5 juin 2014

L'État islamique (Daech) entre en action

La guerre civile en Syrie et l'effondrement de l'État irakien suite à l'invasion américaine ont conduit à la coagulation de différentes factions islamistes sous l'étiquette État islamique en Irak et au Levant (Daech ou Daesh en arabe). La nouvelle entité a bénéficié au moins à ses débuts du soutien actif du Quatar et de l'Arabie séoudite. Les familles régnantes de ces deux autocraties professent en effet une idéologie religieuse, le wahhabisme, très semblable à l'islamisme radical de Daech.

C'est ainsi que l'État islamique a pu entrer en action de façon spectaculaire au printemps 2014. En quelques semaines, il s'est emparé des zones semi-désertiques aux confins de la Syrie et de l'Irak et surtout, les 10 et 11 juin 2014, des villes de Mossoul et Tikrit, à population majoritairement kurde.

Les peshmergas kurdes ont profité de la déconfiture de l'armée irakienne pour s'emparer de Kirkouk mais très vite le Kurdistan autonome d'Irak s'est vu lui-même assiégé par l'État islamique.

La construction d'un État improbable

Abou Bakr el-Baghdadi, chef de DaeshLe 29 juin 2014, le chef de Daech, Abou Bakr el-Baghdadi, se proclame calife. Il affiche ainsi sa volonté de bâtir un État territorial sur les ruines du Moyen-Orient, à la différence d'Al-Qaida, qui privilégiait la guerre contre l'Occident impie.

Le Quatar et l'Arabie s'inquiétèrent alors de ses ambitions territoriales et apportèrent leur soutien aux Occidentaux qui, le 8 août 2014, commencèrent à bombarder les positions de Daech.

Privé, semble-t-il, des aides financières venues du Golfe Persique, l'organisation islamiste les compensa grâce à la contrebande du pétrole local, via la Turquie, et au trafic d'oeuvres d'art. Elle taxa aussi les populations soumises à son autorité.

Ces revenus inattendus lui permirent de s'approvisionner en armes lourdes auprès des déserteurs de l'armée irakienne, notamment en chars dernier cri fournis par les États-Unis !  Ainsi se mirent en place un embryon d'administration fiscale et une armée.

L'horreur absolue

Finalement acculé par la coalition occidentale, Daech redoubla de violence. L'organisation reçut le soutien de plusieurs milliers de jeunes Européens désaxés, fils d'immigrés musulmans ou convertis. Elle diffusa des vidéos de décapitations d'otages et de prisonniers.

Le 3 août 2014, elle s'empara de Sinjar, principal bastion des yézidis, une communauté de langue kurde qui pratique une religion monothéiste vieille de quatre mille ans.

Crimes de Daesh (2014)Ce fut le début d'un calvaire aux allures de génocide pour cette communauté d'un demi-million de personnes, qui vit plusieurs milliers de jeunes femmes et jeunes filles enlevées à des fins d'esclavage sexuel.

En octobre 2014, le groupe État islamique s'en prit à la ville syrienne de Kobané, en majorité peuplée de Kurdes. Alors se révéla la duplicité du président turc Erdogan.

Il interdit aux Kurdes de Turquie de se porter au secours de leurs compatriotes de Syrie, refusa aux avions occidentaux l'accès à ses bases et laissa bienveillamment circuler les convois à destination des islamistes ; tout cela avec le secret désir que Daech épure Kobané de ses habitants kurdes, de façon à couper les Kurdes de Turquie des Kurdes d'Irak et de Syrie.

Le groupe État islamique multiplia les horreurs : décapitation de prisonniers et même crucifixion de chrétiens en place publique. Il mit en scène également la destruction du patrimoine antique. Pour lui, comme pour tous les musulmans intégristes, y compris les dirigeants wahhabites d'Arabie séoudite, l'art et le patrimoine sont maléfiques en ce qu'ils détournent de la contemplation de Dieu...

Sous la pression des rébellions de tous ordres, des armées syrienne et irakienne, des Kurdes et de leurs alliés américains, lentement, très lentement, le groupe État islamique desserra enfin son étreinte. La mort du « calife » Baghdadi puis la reprise de Rakka, sa capitale, par les Kurdes syriens et l'armée du président Assad, le 17 octobre 2017, mirent fin à son espoir de constituer un État territorial.

Mais encore aujourd'hui, les islamistes conservent une grande capacité de nuisance et aucune éclaircie n'apparaît au Moyen-Orient, où l'indépendance unilatérale du Kurdistan irakien, proclamée après le référendum du 25 septembre 2017, vient ajouter au désordre ambiant...

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2021-09-10 09:41:07

 
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