À l’aube de l’An Mil, l’Église retrouve son autorité morale sous l’impulsion des ordres monastiques et en premier lieu de Cluny. Le Saint-Siège et le clergé vont en user pour mettre au pas la chevalerie et pacifier la société féodale en s'appuyant sur l’exemple du Christ, qui a révoqué la loi du talion (Matthieu, 5, 38-42), condamné le recours à la violence pour se faire justice (Matthieu, 26, 52), et pardonné à ses bourreaux sur la croix (Luc, 23, 34).
Cluny, matrice du droit international
Le duc d’Aquitaine Guillaume Ier le Pieux avait été à l’origine de la fondation de l’abbaye de Cluny. C’est l’un de ses successeurs, Guillaume IV Fier-à-Bras, qui va superviser l’assemblée ou concile de Charroux, au sud de Poitiers, le 1er juin 989. Il s’agit de la plus ancienne « paix de Dieu » signalée par les chroniques.
Une foule s’est rassemblée dans une prairie proche de ce village connu pour abriter des reliques de la Vrai Croix.
Et tandis que les reliques sont offertes à la dévotion populaire, l’évêque, entouré du duc et de notabilités laïques et religieuses, lance trois anathèmes, autrement dit trois menaces d’excommunication. Ces anathèmes désignent « les violateurs d’églises », « les voleurs des biens des pauvres » et « ceux qui brutalisent les clercs », au total beaucoup de monde en perspective ! Ils visent à garantir « la paix qui vaut mieux que tout », selon les mots d’Étienne II, évêque de Clermont.
À Charroux comme dans les assemblées suivantes, les évêques convainquent les chevaliers de prêter le serment de la paix, la main sur les reliques. C’est l’amorce d’un code éthique ou d’un code de l’honneur de la chevalerie (dico). Il va imprégner les pratiques guerrières pendant le deuxième millénaire sans pour autant être toujours respecté, il s’en faut de beaucoup.
Voici par exemple le serment établi en 1023-1025 par l’évêque de Beauvais Guérin.
Extrait :
« Je n’envahirai une église d’aucune façon. (…) Je n’attaquerai pas le clerc ou le moine ni celui qui marche avec eux sans lance ni bouclier. (…) Je ne saisirai pas le paysan, ni la paysanne, les sergents ou les marchands ; je ne leur prendrai pas leurs deniers (…). Je n’incendierai ni n’abattrai les maisons (…). Je n’attaquerai pas les femmes nobles, ni ceux qui circuleront avec elles (…) ».
De la « paix de Dieu » aux « trêves de Dieu »
Le concile d’Arles (1037-1041) en rajoute avec la « trêve de Dieu ». Celle-ci suspend l’activité guerrière certains jours et certaines périodes de l’année, pendant les périodes les plus saintes du calendrier liturgique, sous peine d’excommunication.
Ces « trêves de Dieu » peuvent en fait être relativement étendues. Le moine bourguignon Raoul Glaber (985-1047), chroniqueur précieux de cette époque, rapporte le cas d’une trêve qui court du mercredi soir à l’aube du lundi matin : il ne reste plus beaucoup de temps aux guerriers pour régler leurs différends !
Les assemblées « pour le rétablissement de la paix et pour l’institution de la sainte foi » (Raoul Glaber) vont se renouveler dans les décennies suivantes, jusqu’au milieu du XIe siècle, dans l’ensemble de la Francie occidentale, la France actuelle, et principalement dans les provinces méridionales. Elles vont faire office de conciles dont les décisions, consignées dans des canons, s’imposeront, région par région.
Le Saint Empire (dico) va toutefois rester à l'écart de ce mouvement spirituel par le fait que son souverain est encore à peu près capable de maintenir l’ordre et la justice, selon ce que précise l’historien Georges Duby.
En suppléant aux déficiences du pouvoir laïc, l’Église va quoi qu'il en soit pacifier la chrétienté occidentale et renforcer sa cohésion sociale, e, contribuant d’une manière décisive à l’établissement d’une société de confiance, propice à l’épanouissement des individus et à l’esprit d’entreprise.
On peut voir dans ces mouvements dits de la « paix de Dieu » et de la « trêve de Dieu » les prémices du droit de la guerre et de la paix.
Aux Temps modernes, en 1625, le juriste Hugo Grotius lui donnera forme en le dégageant de ses racines chrétiennes et en l’appliquant aux relations entre les États européens. À la fin du XIXe siècle et au siècle suivant, ce droit international s’appliquera non sans difficulté à l’ensemble de la planète avec la fondation de la Croix-Rouge, les premières conventions internationales sur le droit des prisonniers, l’interdiction des armes chimiques ou encore des mines antipersonnel, la fondation de l’ONU.













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Louis-Marie Grognon de Montfai (08-12-2025 19:12:41)
CHARROUX (https://maps.app.goo.gl/aUUA47LyHS8itgqB9?g_st=ac) est à la ligne de partage des eaux entre le bassin de la Loire et celui de la Charente. A 6 heures a pied de la Vienne. Je pense que ce ... Lire la suite