11 décembre 969

Jean Tzimiscès tue l'empereur de Byzance et prend sa place

Dans la nuit du 10 au 11 décembre 969, l'empereur (ou basileus) Nicéphore II Phocas est assassiné dans son palais de Constantinople.

Le commanditaire du meurtre est le général Jean Tzimiscès. Amant de l'impératrice Théophano, il projette de l'épouser et de prendre la place de son défunt mari sur le trône.

Mais le patriarche orthodoxe Polyeucte goûte assez peu la manoeuvre. Il exige du général qu'il châtie les assassins et interdit à l'impératrice de l'épouser.

André Larané
Redoutable impératrice

Il faut dire que la jolie Théophano a de lourds antécédents. Née vers 941 sous le nom d'Anastaso dans la famille d'un cabaretier, elle a quinze ans quand elle séduit en 956 l'empereur Romain II. À peine plus âgé qu'elle, il appartient à la prestigieuse dynastie macédonienne qui est venue au pouvoir un siècle plus tôt et a magnifiquement redressé l'empire byzantin, menacé de toutes parts par des voisins hostiles.

Trois ans après le mariage de Théophano et Romain, le père de ce dernier, l'ex-empereur Constantin VII Porphyrogénète, meurt dans des conditions mystérieuses. C'était un doux homme qui n'aimait que les études et avait pour elles renoncé au trône ; il nous a laissé des ouvrages intéressants dans lesquels il fait l'Histoire et la théorie de l'État byzantin. La rumeur suspecte sa belle-fille Théophano de l'avoir empoisonné.

Le jeune Romain II, lui, est plus avide de plaisirs que de tout autre chose. Il laisse le gouvernement à sa redoutable femme.

Théophano, qui aime par-dessus tout les hommes d'action, s'attache à un premier général, Nicéphore Phocas. Le choix est excellent. Ce quadragénaire remporte des victoires sur tous les fronts. L'impératrice, en guise de récompense, lui ouvre son lit.

L'empereur Romain II meurt en 963 à 26 ans en laissant deux enfants en bas âge, Basile et Constantin. De mauvaises langues sussurent que l'impératrice et son amant ne seraient pas étrangers à sa mort brutale... Cela n'empêche pas l'armée de porter aussitôt Nicéphore Phocas sur le trône. Le nouvel empereur épouse tranquillement sa maîtresse. Six années s'écoulent avant qu'il ne soit à son tour assassiné par un alter ego aussi brillant sur les champs de bataille (et au lit ?), le général Jean Tzimiscès (44 ans).

Nicéphore Phocas périt juste après que ses armées aient repris Antioche aux musulmans, Antioche, la « ville de Dieu », prestigieux siège du patriarcat chrétien de Syrie (29 octobre 969).

L'empire en de bonnes mains

Le meurtrier monte donc sur le trône sous le nom de Jean 1er Tzimiscès. À défaut de Théophano, il épouse sa tante, la princesse Théodora, fille de Constantin VII et soeur de l'ancien empereur Romain II. Il prend aussi sous sa protection les deux fils de celui-ci mais exile leur mère Théophano dont il a quelque raison de se méfier.

Avec énergie, Jean 1er poursuit le redressement de l'empire byzantin. Il réprime la sédition de Bardas Phocas, neveu de feu Nicéphore Phocas. Bardas fomente un soulèvement en Asie mineure et se proclame empereur. Mais, battu, il doit se soumettre à son rival.

À la tête de ses troupes, Jean 1er Tzimiscès annexe par ailleurs la Bulgarie orientale et, passant en Asie, reprend aux musulmans la Syrie et presque toute la Palestine à l'exception de Jérusalem.

Juste retour des choses, il est en définitive empoisonné le 10 janvier 976 à l'initiative des deux fils de Romain II. Ces derniers lui succèdent ensemble sous les noms de Constantin VIII et Basile II, le premier laissant à son frère la réalité du pouvoir. Basile II va poursuivre avec brio les actions militaires de ses deux prédécesseurs et notamment soumettre les Bulgares au prix d'une brutalité inouïe. D'où son surnom de Bulgaroctone (le « tueur de Bulgares »).

L'amour toujours

C'est ainsi que l'empire byzantin a pu atteindre son apogée avec les généraux et amants de Théophano ainsi qu'avec son fils Basile II. La chrétienté occidentale, plus affaiblie que jamais par l'effondrement de la dynastie fondée par Charlemagne, regarde avec envie du côté de Byzance.

Otton, un duc de Saxe énergique, fonde une nouvelle dynastie à prétention impériale. Il restaure en 962 un empire d'Occident. Le nouvel empereur aspire dès lors à se rapprocher de son alter ego oriental. Après l'avènement de Jean 1er Tzimiscès, il envoie une ambassade à celui-ci en vue d'obtenir la main d'une princesse byzantine pour son fils et héritier, le futur Otton II.

Jean 1er Tzimiscès lui livre sa propre nièce, nommée Théophano, qui a 12 ou 13 ans. Le choix déçoit quelque peu Otton 1er car la princesse n'est pas « porphyrogénète »  : elle n'est pas née dans la chambre de pourpre du palais, autrement dit n'est pas d'ascendance impériale.

Le mariage est néanmoins célébré dans la basilique Saint-Pierre du Vatican, à Rome, le jour de Pâques 972. Il n'aboutira pas à la fusion entre Orient et Occident à laquelle certains ont pu rêver. Il n'en sera pas moins fructueux...

Théophano introduira la culture byzantine au palais d'Aix-la-Chapelle, résidence des empereurs d'Occident. Elle tiendra avec honneur son rang au côté de son mari, l'empereur Otton II, et surtout élèvera son fils, le futur Otton III, dans la conscience aiguë de ses devoirs.

Publié ou mis à jour le : 2019-12-02 17:26:02

 
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