7 octobre 2001

«Guerre contre le terrorisme» en Afghanistan

L'intervention internationale en Afghanistan est la conséquence directe des attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center de New York et le Pentagone de Washington et de leurs 3 000 morts.

Une rapide enquête des services secrets américains a montré que l'Afghanistan abritait Oussama Ben Laden et les camps d'entraînement de l'organisation terroriste Al-Qaida, à l'origine des attentats.

Depuis 1996, le pays était sous la coupe d'une mouvance islamiste obscure, formée dans les écoles coraniques du Pakistan voisin. Ses membres, appelés talibans, d'un mot arabe qui signifie étudiant, appartiennent pour l'essentiel à l'ethnie pachtoune, dominante en Afghanistan et très fortement représentée dans les zones tribales du Pakistan, de l'autre côté de la frontière.

Coalition internationale

À la demande de Washington, le Conseil de Sécurité des Nations Unies exige du gouvernement afghan la « livraison immédiate et inconditionnelle » de Ben Laden. Le refus des talibans, sans appel, enclenche une riposte militaire.

Les États-Unis appellent tous les pays à les rejoindre au sein d'une vaste coalition contre le terrorisme. Leurs alliés traditionnels (Royaume-Uni, Australie...) et quelques autres pays (Japon...) répondent présents, formant une coalition d'une vingtaine de pays, avec des contingents plus ou moins symboliques, l'essentiel de l'effort revenant aux États-Unis.

Au Pakistan, le général Musharraf, au pouvoir depuis son coup d'État de 1999, se place résolument dans le camp américain car il craint d'être renversé par les islamistes, de plus en plus influents dans son pays. Mais son choix n'a pas l'heur de plaire à ses concitoyens. De violentes manifestations anti-américaines secouent le pays cependant qu'en Afghanistan, les talibans exhortent la population à se préparer au djihad (la guerre sainte).

Une victoire militaire éclair

Dans la nuit du 7 au 8 octobre 2001 surviennent les premières frappes américaines. L'opération est baptisée « Enduring Freedom » (« Liberté Immuable »). Elle encourage les opposants aux talibans à reprendre l'offensive : les successeurs du commandant Massoud, assassiné le 9 septembre 2001, de l'ethnie tadjik, s'allient avec les tribus hazaras de confession chiite et forment l'Alliance du Nord.

Écrasés par les bombardements, les talibans se replient dans les provinces du sud, tandis que les « brigades internationales » d'Al-Qaida se concentrent dans le nord du pays. Le 13 novembre 2001, les troupes de l'Alliance du Nord entrent dans Kaboul, la capitale désertée par les talibans. Il n'aura fallu que quelques semaines au régime pour s'effondrer. 

Le 27 novembre 2001 s'ouvre à Bonn (Allemagne) une conférence inter-afghane qui réunit les différentes factions de l'opposition aux talibans, sous les auspices de l'ONU. Elle forme un gouvernement intérimaire avec à sa tête le Pachtoun Hamid Karzaï.

Elle constitue également une force internationale sous mandat de l'ONU. Son commandement est confié à l'OTAN, dont c'est la première intervention en-dehors de l'Atlantique nord. Cette Force internationale d'assistance et de sécurité va voir en une dizaine d'années ses effectifs se hisser de 50 000 à 130 000 soldats. Ils représentent une cinquantaine de nations (dont huit qui n'appartiennent pas à l'OTAN).

Des lendemains qui déchantent

Mais les embrassades de Bonn dissimulent mal la réalité d'un pays toujours divisé entre factions rivales. Chaque chef, chaque ethnie et chaque vallée continue de défendre jalousement sa liberté. L'autorité du gouvernement de Kaboul ne dépasse pas les limites de la capitale.

Un seul facteur unit les factions : l'attrait des dollars que déverse à profusion la coalition internationale. Celle-ci aura dépensé en dix ans plus de 500 milliards de dollars dans le gouffre afghan (armement, assistance aux populations, pots-de-vin...). C'est en moyenne 15 000 dollars (10 000 euros) pour chacun des 30 millions d'Afghans !

