La bataille de la rivière Talas, en Asie centrale, voit s’opposer l’empire islamique des Abbassides à la Chine des Tang le 10 juillet 751. Méconnue, elle revêt pourtant une importance stratégique et culturelle capitale.
Talas est une collision entre deux des plus grandes civilisations de leur temps et correspond au point d’expansion maximale de ces deux empires.
Suite à la victoire des Arabes, l’islam va ainsi se diffuser progressivement dans toute l’Asie centrale et jusque dans la région du Xinjiang, où vivent toujours les Ouïghours, minorité ethnique musulmane...
Un heurt entre deux géants
Talas constitue un point de rencontre entre deux expansionnismes. D’un côté, sous l’impulsion de l’empereur Daizong, la Chine s’étend en Asie centrale où elle proclame sa souveraineté sur une multitude de cités-États sogdiennes contraintes de lui verser un tribut. L’enjeu est moins politique qu’économique, la Chine souhaitant prendre le contrôle des 1600 km de la route de la soie.
Récemment islamisés, les Arabes sont quant à eux en plein essor et s’emparent du Moyen-Orient en 645 puis du Maghreb en 711, avant de poursuivre vers l’Est. Samarkand est ainsi prise en 710. En 750, As-Saffah, fondateur de la dynastie des Abbassides, renverse le sultan Umayyade à la bataille de Grand Zab (actuel Irak), et le remplace sur le trône. Afin d’assoir sa légitimité, il envoie des troupes prolonger les conquêtes aux quatre coins de l’empire.
Presque accidentelle, la rencontre entre les puissantes civilisations chinoise et islamique tient avant tout à la demande de protection des cités-États vassales sogdiennes menacées par l’expansion abbasside. La Chine finit par envoyer en 747 le général Goa Xianzhi. Ce dernier en profite pour s’emparer de Tachkent en 750. Il y fait décapiter le roi Chebishi, qui refusait le paiement du tribut à la Chine. Le fils de Chebishi, révolté, fait alors appel aux Arabes.
Une défection décisive
Les deux armées se rencontrent aux abords de la rivière Talas, dans l’actuel Kazakhstan. L’armée arabe dirigée par Ziyad ben Salih aligne 30 000 hommes, grâce au soutien des Turcs et des Tibétains, ennemis de longue date des Tang ; l’armée chinoise 60 000. Les deux tiers de l’armée chinoises sont composés de mercenaires karlouks, une tribu nomade d’Asie centrale. Les soldats s’affrontent cinq jours durant sous une chaleur suffocante. Bien que les Tang marquent un léger avantage au début, les deux armées donnent à voir des tactiques et une puissance similaire.
L’issue de la bataille reposera finalement sur un renversement d’alliance : les Karlouks se retournent contre les Tang en rejoignant les Abbassides. Xianzhi comprend qu’il lui est impossible d’affronter ces deux adversaires simultanément et s’enfuit, avec la ferme intention de préparer la revanche. Il ne l’obtiendra jamais : en effet, en 755, An Lushan mène une révolte en Chine et parvient à s’emparer de Chang’an, la capitale Tang. Dès lors, Xianzhi reçoit l’ordre de rentrer de toute urgence d’Asie centrale.
Une victoire avant tout culturelle
Talas est ainsi une victoire arabe, qui présente cependant un paradoxe. Elle marque le paroxysme de l’expansion islamique en Asie, tout comme elle signe la fin des conquêtes islamiques dans cette région. Les Abbassides ne profitent en fait que peu de cette victoire, devant rentrer soutenir la très jeune dynastie.
Doit-on alors qualifier Talas de victoire sans lendemain pour les Abbassides ? Militairement, sans doute. Cependant, Talas a fortement contribué à l’islamisation de l’Asie aux dépens de l’influence chinoise, et ce de manière directe mais aussi indirecte. En effet, les Arabes font de nombreux prisonniers à Talas, qu’ils ramènent à Samarkand. Là-bas, ils leur extorquent le secret de la fabrication du papier (dico), conscient de l’intérêt majeur de cette ressource pour diffuser le Coran à grande échelle. A raison : cette révolution du papier fut un support majeur de l’âge d’or islamique.













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