27 juillet 754

Pépin le Bref est sacré roi des Francs

Le 27 juillet 754, dans la basilique de Saint-Denis, au nord de Paris, le pape Étienne II sacre Pépin le Bref. Il lui confère les titres de roi des Francs et de Patrice des Romains (« Patricius Romanorum »).

Les fils et héritiers de Pépin, Carloman et Charles (futur Charlemagne), sont aussi sacrés par la même occasion (ils succèderont conjointement à leur père quatorze ans plus tard). Leur mère, Bertrade ou Berthe, n'est pas oubliée. Elle est bénie par le souverain pontife. Pendant le millénaire qui va suivre, tous les souverains de France vont se réclamer de cette cérémonie et se faire sacrer à leur avènement selon le même rituel.

André Larané
Pépin le Bref est couronné à Soissons par saint Boniface (Musée des Arts décoratifs, Paris)
De Pépin le Bref à Charlemagne

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De Pépin le Bref à Charlemagne (réalisation : Alain Houot)
Au VIIIe siècle, les Pippinides rénovent l'ancien royaume des Francs de Clovis, qui s'étendait des Pyrénées à la Rhénanie. Ils l'étendent jusqu'à l'Èbre (Espagne), l'Elbe (Allemagne) et le Tibre (Italie).

Charlemagne, successeur de Pépin le Bref, parachève son oeuvre. Sans en avoir conscience, il engendre dans la douleur un monde nouveau, tourné vers la mer du Nord, appuyé sur l'Église de Rome et dirigé par une noblesse guerrière unie par un vigoureux réseau de liens familiaux et vassaliques.

Naissance d'une dynastie

Pépin III, surnommé le Bref sans doute en raison de sa petite taille, est issu d'une puissante famille franque d'Austrasie (l'Est de la France et de la Belgique). Né à Jupille, près de Liège, il est le fils cadet de Charles Martel, maire ou « majordome » du palais royal et véritable chef des Francs.

Ayant réuni les Francs d'entre Loire et Rhin sous son autorité, Charles Martel gouverne en laissant dans l'ombre le roi en titre, lointain descendant de Clovis. Dans les dernières années de sa vie, il ne se soucie d'ailleurs pas de désigner un successeur au roi Thierry IV, lorsque celui-ci vient à mourir.

Quand lui-même meurt en 741, ses deux fils Carloman et Pépin le Bref héritent ensemble de la charge de maire et se partagent les territoires francs. Ils font couronner pour la forme un dernier roi mérovingien, Childéric III. Peu après, Carloman renonce au pouvoir et se retire dans un monastère, laissant à son cadet Pépin le Bref la totalité du pouvoir.

Les principaux seigneurs de Francie occidentale (la France du nord), qui en ont assez des descendants de Clovis, offrent la couronne à Pépin. Ils le proclament roi des Francs à Soissons, sur le champ de mai (un lieu de réunion communautaire) en 751. L'archevêque de Mayence, l'illustre Boniface, évangélisateur de la Germanie, donne l'onction au nouveau roi en marquant son front avec de l'huile sainte (le Saint-Chrême).

Les évêques du royaume confirment l'élection par un couronnement et le pape Zacharie, de Rome, donne son assentiment au changement de dynastie : « Il vaut mieux appeler roi celui qui a plutôt que celui qui n'a pas le pouvoir », dit-il en substance. Le transfert se passe sans effusion de sang. Le malheureux Childéric III est déposé et tonsuré (il perd les cheveux longs, signe de pouvoir chez les Francs !). Il va finir ses jours au monastère de Saint-Bertin, près de Saint-Omer.

Un sacre pontifical

Les choses prennent un tour inédit avec l'intervention directe du Saint-Siège dans les affaires dynastiques du principal peuple d'Occident. C'est que le nouveau pape Étienne II est menacé par le roi des Lombards Athaulf (ou Aistulf), un barbare mal dégrossi qui occupe l'Italie à l'exception de Rome.

Le protecteur habituel de l'Église est l'empereur byzantin qui règne à Constantinople sur l'empire romain d'Orient. Mais celui-ci est en mauvaise posture et nullement en mesure de secourir le malheureux pape. Dans ces conditions, Étienne II se résout à traverser les Alpes pour solliciter l'aide du roi des Francs. C'est la première fois qu'un pape entreprend pareil voyage. Il n'a pas d'autre choix.

Le 6 janvier 754, au palais de Ponthion, au sud de la Champagne, le roi Pépin vient au-devant du pape et, avec déférence, prend la bride de son cheval. Habile politique, il reproduit de la sorte le geste d'allégeance de l'empereur Constantin le Grand à l'égard du pape Sylvestre 1er.

Le 14 avril suivant, à Quierzy-sur-Oise, au nord de Paris, Pépin s'engage à offrir au pape un domaine assez grand pour le mettre à l'abri de toute agression et lui reconnaît une pleine souveraineté sur l'Italie centrale et la région de Rome, les futurs États pontificaux...

Une donation embarrassante

La donation de Pépin au Saint-Siège, renouvelée par son fils et successeur Charles (futur Charlemagne) pose problème car les territoires en question relèvent virtuellement de l'empereur de Constantinople ! L'administration pippinide ou carolingienne lève l'obstacle en produisant vers 778 ou 800 un document apocryphe, sans doute le faux le plus célèbre du Moyen Âge : la « donation de Constantin ».

Ce document est présenté comme une convention entre le premier empereur chrétien, Constantin le Grand, et le pape Sylvestre 1er, d'où il ressort que l'empereur aurait concédé au pape une pleine souveraineté sur Rome, l'Italie et les régions occidentales, au moment de quitter Rome pour Byzance, sa nouvelle capitale !

L'accord conclu, le pape gagne l'abbaye de Saint-Denis, que mille liens affectifs rattachent à Pépin et à sa famille, et renouvelle avec éclat le sacre de 751.

Dès l'année suivante, Pépin III traverse les Alpes dans l'autre sens pour combattre Athaulf. Victorieux, il lui enlève l'exarchat de Ravenne, qu'il remet au pape en complément du duché de Rome. C'est le noyau des futurs États pontificaux.

La papauté se détourne de Byzance

Souverain séculier d'un assez vaste territoire, le pape se démarque des autres évêques et devient le chef de l'église d'Occident.

Il prend ses distances avec l'empereur qui règne à Byzance et s'en remet pour sa sécurité aux souverains francs. C'est le début d'une longue collaboration, souvent orageuse, avec les Carolingiens et leurs lointains héritiers du Saint Empire romain germanique. À la fin du XIXe siècle, les militants anticléricaux dénonceront dans cette collaboration « l'alliance du sabre et du goupillon » (le goupillon est un instrument avec lequel on asperge les fidèles d'eau bénite).

La montée en puissance du Saint-Siège inaugure par ailleurs une succession de dissensions avec l'empereur byzantin et le patriarcat de Constantinople qui va se clore par la bulle d'excommunication de 1054 et le sac de Constantinople de 1204, consacrant la rupture entre les chrétiens orthodoxes d'Orient et les chrétiens catholiques d'Occident.

Publié ou mis à jour le : 2019-07-11 12:52:06

 
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