À l'automne 79, une violente éruption du Vésuve provoque l'enfouissement de la riche cité romaine de Pompéi sous une pluie de cendres volcaniques. Le même jour, le port voisin d'Herculanum, à l'habitat plus populaire, est écrasé, lui, sous une coulée de roches et de laves.
Pompéi disparaît sous 6 mètres de lapilli (fines particules de roches volcaniques) et Herculanum sous 16 mètres de boues. Sorties de l'oubli 1700 ans plus tard, ces deux cités nous ont permis, grâce à leur malheur soudain, de connaître la civilisation romaine à son apogée avec autant de précision que si elle s'était éteinte hier.
Un volcan que l'on croyait éteint
Le site de Pompéi, au nord de l'actuelle baie de Naples, en Campanie, fut le siège d'une ville dès le VIe siècle av. J.-C. Occupée par une tribu appelée Osques, elle passa sous domination grecque puis étrusque avant de devenir colonie romaine vers 80 av. J.-C.
La cité était dominée par la silhouette acérée du Vésuve. Sa précédente éruption remontait à 3 500 ans av. J.-C. et n'avait laissé aucun souvenir dans la mémoire des hommes. Aussi les Romains ne savaient-ils même pas que la montagne fertile dominant la baie de Naples était un volcan !
Pourtant, une alerte avait eu lieu le 5 février de l'an 62, sous le règne de l'empereur Néron. Elle s'était traduite par un violent tremblement de terre qui avait détruit une première fois Pompéi.
Sans attendre, les riches propriétaires avaient reconstruit les superbes demeures décorées de fresques, de statues, de mosaïques et de fontaines, où ils venaient se reposer des turbulences de la vie romaine.
Pompéi était alors redevenu le rendez-vous des Romains fortunés et leur offrait tous les plaisirs et le luxe qu'ils pouvaient souhaiter...
Une surprise de taille
La reconstruction était à peine terminée que le volcan se réveilla pour de bon en l'an 79 de notre ère, sous le règne de Titus, celui-là même qui écrasa avec son père une révolte juive.
En une heure, le volcan propulsa dans l'atmosphère un énorme nuage de cendres brûlantes en forme de pin parasol. À plusieurs kilomètres de hauteur, ces cendres d'un total de plusieurs millions de tonnes se refroidirent et retombèrent sous forme de poussières et de pierres ponce sur Pompéi. On parle de nuées ardentes.
Sur les 10 000 à 20 000 habitants que devait compter Pompéi, on en a retrouvé à ce jour 2 000 qui ont succombé par asphyxie. Habitués aux tremblements de terre mais ignorant tout du volcanisme, ils avaient négligé de fuir quand il en était encore temps.
Quelques heures plus tard, une coulée composée de roches en fusion et de cendres, dite pyroclastique, dévale la pente du Vésuve et carbonise instantanément Herculanum et ses habitants. On retrouvera deux mille ans plus tard des débris de squelettes. Au total, en près de 24 heures, le Vésuve entraîne la mort de plusieurs milliers de personnes dans les villes et les campagnes du golfe de Naples.
Pline l'Ancien est un savant connu pour une gigantesque Histoire naturelle en 37 volumes (on lui doit aussi cette critique des excès gastronomiques de ses concitoyens : « Un cuisinier coûte plus cher qu'un triomphe »). Au moment de la catastrophe, il commande la flotte romaine qui mouille à Misène. Mû par la curiosité scientifique et par un sentiment d'humanité, il meurt asphyxié sur la plage de Stabies après avoir tenté avec ses navires d'apporter de l'aide à des habitants.
