien d'autres raisons).

choberna (18-06-2013 09:31:40)

Avoir fait de l'Algérie une colonie de peuplement a été la grande erreur des gouvernants français et pas des colons s'acharnant à vivre et travailler dans l'environnement hostile de ce pays où ils avaient choisi de s'établir en fuyant leurs conditions de vie en Europe. Napoléon III avait prudemment laissé la question ouverte... tout en continuant à favoriser l'émigration en Algérie! La nouvelle République s'est contenté d'entériner un fait acquit -en octroyant en plus la citoyenneté française aux Juifs d'Algérie- et a laissé s'installer à la suite des colons tout un petit peuple d'artisans, ouvriers, commerçants et fonctionnaires. Il faut se souvenir que l'idée coloniale était en vogue à l'époque...

Les Anglo-Saxons n'ont jamais entrepris de peupler en masse que des colonies ou des territoires faiblement peuplés dont les autochtones pouvaient demeurer minoritaires et facilement contrôlables dans des "réserves" (Amérique du Nord, Australie, Nouvelle Zélande). Or l'Histoire stigmatise davantage l'erreur de la colonisation de masse en Algérie que la politique d'élimination ethnique des Anglo-Saxons.

Au-delà de cette erreur originelle la plus grande faute de la France en Algérie a été de maintenir la grande masse des Arabes et des Berbères à l'écart du rapide développement économique du pays et plus encore, s'agissant de leurs enfants, de l'Instruction publique mise en œuvre avec succès en Métropole au même moment par Jules Ferry, par ailleurs fervent adepte de la politique coloniale de la France.

Inévitable mouvement historique en sens inverse l'émigration algérienne vers la France est à l'origine d'une communauté dite "musulmane" mais pas vraiment homogène de plus de cinq millions de personnes, aujourd'hui pour la plupart de nationalité française. S'il n'y a plus de Français en Algérie l'influence française est partout palpable.

Je crois à une prochaine complète réconciliation franco-algérienne libérée des fantômes et des fantasmes du passé parce qu'elle est à la fois nécessaire, souhaitable et inscrite de facto dans la sociologie et la culture des deux nations.

choberna (18-06-2013 09:22:52)

Avoir fait de l'Algérie une colonie de peuplement a été la grande erreur des gouvernants français et pas des colons s'acharnant à vivre et travailler dans l'environnement hostile de ce pays où ils avaient choisi de s'établir en fuyant leurs conditions de vie en Europe. Napoléon III avait prudemment laissé la question ouverte... tout en continuant à favoriser l'émigration en Algérie! La nouvelle République s'est contenté d'entériner un fait acquit -en octroyant en plus la citoyenneté française aux Juifs d'Algérie- et a laissé s'installer à la suite des colons tout un petit peuple d'artisans, ouvriers, commerçants et fonctionnaires. Il faut se souvenir que l'idée coloniale était en vogue à l'époque...

Les Anglo-Saxons n'ont jamais entrepris de peupler en masse que des colonies ou des territoires faiblement peuplés dont les autochtones pouvaient demeurer minoritaires et facilement contrôlables dans des "réserves" (Amérique du Nord, Australie, Nouvelle Zélande). Or l'Histoire stigmatise davantage l'erreur de la colonisation de masse en Algérie que la politique d'élimination ethnique des Anglo-Saxons.

Au-delà de cette erreur originelle la plus grande faute de la France en Algérie a été de maintenir la grande masse des Arabes et des Berbères à l'écart du rapide développement économique du pays et plus encore, s'agissant de leurs enfants, de l'Instruction publique mise en œuvre avec succès en Métropole au même moment par Jules Ferry, par ailleurs fervent adepte de la politique coloniale de la France.

Inévitable mouvement historique en sens inverse l'émigration algérienne vers la France est à l'origine d'une communauté dite "musulmane" mais pas vraiment homogène de plus de cinq millions de personnes, aujourd'hui pour la plupart de nationalité française. S'il n'y a plus de Français en Algérie l'influence française est partout palpable.

Je crois à une prochaine complète réconciliation franco-algérienne libérée des fantômes et des fantasmes du passé parce qu'elle est à la fois nécessaire, souhaitable et inscrite de facto dans la sociologie et la culture des deux nations.

Gouverneur Général Lépine (21-05-2013 11:09:25)

Il suffit de voir tout ce que la France, par ses colons , a apporté et construit en Algérie pour juger le terme employé par l'auteur "égoîsme".
Certes toutes les attitudes ne furent pas remarquables de la part des "transposés dans les colonies de peuplement" mais ils n'ont jamais été égoïstes d'efforts pour re-créer, en face, ce que les Fracais de france n'avaient pas été capables de conserver. N'Oublions pas 1870 et Sedan, l'Alsace et la Lorraine et plus près de nous la fuite du gouvernement légal vers Bordeaux pour confier à un vieillard le sort d'un territoire ancestralement français...............

choberna (19-03-2013 10:29:33)