Le gouvernement d'Hamid Karzaï, rongé par la corruption, peine à asseoir sa légitimité malgré l'appui de l'ancien roi Zaher Chah, revenu de son exil français (mort en 2007). Quant à la coalition internationale, en dépit de moyens colossaux, elle échoue à capturer les chefs d'Al-Qaida, le mollah Omar et Oussama Ben Laden.

En dépit de ces faiblesses, la coalition et l'OTAN peuvent considérer à l'automne 2002 que leur mission est accomplie : les talibans sont traqués dans leur réduit montagnard et Al-Qaida s'est replié dans les zones tribales du Pakistan, sous la protection des services secrets pakistanais qui, officiellement, affichent néanmoins leur appui à la coalition internationale. Un double jeu dangereux de la part d'une puissance nucléaire instable et pauvre, avec 160 millions d'habitants dont 20% de chiites. 

L'Afghanistan ou l'Irak ? Il faut choisir

Tout va basculer avec la décision de George Bush Jr d'abattre aussi le dictateur irakien Saddam Hussein. Le président américain veut achever le « travail » entamé par son père onze ans plus tôt. Il veut aussi satisfaire le complexe militaro-industriel qui aspire à relancer les commandes d'armements, en chute libre depuis la fin de l'URSS et de la guerre froide.

Le 16 mars 2003, le président retrouve sur l'archipel des Açores les Premiers ministres britannique - Tony Blair -, espagnol - José Maria Aznar - et portugais - José Manuel Barroso -. Ils conviennent d'une opération militaire conjointe contre l'Irak, malgré l'opposition résolue de la France, de l'Allemagne, de la Russie et des Nations Unies.

Moins d'un mois plus tard, le 9 avril 2003, l'armée coalisée entre à Bagdad d'où s'est enfui le tyran. Dans leur grande naïveté, les Américains s'attendaient à être accueillis en libérateurs et se disposaient à construire une démocratie modèle, comme ils l'avaient fait au Japon en 1945. Mais l'Irak n'est pas le Japon et l'Amérique de Bush n'est pas celle de Roosevelt et Truman. 

L'occupant ne tarde pas à s'en apercevoir. L'Irak sombre dans le chaos. Les Américains se confrontent à une guérilla multiforme, essentiellement urbaine et à forte composante interconfessionnelle (chiites contre sunnites). Parallèlement, le raidissement du régime iranien, orchestré par le président Ahmadinejad depuis 2005, et le désordre politique au Pakistan (luttes d'influence entre civils et militaires, assassinat de Benazir Bhutto, montée du sentiment anti-américain) multiplient les points de tension dans la région.

Mis dans la difficulté, Washington doit relâcher sa pression sur l'Afghanistan.

Les Afghans reprennent leur liberté

Revigorés par l'enlisement des Américains en Irak et le discrédit du gouvernement, les talibans en profitent pour se refaire une santé, avec le soutien discret mais efficace du Pakistan. Celui-ci préfère à Kaboul un pouvoir islamiste et sunnite plutôt qu'un régime laïque et pro-occidental susceptible de faire alliance avec l'Inde et de le prendre en tenaille.

Bons connaisseurs du terrain, les talibans suppléent à leur infériorité technologique à coup d'escarmouches, d'embuscades et d'attentats. Ils se financent très correctement en développant la culture de l'opium dans les zones « libérées » et en rançonnant les fonctionnaires et soldats liés aux forces d'occupation. Celles-ci se voient contraintes de s'enfermer dans des camps retranchés tandis que les chefs talibans circulent à peu près librement dans le pays, à partir de leurs bases installées au Pakistan, sous la protection des services secrets d'Islamabad.

Les Américains répliquent aux attaques ennemies par des frappes aériennes qui atteignent plus souvent des noces paysannes que des unités rebelles, contribuant à rejeter la population du côté des talibans. Au demeurant, cette guerre est modérément meurtrière avec moins de 100 000 victimes en dix ans (dont quelques centaines dans les forces d'occupation). C'est beaucoup moins par exemple que la criminalité ordinaire au Brésil ou en Afrique du Sud.