À Misène, à la pointe nord du golfe de Naples, son neveu, un jeune homme de 17 ans, Pline le Jeune, assiste à l'éruption. Il en rédigera trente ans plus tard le compte-rendu détaillé dans deux lettres à l'historien Tacite, sans oublier de mentionner le courage de son oncle. Il écrit : L'éruption du Vésuve est décrite en détail dans deux lettres que Pline le Jeune adresse à l'historien Tacite : « Aux environs de la septième heure [13 heures], apparaît un nuage d'une grandeur et d'une apparence extraordinaires (...) qui par son aspect et sa forme rappelait un arbre et plus précisément un pin. (...) Et il tombait de la pierre ponce et des cailloux noircis, brûlés et pulvérisés par le feu. »
Les vulcanologues donneront bien plus tard le qualificatif de plinéen à une éruption volcanique comme celle qu'il a décrite.
On a longtemps pensé que l'éruption du Vésuve s'était produite le 24 août 79, neuvième jour avant les calendes de septembre dans le calendrier romain, en se référant aux lettres de Pline le Jeune. Mais au fil de leurs découvertes, les archéologues ont fini par en douter. Sur le lieu de la catastrophe, les restes de fruits et de raisins plaidaient pour une date plus tardive. La découverte d'un graffiti en 2018 leur a finalement donné raison.
L'erreur initiale vient sans doute d'une mauvaise transcription des lettres de Pline au Moyen Âge. Plus récemment, la découverte d'un nouveau manuscrit permet de pencher vers la date du 24 octobre 79, soit le neuvième jour avant les calendes de novembre. Cette date mérite d'être retenue car très vraisemblable.
Mode posthume
La disparition de Pompéi et d'Herculanum est une tragédie humaine comme on en voit hélas à toutes les époques et sur tous les continents. Si elle a gardé une place à part dans l'Histoire, c'est qu'elle s'est avérée être une bénédiction pour les archéologues et les artistes des temps modernes.
L'éruption du Vésuve et les villes martyres sont tombées dans l'oubli pendant plusieurs siècles. Puis, au XVIIIe siècle, des paysans, en poussant leur charrue, sortent de terre des vestiges antiques. Ceux-ci suscitent la curiosité du prince d'Elbeuf, un noble de la cour des Habsbourg.
Le prince dirige en 1710 une campagne de fouilles sur ce qui s'avèrera être l'amphithéâtre d'Herculanum et extrait trois belles statues féminines de marbre. Il en fait don à son cousin, le prince Eugène de Savoie. Ce premier acte de pillage va être suivi de nombreux autres jusqu'à ce que les autorités napolitaines interdisent l'exportation des vestiges.
À la fin du XVIIIe siècle, sous le règne du falot Ferdinand VII et de sa brillante épouse Marie-Caroline de Habsbourg, le site de Pompéi devient une destination à la mode pour les nobles de toute l'Europe comme pour les savants.
Les trésors de l'empire romain recueillis à Pompéi deviennent une source d'inspiration pour les décorateurs et les artistes qui inauguren en France les styles Directoire et Empire. Ainsi le sculpteur Canova a-t-il réalisé dans le style antique la statue de Pauline Bonaparte nue que l'on peut voir à la villa Borghèse, à Rome.
Bénéfices d'une tragédie
À la fin du XVIIIe siècle, des archéologues amateurs commencent à excaver avec plus ou moins de précautions les traces presque intactes de la vie quotidienne des riches Romains, faisant de Pompéi le premier et le plus grand de tous les chantiers archéologiques.
On s'aperçoit bientôt que les meubles et les corps ensevelis sous les cendres chaudes ont laissé la place à des cavités vides en se décomposant.
Dans les années 1860, l'archéologue Giuseppe Fiorelli a alors l'idée d'injecter du plâtre dans ces cavités de façon à restituer la forme des disparus. D'où ces moulages saisissants des habitants de Pompéi figés dans l'attitude où la mort les a surpris.
À ce jour, les deux tiers des 66 hectares occupés par la Pompéi antique ont été déjà excavés. À cela s'ajoutent les fouilles d'Herculanum. On peut aujourd'hui visiter les ruines de ces deux villes et y retrouver le souvenir de l'ancienne Rome. Il est important de compléter la visite par le musée archéologique de Naples, qui abrite plus d'un million d'objets retrouvés sur les sites.
