4 juin 1989 - L'armée massacre les étudiants sur la place Tien An Men - Herodote.net

4 juin 1989

L'armée massacre les étudiants sur la place Tien An Men

Le 4 juin 1989, à Pékin, l'armée chinoise massacre avec des chars et des armes lourdes les milliers d'étudiants rassemblés sur la place Tien An Men, dont certains depuis le 18 avril précédent ! Ce massacre dit du 4/6 (en chinois : « Liu Si ») met un terme brutal au « printemps de Pékin ».

En ce haut lieu du pouvoir et de la vie politique, face à la Cité interdite, d'autres étudiants avaient déjà manifesté 70 ans plus tôt et donné naissance au Mouvement du 4-Mai, fer de lance de la démocratisation de la Chine. Cette fois, le mouvement étudiant surgit en opposition à la dictature du Parti Communiste chinois (PCC), ressentie comme de plus en plus insupportable à mesure que le pays se modernise et s'ouvre sur l'extérieur.

Montée de la tension

Les étudiants commencent à se rassembler sur la place Tien An Men (ou « place de la paix céleste ») dès le 27 avril dans la perspective de la commémoration du 4 mai 1919. On en comptera dans les semaines suivantes jusqu'à un million.

Le rassemblement tourne à la manifestation contre le gouvernement et en faveur de la démocratie. Le 13 mai, beaucoup d'étudiants entament une grève de la faim. Dans les provinces et une partie de l'armée, d'aucuns expriment leur sympathie pour les manifestants. Le 17 mai, les dirigeants chinois sont obligés d'annuler la visite de Gorbatchev à la Cité interdite. Humiliation.

Deux jours plus tard, le secrétaire général du PCC Zhao Ziyang se rend sur la place et tente de dissuader les étudiants de poursuivre leur grève de la faim. Mais le dirigeant, qui aurait voulu profiter du mouvement pour démocratiser le régime, échoue dans sa médiation...

Un jeune manifestant de la place Tien An Men (Pékin) bloque une colonne de chars (DR)

Loi martiale

C'est finalement l'habile Deng Xiaoping (85 ans) qui aura le dernier mot. Celui que l'on surnomme le « petit Timonier », en raison de sa taille et par opposition avec le « grand Timonier » (Mao Zedong), continue de tirer les ficelles avec la simple fonction de président de la commission des affaires militaires du PCC.

Le 20 mai, il obtient de Li Peng qu'il instaure la loi martiale. Le Premier ministre fait appel à l'armée pour dégager la place mais celle-ci est bloquée aux entrées de la ville par la foule ! Le monde entier, sidéré, voit sur les écrans de télévision un jeune homme seul au milieu de la chaussée, défiant une colonne de chars. Nouvelle humiliation.

Lasse de tergiverser, l'armée nettoie brutalement la place Tien An Men dans la nuit du 3 au 4 juin, faisant environ 1800 morts et des dizaines de milliers de blessés.

Une brutale répression s'abat sur les démocrates dans toutes les grandes villes du pays. C'en est fini du « printemps de Pékin » et l'on peut croire que la Chine communiste va replonger dans les ornières du passé. Mais Deng Xiaoping voit dans les émeutes étudiantes un signal pour aller de l'avant.

En 1992, il fait entériner par le bureau politique du parti la décision d'« accélérer le rythme de la réforme et de l'ouverture » et la mise en place d'une « économie socialiste de marché ». Cet oxymoron (rapprochement de deux termes contradictoires) est inscrit dans le préambule de la nouvelle Constitution en mars 1993. C'est ainsi qu'en l'espace d'une décennie, la Chine va changer de visage et entrer de plain-pied dans la cour des Grands, jusqu'à concourir pour la première place (celle qui était la sienne jusqu'au début du XIXe siècle).

Publié ou mis à jour le : 2019-06-04 08:47:31

 
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