Le Pr Savelli formule l'opinion française appuyée sur des faits historiques incontestables mais non dépourvue de subjectivité. L'opinion algérienne elle est empreinte d'une subjectivité encore plus grande et d'émotivité notamment quand leur leader dénonce le "génocide de l'identité algérienne". Il faut l'attribuer, à mon avis, aux terribles épreuves de la conquête, de la colonisation et de la guerre d'Indépendance. Les dirigeants algériens sont finalement confrontés au même problème que Abd-El-Kader qui aurait bien voulu coopérer avec la France mais qui devait d'abord s'imposer à ses sujets pour fonder une nation (ce qui va dans le sens de l'opinion du Pr Savelli) sauf qu'aujourd'hui il s'agit bien plus de conforter la nation fondée historiquement par Abd-El-Kader et de conjurer les démons du passé qui hantent les Algériens eux-mêmes.
L'immigration algérienne en France a tissé des liens d'ordre privé ou individuels plus importants qu'aucune autre communauté ne l'avait fait auparavant tandis que le rayonnement de la France et de la langue et de la culture françaises sont très grands en Algérie. Pourquoi donc la réconciliation entre Etats est-elle si difficile alors qu'elle s'est faite avec l'Allemagne, l'autre grand pôle de confrontation de la France au cours des deux derniers siècles? Peut-être bien parce que la séparation politique (l'Indépendance) s'est faite en 1962 sur une fracture marquée par l'exode massif de la communauté française d'Algérie introduisant une tragique solution de continuité dans le vécu commun des deux peuples.

Augustin Dippone (12-12-2007 09:56:10)

LETTRE A Mr BOUTEFLIKA, président de la République algérienne.

Monsieur le Président,

En brandissant l’injure du génocide de l’identité algérienne par la France, vous saviez bien que cette identité n’a jamais existé avant 1830. M. Ferrat Abbas et les premiers nationalistes avouaient l’avoir cherchée en vain. Vous demandez maintenant repentance pour barbarie : vous inversez les rôles ! C’était le Maghreb ou l’Ifriqiya, de la Libye au Maroc. Les populations, d’origine phénicienne (punique), berbère (numide) et romaine, étaient, avant le VIIIème siècle, en grande partie chrétiennes (500 évêchés dont celui d’Hippone/ Annaba, avec Saint Augustin). Ces régions agricoles étaient prospères.

Faut-il oublier que les Arabes, nomades venant du Moyen Orient, récemment islamisés, ont envahi le Maghreb et converti de force, « béçif » (par l’épée), toutes ces populations. « Combattez vos ennemis dans la guerre entreprise pour la religion….Tuez vos ennemis partout où vous les trouverez » (Coran, sourate II, 186-7). Ce motif religieux était élargi par celui de faire du butin, argent, pierreries, trésor, bétail, et aussi bétail humain, ramenant par troupeaux des centaines de milliers d’esclaves berbères; ceci légitimé par le Coran comme récompense aux combattants de la guerre sainte (XLVIII, 19, 20) . Et après quelques siècles de domination arabe islamique, il ne restait plus rien de l’ère punico romano berbère si riche, que des ruines (Abder-Rahman ibn Khaldoun el Hadrami, Histoire des Berbères,T I, p.36-37,40,45-46. 1382).

Faut-il oublier aussi que les Turcs Ottomans ont envahi le Maghreb pendant trois siècles, maintenant les tribus arabes et berbères en semi esclavage, malgré la même religion, les laissant se battre entre elles et prélevant la dîme, sans rien construire en contre partie.

Faut-il oublier que ces Turcs ont développé la piraterie maritime, en utilisant leurs esclaves. Ces pirates barbaresques arraisonnaient tous les navires de commerce en Méditerranée, permettant, outre le butin, un trafic d’esclaves chrétiens, hommes, femmes et enfants. Dans l’Alger des corsaires du XVI ème siècle, il y avait plus de 30.000 esclaves enchaînés. D’où les tentatives de destruction de ces bases depuis Charles Quint, puis les bombardements anglais, hollandais et même américain…Les beys d’Alger et des autres villes se maintenaient par la ruse et la force, ainsi celui de Constantine, destitué à notre venue, ayant avoué avoir fait trancher 12.000 têtes pendant son règne.
Faut-il oublier que l’esclavage existait en Afrique depuis des lustres et existe toujours. Les familles aisées musulmanes avaient toutes leurs esclaves africains. Les premiers esclavagistes,

Monsieur le Président, étaient les négriers noirs eux-mêmes qui vendaient leurs frères aux Musulmans du Moyen Orient, aux Indes et en Afrique (du Nord surtout), des siècles avant l’apparition de la triangulaire avec les Amériques et les Antilles, ce qui n’excuse en rien cette dernière, même si les esclaves domestiques étaient souvent bien traités.
Faut-il oublier qu’en 1830, les Français sont venus à Alger détruire les repaires barbaresques ottomans qui pillaient la Méditerranée, libérer les esclaves et, finalement, affranchir du joug turc les tribus arabes et berbères opprimées.