Reste à souhaiter qu'aucune éruption ne vienne à nouveau recouvrir les sites (la dernière éruption remonte au 17 mars 1944 et la précédente au 26 avril 1872)... D'aucuns pensent toutefois que le plus grand danger qui les menace aujourd'hui tient à la crise économique et au manque de ressources du gouvernement italien.










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Michael (24-08-2025 09:11:36)
Il semble que Pompéi permette l’observation de la transformation de la société romaine à la fin de la République. Qu’on m’entende, je veux dire que la rivalité entre dynasties patriciennes consulaires, qui caractérise les conquêtes de la République, se prolonge jusqu’à l’année des Quatre Empereurs, les stratégies d’adoption se substituant à celles pour l’accession au Consulat puis au juteux Proconsulat. Ainsi, après Auguste, le pouvoir repasse à ces increvables Claudii (qui avaient même fabriqué un rameau plébéien, les Clodii, pour rafler la fonction de Tribun de la Plèbe), avant de passer aux Domitii, aux Sulpicii… L’avènement de Vespasien, sous une apparente continuité d’empereurs, est une césure aussi importante que celle de Constantin. Ce seront les institutions monarchiques ultérieures qui reclasseront la période julio-claudienne en Empire, alors que l’expression «?Dictature républicaine?» serait sans doute plus pertinente.
Ainsi, dans cette société en pleine transformation, dont la Maison d'Or de Néron est un signe annonciateur, Pompéi est comme un autre Satyricon, partiel comme lui car pillé dès l’année de la destruction pour récupérer tout ce qui dépassait de la lave, sang de San Gennaro à nouveau figé.
Après la première destruction de 62, les aristocrates de la jet set qui y demeuraient semblent avoir déserté la ville, ce qui a permis à une classe marchande de récupérer des propriétés et de les convertir en business. Les fameux Vetti semblent avoir été de ceux-ci, d’où l’étrange absence du tablinium dans la maison éponyme, dont la restauration interminable a été achevée il y a quelques années et dont les harmonies audacieuses de couleurs, presque fluo, frappent dans le contexte des autres demeures restées en l’état. La Villa San Marco, sur les hauteurs de Stabie, est dite leur avoir appartenu, et ils semblent l'avoir transformée en une espèce de clinique (un énorme bassin profond dans une des anciennes pièces des thermes privés, une piscine de natation dans le portique). La maison de Julia Felix aussi devient un palace pour recevoir de riches voyageurs, clientèle nouvelle dans cette nouvelle société, où le voyageur aristocratique n'est plus contraint de solliciter l'hospitalité d'un pair, un peu comme le cuisinier de grand seigneur qui ouvre un restaurant à la Révolution.
Dans cette Pompéi de transition, à la décoration bucolique et mythologique et à ses aspirations paysannes et lettrées, s’ajoute un monde exotique et mystique qu’explique la proximité de l’internationale Pouzzoles, le Rotterdam de l’Occident à cette époque. Il est significatif que le seul palais hellénistique qui puisse évoquer pour nous les palais de Cléopâtre à Alexandrie, ou ceux d’Antioche et de Pergame, soit cette archaïque Maison du Faune, avec cette gigantesque mosaïque de la Bataille d’Alexandre, qui semble jouer le même rôle que les portraits de Napoléon III et d’Eugénie vers lesquels on monte au palais de Las Dueñas de Séville : signifier la généalogie du maître de maison.
Quelle émotion, aussi, que de déambuler dans ce «?Pompéi de la muséographie?» que sont les salles du tout premier musée archéologique du monde, dans ce palais délaissé de Portici, et de contempler le golfe en rêvant aux orangers et citronniers disparus, qui couraient le long de la mer dans un Mile d’Or.
