5 mai 1998

Accord de Nouméa

Le 5 mai 1998, soit dix ans après les accords de Matignon-Oudinot, les représentants des différents partis politiques de Nouvelle-Calédonie concluent à Nouméa un nouvel accord en vue d'un nouveau référendum d'autodétermination. Il s'agit plus exactement d'une « consultation » au sens juridique, le gouvernement français se réservant le droit d'en tirer les conséquences par décret. La consultation a eu lieu le dimanche 4 novembre 2018 sur la question : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante? ».

Les enjeux démographiques

Pour contourner la crainte des indépendantistes que l'immigration ne modifie les rapports de force en leur défaveur, il a été convenu de restreindre le droit de vote à ce référendum aux électeurs déjà inscrits en 1994 ainsi qu'à leurs descendants. C'est ainsi que près de 174 000 électeurs ont pu s'inscrire pour ledit référendum cependant que 25 000 à 40 000 citoyens, pour certains installés en Nouvelle-Calédonie depuis de longues années, en ont été empêchés. 

Les indépendantistes, qui prônent la formation d'une république de Kanaky-Nouvelle-Calédonie, sont rassemblés au sein du FLNKS et de ses antennes, la vieille Union calédonienne et le Palika (Parti de libération kanak). Ils se disent ouverts à toutes les « victimes de l’histoire coloniale ».

Le camp d'en face est quant à lui représenté principalement par trois partis. Le plus important est Calédonie ensemble, partisan d'une autonomie aussi large que possible au sein de la République française. Le Rassemblement Les Républicains et les Républicains calédoniens sont également favorables à une autonomie étendue et même à la création d'une citoyenneté calédonienne complémentaire de la citoyenneté française.

Le Non à l'indépendance l'emporte finalement à près de 60% des votants, les Kanaks ayant massivement voté en faveur de l'indépendance et les autres électeurs en faveur du statu quo...  La raison tient à ce que l'opposition entre les autochtones mélanésiens et les habitants de fraîche date ne faiblit pas malgré les efforts financiers conséquents de la métropole en faveur des premiers et l'ouverture en 2014 d'une usine de nickel dans la province du Nord. 

Les fractures sociales et économiques se sont plutôt aggravées entre les Kanaks, très majoritaires dans la province du Nord et les îles Loyauté, et les autres Calédoniens, majoritaires dans la province du Sud. La jeunesse kanak souffre qui plus est de déclassement, avec un niveau éducatif très bas et une inclination à la violence.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là car l'accord de Nouméa précisait qu'en cas de victoire du « non », un tiers des 54 élus du Congrès calédonien pourraient décider d'organiser une deuxième consultation en 2020, voire une troisième en 2022. Leur décision est intervenue après le renouvellement du Congrès en mai 2019 : oui à un nouveau référendum le 4 octobre 2020.

C'est ainsi que les 180 000 électeurs calédoniens ont voté une deuxième fois le 4 octobre 2020 avec cette fois une majorité plus restreinte en faveur du statu-quo (53,26%). Le glissement tient à ce que les Kanaks, toujours partisans de l'indépendance, ne représentent encore que 40% de la population mais ont une croissance démographique plus rapide que les Caldoches et les autres groupes, loyalistes. Un clivage qui n'est pas sans rappeler celui qui sépare en Ulster (Irlande du nord) les catholiques irlandais des presbytériens issus de l'immigration écossaise. Un troisième et dernier (?) référendum pourrait encore avoir lieu dans les années à venir.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2020-10-06 09:58:06

 
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