Faut-il oublier qu’en 1830, il y avait à peu près 5.000 Turcs, 100.000 Koulouglis, 350.000 Arabes et 400.000 Berbères dans cette région du Maghreb où n’avait jamais existé de pays organisé depuis les Romains. Chaque tribu faisait sa loi et combattait les autres, ce que l’Empire Ottoman favorisait, divisant pour régner.

Faut-il oublier qu’en 1830 les populations étaient sous développées, soumises aux épidémies et au paludisme. Les talebs les plus évolués qui servaient de toubibs (les hakems), suivaient les recettes du grand savant « Bou Krat » (ou plutôt Hippocrate), vieilles de plus de 2.000 ans. La médecine avait quand même sérieusement évolué depuis !

Faut-il oublier qu’à l’inverse du génocide, ou plutôt du massacre arménien par les Turcs, du massacre amérindien par les Américains, du massacre aborigène par les Anglais et du massacre romano-berbère par les Arabes entre l’an 700 et 1500, la France a soigné, grâce à ses médecins (militaires au début puis civils) toutes les populations du Maghreb les amenant de moins d’un million en 1830 en Algérie, à dix millions en 1962.

Faut-il oublier que la France a respecté la langue arabe, l’imposant même au détriment du berbère, du tamashek et d es autres dialectes, et a respecté la religion (ce que n’avaient pas fait les Arabes, forçant les berbères chrétiens à s’islamiser pour ne pas être tués, d’où le nom de «kabyle » - j’accepte).

Faut-il oublier qu’en 1962 la France a laissé en Algérie, malgré des fautes graves et des injustices, une population à la démographie galopante, souvent encore trop pauvre, - il manquait du temps pour passer du moyen âge au XX ème siècle - mais en bonne santé, une agriculture redevenue riche grâce aux travaux des Jardins d’Essais, des usines, des barrages, des mines, du pétrole, du gaz, des ports, des aéroports, un réseau routier et ferré, des écoles, un Institut Pasteur, des hôpitaux et une université, la poste… Il n’existait rien avant 1830. Cette mise en place d’une infrastructure durable, et le désarmement des tribus, a été capital pour l’Etat naissant de l’Algérie .

Faut-il oublier que les colons français ont asséché, entre autres, les marécages palustres de la Mitidja, y laissant de nombreux morts, pour en faire la plaine la plus fertile d’Algérie, un grenier à fruits et légumes, transformée, depuis leur départ, en zone de friche industrielle.

Faut-il oublier que la France a permis aux institutions de passer, progressivement, de l’état tribal à un Etat nation, et aux hommes de la sujétion à la citoyenneté en construction, de façon, il est vrai, insuffisamment rapide. Le colonialisme, ou plutôt la colonisation a projeté le Maghreb, à travers l’Algérie, dans l’ère de la mondialisation.

Faut-il oublier qu’en 1962, un million d’européens ont dû quitter l’Algérie, abandonnant leurs biens pour ne pas être assassinés ou, au mieux, de devenir des habitants de seconde zone, des dhimmis, méprisés et brimés, comme dans beaucoup de pays islamisés. Il en est de même de quelques cent mille israélites dont nombre d’ancêtres s’étaient pourtant installés, là, 1000 ans avant que le premier arabe musulman ne s’y établisse. Etait-ce une guerre d’indépendance ou encore de religion ?

Faut-il oublier qu’à notre départ en 1962, outre au moins 75.000 Harkis, sauvagement assassinés, véritable crime contre l’humanité, et des milliers d’européens tués ou disparus, après ou avant, il est vrai, les excès de l’O.A.S., il y a eu plus de200.000 tués dans le peuple algérien qui refusait un parti unique , beaucoup plus que pendant la guerre d’Algérie. C’est cette guerre d’indépendance, avec ses cruautés et ses horreurs de part et d’autre, qui a fondé l’identité algérienne. Les hommes sont ainsi faits !

Monsieur le Président, vous savez que la France forme de bons médecins, comme de bons enseignants. Vous avez choisi, avec votre premier ministre, de vous faire soigner par mes confrères du Val de Grâce. L’un d’eux, Lucien Baudens, créa la première Ecole de médecine d’Alger en 1832, insistant pour y recevoir des élèves autochtones. Ces rappels historiques vous inciteront, peut-être, Monsieur le Président, à reconnaîtr que la France vous a laissé un pays riche, qu’elle a su et pu forger, grâce au travail de toutes les populations, des plus pauvres aux plus aisées - ces dernières ayant souvent connu des débuts très précaires. La France a aussi créé son nom qui a remplacé celui de Barbarie. Personne ne vous demandera de faire acte de repentance pour l’avoir laissé péricliter, mais comment expliquer que tant de vos sujets, tous les jours, quittent l’Algérie pour la France ?

En fait, le passé, diabolisé, désinformé, n’est-il pas utilisé pour permettre la mainmise d’un groupe sur le territoire algérien ?

Je présente mes respects au Président de la République, car j’honore cette fonction.
Un citoyen français, André Savelli, Professeur agrégé du Val de Grâce.

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