En dépit de leur brutalité et de leur rigorisme, les talibans apparaissent de plus en plus comme les champions de l'indépendance et comme des patriotes en lutte contre un envahisseur étranger, comme à l'époque où les moudjahiddines luttaient contre l'armée soviétique. Ils retrouvent le soutien de la population et noyautent l'administration et l'entourage du président Karzaï, qui lui-même manifeste une singulière complaisance à leur égard. 

Face à eux, l'armée régulière afghane constitue une institution dans laquelle une bonne partie de la population ne se reconnaît pas, notamment à cause de la surreprésentation parmi les soldats de l'ethnie tadjik, un héritage de la « victoire » de l'Alliance du Nord en 2001.

George Bush Jr ne tarde pas à comprendre son erreur. Reléguant l'Irak à l'arrière-plan, il tente sans grand succès de reprendre la main en Afghanistan. Barack H. Obama, son successeur à la Maison Blanche en janvier 2009, promet un retrait progressif de la coalition dès la mi-2011 et jusqu'en 2014. Mais le temps lui est compté. 

Le risque demeure d'un effondrement du gouvernement Karzaï ou de violences ciblées contre les humanitaires et les soldats de la coalition qui pousseraient les opinions occidentales à réclamer un retrait précipité des troupes d'occupation. Ce serait sans doute la pire des conclusions. Elle signifierait une débâcle et démontrerait au monde entier que l'on ne peut plus faire confiance au « gendarme du monde » et à ses alliés français, anglais et autres.

Un nouveau monde

D'aucuns se rappellent - mais un peu tard - qu'avant l'OTAN, les Anglais au XIXe siècle puis les Soviétiques au siècle suivant s'étaient déjà cassé les dents sur la résistance afghane, malgré leur suprématie militaire. Aux États-Unis ressurgit le souvenir de l'enlisement au Vietnam tandis que s'installe le doute sur la probabilité de «vaincre le terrorisme» par les armes au milieu d'une population de plus en plus hostile et plus accoutumée à la guerre qu'à la paix...

S'ils évitent la débâcle, les Occidentaux en arriveront vraisemblablement à un compromis avec les talibans du même type que celui du 26 mai 1879. Par le traité anglo-afghan de Gandamak, les Afghans obtinrent de rester maîtres chez eux mais s'engagèrent à maintenir à distance les Russes, rivaux des Britanniques... Sans doute prendront-ils un jour le même engagement à propos d'Al-Qaida et le pays rejoindra la liste des nouvelles terrae incognitae ou terres sans maître : Somalies, Érythrée, Afrique centrale...

Dans la guerre, l'OTAN n'a pas seulement perdu l'illusion de transformer l'Afghanistan en une nouvelle Suisse. Elle a dilapidé ce qui lui restait de légitimité depuis la fin de la guerre froide. Conçue en 1949 pour contenir l'Union soviétique, l'alliance a tenté de se survivre après la disparition de celle-ci en élargissant son champ d'action au Moyen-Orient. Son échec en Afghanistan signe peut-être sa fin.

André Larané
Dommages collatéraux

En Afghanistan et en Irak, le président George Bush Jr, par choix idéologique, n'a pas voulu financer la guerre avec des augmentations d'impôts. Il a donc recouru à l'emprunt, par la vente en particulier de bons du Trésor américain aux banques d'État chinoises. Dans le courant de la première décennie du XXIe siècle, la Chine a donc vu sa créance sur les États-Unis s'envoler de presque rien à plus de 1000 milliards de dollars, avec pour contrepartie un accroissement tout aussi massif de son excédent commercial avec les États-Unis et la désindustrialisation qui en a résulté. La révolte des classes moyennes prolétarisées et l'élection de l'improbable Donald Trump en 2016 en sont la lointaine conséquence.

Publié ou mis à jour le : 2019-10-03 12:54:54

 
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