Yann Darko (24-08-2018 11:44:03)
Pour séjourner dans l'antique Pompéi, ne manquez pas de lire Arria Marcella, une nouvelle onirique de Théophile Gautier.
ding (06-08-2018 12:42:58)
je voudrais vous demander de me répondre pourquoi l'article - 24 août 79 Disparition de Pompéi - ne peut être ouvert complètement après avoir cliqué lire la suite.
Andolfi (18-12-2016 12:22:45)
Grands-parents originaires d'Herculanum, j'y ai visité les ruines et celles de Pompéi. Elles sont tellement vivantes que je me suis senti mal à l'aise, indisposé au point d'écourter le parcours et de quitter ces lieux fantastiques.
Jean-Claude LOPEZ (28-01-2016 21:23:00)
Il faut compléter la visite du site de Pompéi par celle du musée archéologique de Naples où sont accumulées les richesses culturelles de la ville...sa visite m'a laissé des souvenirs extraordinaires. faites vous conduire en taxi car la circulation automobile dans Naples tient du stock car.
ET (27-12-2015 12:41:08)
Selon le guide, la date du 24 août ne serait plus reconnue. Demeure une site exceptionnel et une ville plaisante. La visite d'Herculanum complète heureusement. Le travail fait est gigantesque, et il en reste.
Merci de cet article synthétique et introductif.
JANY (20-12-2015 22:39:39)
J'ai visité Naples et le site de Pompéï au printemps dernier, vraiment magnifique, j'ai pu ramasser une pierre ponce, je la garde en souvenir de ce lieu magique...pour ma part, j'ai trouvé que le site était très bien signalé, bien sûr quelques secteurs encore en chantier et interdit au public, le manque de finances se fait sentir mais la magie reste là !!
Benoit de BIEN (28-11-2014 16:21:10)
Je viens d'avoir visité Pompéi en septembre dernier. Effrayant le laisser aller qu'on y constate ou plus précisément le manque de moyens réservés à un tel site pourtant exceptionnel à tous égards : rues et lieux fermés, signalisation défectueuse, à mi-journée il n"t a plus un plan du site à trouver etc.. c'est dramatique;
Jed_fr (24-08-2014 18:42:41)
Ai visité Pompéi au mois de mai.Site très étendu , plusieurs endroits non visita les (restauration en cours) mais extrêmement prenant (même le lupanar ...!!!)
Visite recommandée très tôt le matin, a l.ouverture, vous découvrez l.immensite du site "vierge"
( Camping avec chambres juste en face du site)
Globalement très impressionnant.
Etienne
ygrecque (09-06-2013 14:21:15)
A lire aussi "Arria Marcella, souvenir de Pompéi" de Théophile Gautier, évocation poétique et idéalisée, mais documentation scientifique, de lecture si agréable
Gulike (23-08-2012 16:11:54)
Pour compléter cet article, vous pouvez vous procurer le docu-fiction en DVD "Le dernier jour de Pompéi" de Rachel Atkins... C'est passionnant !
requin9 (12-08-2009 02:46:49)
Les fresques de la maison des Vitelli sont extraordinaires, chef d'oeuvres de la peinture ancienne. Particulèrement celle d'une jeune fille cueillant une fleur. Quelque'un a dit qu'elle fut tissé avec vapeur d'eau et nuages.
Simon Singer (22-09-2007 03:00:30)
In der Kürze liegt die Würze (allemand, "Soyez concis!") Excellente présentation, travail soigné, site agréable. Merci
Simon Singer (22-09-2007 02:52:27)
Bien sûr, j'abonde dans le sens de mes prédécesseurs, avec un compliment particulier pour la présentation soignée, les couleurs agréables, qui permettent une lecture reposante. Comme j'aimerais pouvoir faire davantage! Mes forces physiques ne me permettent pas beaucoup d'activité, mais cette nuit je suis heureux d'ajouter mon grain de sel aux louanges.