11 janvier 2013

La France intervient au Sahel

Depuis 2013, la guerre et l'insécurité ravagent le Mali et plus généralement le Sahel, la bande semi-désertique qui borde le sud du Sahara. Ce drame s'inscrit dans le prolongement de la poussée islamiste au Moyen-Orient et en Afrique du Nord mais il puise ses racines dans la rivalité pluriséculaire entre les nomades « blancs » du désert et les noirs sédentaires du sud. Il est nourri aussi par l'insondable incurie des gouvernants africains.

La France, ancienne puissance coloniale, a cru de son devoir d'engager ses troupes pour restaurer la paix, éviter une victoire islamiste et protéger l'Europe sur son flanc sud. Mais son échec paraît année après année plus probable, faute d'avoir réglé la question politique...

Alban Dignat

Combatants touaregs du mouvement Azawad à Kidal (Mali, 28 septembre 2016)

Entêtement dévastateur

Le 11 janvier 2013, au nord-est du Mali, les Touaregs et leurs alliés islamistes lancaient une offensive vers Kona et Mopti, derniers verrous avant la capitale Bamako. Cette guerre était la conséquence de plusieurs phénomènes croisés : la guerre en Libye qui a déstabilisé les populations sahariennes, le réveil des Touaregs, l'usure du pouvoir malien, le repli vers le Sahara d'islamistes chassés d'Afghanistan etc.

Appelée à l'aide par le gouvernement malien, la France n'a pas voulu se dérober. Elle a envoyé au Mali une force d'intervention rapide qui a eu vite fait d'arrêter l'invasion et de repousser les assaillants vers le nord. C'est l'opération dite Serval. Mais derrière les troupes françaises se sont engouffrés les soldats maliens, inaptes au combat mais prompts au pillage. Ils ne tardèrent pas à se venger de leurs humiliations et de leur impéritie sur les Touaregs civils, au risque de leur faire regretter les exactions des islamistes.

François Hollande, président de la République française, n'a pas osé imposer au gouvernement malien la seule mesure qui vaille : accorder aux Touaregs l'autonomie qu'ils réclament et qui pourrait les convaincre de prendre eux-mêmes en main la défense de leur territoire face aux islamistes. Guerriers du désert, habitués aux embuscades, les Touaregs auraient en effet été autrement plus qualifiés pour cette guerre que les soldats maliens issus des populations sédentaires noires du sud.

Le gouvernement malien a refusé également d'intégrer dans son armée les combattants peuls, des nomades qui vivent au sud du fleuve Niger et savent se battre tout autant que les Touaregs. Au lieu de cela, il a encouragé la formation de milices d'auto-défense, y compris dans la capitale, au risque qu'elles ne soient très vite noyautées par des islamistes. En conséquence de quoi, rejetés dans les marges, Touaregs et Peuls se sont très naturellement tournés vers les islamistes. Ils ont rejoint leurs rangs en leur apportant leur combativité...

Opération Barkhane au sud du Mali (DR)

Barkhane en voie d'enlisement

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a craint de voir le Mali et, par ricochet, l'ensemble du Sahel tomber aux mains des islamistes et des bandes mafieuses, comme la Libye voisine. Il a donc fait le choix de pérenniser l'intervention au Sahel. Le 1er août 2014, l'opération Serval a été convertie en opération Barkhane et associée aux forces militaires de cinq pays, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad.

De ces cinq pays, seul le Tchad d'Idriss Déby a une armée digne de ce nom. Elle est elle-même issue de la victoire des nomade toubous sur les noirs sédentaires du sud. Mais cette armée tchadienne est aussi de plus en plus bousculée sur son propre territoire par d'autres rébellions issues des confins nomades et de moins en moins disponible pour combattre au sein de Barkhane.

En 2020, le corps expéditionnaire français en est venu à compter 5 100 hommes. C'est beaucoup plus qu'il n'y en eut jamais à l'époque de la colonisation, quand la sécurité était assurée avec quelques poignées d'officiers et des troupes indigènes. Mais cela reste un effectif somme toute très faible pour faire face à quelques centaines ou quelques milliers de djihadistes très mobiles sur un territoire semi-désertique deux fois plus vaste que la France et dans lequel l'ennemi bénéficie de la complicité des populations.

9 août 2020 : six jeunes humanitaires français et leurs deux guides sont assassinés dans le part naturel de Kouré (Niger), DRSoixante ans après leur indépendance, le Mali mais aussi le Niger et le Burkina Faso apparaissent plus que jamais démunis avec des administrations, des armées et des économies à la merci des premiers venus. N'osant pas imposer un règlement politique, la France et l'Union européenne se contentent d'ouvrir leur carnet de chèques et d'envoyer des soldats et des humanitaires. Cette solution de facilité encourage la corruption et aggrave la déliquescence des États et de leur armée, chaque clan au pouvoir n'ayant rien de plus pressé que de s'enrichir en pillant l'aide occidentale... et quitter la place pour un exil doré en Europe.

C'est en vain que soldats et humanitaires français se dévouent, parfois au sacrifice de leur vie, pour tenter de maintenir un semblant de paix et de bien-être (note). Dans le même temps, à Bamako mais aussi à Ouagadoudou et Niamey, capitales du Burkina Faso et du Niger voisins, les manifestations se multiplient à l'instigation des islamistes pour dénoncer la présence de l'ancienne puissance coloniale et la suspecter de vouloir s'approprier les « richesses » de la région (note) !

Publié ou mis à jour le : 2020-08-28 16:45:44

 
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