14 février 1989 - Une fatwa contre les Versets sataniques - Herodote.net

14 février 1989

Une fatwa contre les Versets sataniques

Le 14 février 1989, la vie de Salman Rushdie, écrivain britannique d’origine indienne, bascule dans le cauchemar. Ce matin-là, une journaliste l’informe par téléphone de la fatwa (décret religieux) lancée contre lui par l’ayatollah Khomeiny, Guide de la révolution islamique iranienne, au pouvoir depuis dix ans. 

L’auteur des Versets sataniques prend connaissance de l’appel au meurtre que, quelques heures plus tôt Khomeiny a publié, visant tous ceux qui, de près ou de loin, sont mêlés à ce roman satirique : « J’informe le fier peuple musulman du monde que l’auteur des Versets sataniques, livre qui a été écrit, imprimé et publié en opposition à l’islam, au Prophète et au Coran, aussi bien que ceux qui l’ont publié ou ont connaissance de son contenu, sont condamnés à mort. J’appelle tous les musulmans à les exécuter où qu’ils se trouvent. » 

Des femmes et des enfants du Hezbollah manifestent contre Salman Rushdie, à Beyrouth, le 26 février 1989, AFP, DR.

« Un jerrican d’essence a fait l’affaire »

La publication du livre de Rushdie a provoqué des émeutes souvent mortelles et des autodafés dans de nombreux pays du monde arabe. Ces manifestations de haine ont commencé en septembre 1988, quelques mois avant la fatwa, lors de la mise en vente de l’ouvrage accusé d’être blasphématoire. Des milliers de photocopies des passages jugés les plus insultants pour Mahomet ont été alors propagés dans des centres d’études islamiques.

Autodafé des  Versets sataniques à Bradford en Angleterre, le 14 janvier 1989, AFP, DR.Au mois de décembre 1988, sept mille personnes assistent à un autodafé des Versets sataniques à l’appel de la communauté musulmane de Bolton en Angleterre.  Puis, le 14 janvier 1989, une nouvelle manifestation de ce type est organisée dans les rues de Bradford (Yorkshire). « C’était un livre très épais avec, en plus, une couverture cartonnée. C’était compliqué de le faire brûler avec une simple allumette, il n’arrivait pas à prendre feu. Un jerrican d’essence avait fait l’affaire », rapportera plus tard Ishtiaq Ahmed, porte-parole du Conseil des mosquées de Bradford (Le Monde, 28/9/2018). Le retour des autodafés en Europe !

Un mois plus tard, avec la fatwa de Khomeiny, la vie de Rushdie devient un enfer, en permanence sous protection policière, obligé de déménager sans cesse, de changer d’identité, de renoncer à participer à des conférences, angoissé pour sa famille et ses proches. Si trente ans plus tard, il est toujours vivant malgré une vingtaine de tentatives d’assassinat, sa sécurité est encore loin d’être assurée bien qu’il affirme encore aujourd’hui, en 2019 : « Je ne veux plus vivre caché. »

Il n’en reste pas moins meurtri à jamais par l’assassinat de son traducteur japonais, des attentats contre son éditeur norvégien et son traducteur italien, tous deux grièvement blessés.

Jean-Pierre Bédéï
Publié ou mis à jour le : 2019-04-30 08:20:56

 
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