25 mars 2015

L'armée séoudienne intervient au Yémen

Le 25 mars 2015, l'aviation séoudienne est intervenue brutalement dans la guerre civile qui ravage le Yémen voisin.

Sanaa, capitale du nord-Yémen (DR)Comme s'il n'y avait pas assez avec la guerre larvée en Afghanistan et le chaos en Syrie et Irak, voilà que ce pays autrefois qualifié d'« Arabie heureuse » est entré à son tour dans la danse macabre moyen-orientale.

Presque aussi vaste que la France, mais semi-désertique et très pauvre, peuplé d'environ 25 millions d'habitants, avec une fécondité encore très élevée (4,9 enfants par femme en 2013), le Yémen constitue un agrégat instable de tribus jalouses de leur indépendance, assez semblable de ce point de vue à l'Afghanistan.

Facteur aggravant : le Yémen souffre de la rivalité entre Sanaa, la capitale historique, située au cœur des montagnes, à 2250 mètres d'altitude, et Aden, le port cosmopolite ouvert sur l'océan Indien.

Aden, capitale du Yémen du sud (DR)Les montagnards appartiennent au zaydisme, une branche de l'islam chiite, tandis que les habitants du littoral sont sunnites comme la grande majorité des autres Arabes.

Les zaydites (40% de la population totale) sont présentés par les Séoudiens comme proches des chiites iraniens. Dans les faits, ils constituent une branche marginale et périphérique du chiisme plus proche des sunnites traditionnels que des chiites duodécimains (Iraniens) ou ismaéliens. Ils n'en souffrent pas moins d'être qualifiés de mécréants, au même titre que les Iraniens, par les sunnites.

André Larané
Exhibition de combattants yéménites vers 1960

Fragile union

Le Yémen fut nominalement soumis à l'empire ottoman pendant les cinq derniers siècles, à l'exception du port d'Aden et de son arrière-pays, que l'Angleterre acheta au sultan de Lahej le 19 janvier 1839 en vue de sécuriser la route des Indes. Elle l'occupa jusqu'en 1967. À cette date, la région d'Aden devint une république pro-soviétique. La région de Sanaa, dans les montagnes du nord, était quant à elle devenue un royaume à la chute de l'empire ottoman en 1918, puis une république pro-occidentale en 1962.

Ali abdallah Saleh, président du Yémen (21 mars 1947 ; 4 décembre 2017)Dans les années 1950, le dirigeant égyptien Nasser et le roi Ibn Séoud gaspillèrent en vain leurs forces en s'immisçant dans les querelles entre Yéménites du nord et du sud. La République arabe du Yémen (Nord) et la République démocratique et populaire du Yémen (Sud) fusionnèrent le 22 mai 1990 pour former la République du Yémen (capitale : Sanaa).

Ali Abdallah Saleh, déjà président du nord depuis 1978, fut élu à la présidence du nouvel État mais l'union ne fut jamais que de façade...

Enjeux tribaux, enjeux planétaires

Dans l'année qui suivit l'union, le gouvernement et le peuple yéménites prirent fait et cause pour l'Irak de Saddam Hussein dans son conflit avec le Koweit. Mal leur en prit. L'Arabie séoudite expulsa 800 000 travailleurs yéménites et les États-Unis coupèrent les crédits du nouvel État. Le président Saleh se le tint pour dit. Dix ans plus tard, il prit sans équivoque le parti des États-Unis de George Bush Jr dans sa guerre contre al-Qaida.

Hussein Badreddine al-Houthi (1956 ; 10 septembre 2004)Entretemps, en 1997, la révolution islamique iranienne avait inspiré au Yémen la formation d'un mouvement clandestin zaydite, les Jeunes Croyants, à l'initiative du député Hussein Badreddine al-Houthi (41 ans), qui lui-même se proclama emir al mouminine (« commandeur des croyants »). Al-Houthi et ses partisans réclamèrent du président, lui-même zaydite, l'application stricte de la loi islamique, en particulier dans les écoles.

Après 2001, ne supportant pas de voir des instructeurs américains épauler l'armée yéménite dans la traque des militants d'al-Qaida, les zaydites rejoignirent en masse les houthistes et ceux-ci se rebellèrent ouvertement contre le gouvernement de Sanaa. Retranché dans les montagnes de Maran, au nord de Sanaa, avec 3000 de ses partisans, al-Houthi succomba à l'assaut des troupes gouvernementales le 10 septembre 2004. 

La guerre ne faisait que commencer et elle allait très vite s'internationaliser. 

L'« hiver yéménite »

Soupçonnant l'Iran de fournir des armes aux houthistes, les Séoudiens effectuent dès 2009 de premières frappes aériennes sur le pays. Ils prennent le risque de s'enliser avec une armée à la réputation déplorable, aussi peu combattive que cruelle.

Combattants houthistes (DR)Deux ans plus tard, le « printemps arabe » rebat les cartes. À l'issue d'un fragile accord entre les parties,  le président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 1990,  cède son poste et les élections amènent le vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi à le remplacer.

Celui-ci tente d'introduire un système fédéral avec six États à la manière étasunienne mais le projet est rejeté par les houthistes qui réclament un État autonome. Profitant de l'anarchie ambiante, al-Qaida en profite pour se renforcer parmi les tribus sunnites de la côte.

Faisant fi des attaques aveugles des drones américains (avions sans pilote), les rebelles houthistes s'emparent de la capitale, Sanaa, le 21 septembre 2014 et en chassent le président... Ils entrent aussi le 25 mars 2015 à Aden, le grand port du pays. C'en est trop pour Riyad.

Le roi Salmane (79 ans), qui a succédé le 23 janvier 2015 à son demi-frère Abdallah (91 ans), craint non sans raison la mainmise de l'Iran sur le Yémen et l'encerclement de son propre royaume. Sans en référer à son allié américain, il prend le risque avec son fils Mohammed Ibn Salmane al Séoud (29 ans) d'intervenir à nouveau dans le conflit.  C'est ainsi que l'aviation séoudienne (appareils français, pilotes pakistanais) prend le relais des drones américains et commence de bombarder les environs de Sanaa.

À Sanaa même, les houthistes affrontent les partisans de l'ancien président Ali Abdallah Saleh et en viennent à tuer celui-ci le 4 décembre 2017.

Les populations yéménites entrent dans l'hiver. Massacres, famines et pour corser le tout, pandémie de covid-19.

Scène de guerre au Yémen, DR

Publié ou mis à jour le : 2020-08-25 08:05:08

 
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