15 novembre 1988

Yasser Arafat annonce la création d'un État palestinien

Le 15 novembre 1988, devant le Conseil National Palestinien réuni à Alger, Yasser Arafat, chef charismatique de l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine), proclame la fondation d'un État de Palestine.

Jusque-là, les militants palestiniens en lutte contre l'État d'Israël revendiquaient la destruction de celui-ci. La proclamation de Yasser Arafat entérine le projet onusien de deux États, l'un juif, l'autre arabo-palestinien, qui a présidé à la création d'Israël en 1948. Il exprime en filigrane la reconnaissance du droit d'Israël à l'existence et, logiquement, débouche cinq ans plus tard sur les accords d'Oslo.

Cette proclamation est néanmoins récusée par une partie des militants palestiniens qui répliquent par la création du Hamas. Ce mouvement islamiste soutenu par l'Iran revendique avant toute chose la destruction d'Israël, au besoin par le terrorisme... 

Menace de marginalisation

La fondation de l'OLP le 28 mai 1964 à Jérusalem-Est avait marqué la naissance du nationalisme palestinien : le combat contre l'État d'Israël était précédemment conduit au nom du panarabisme ; il l'est désormais au nom du peuple palestinien !

En 1968, l'OLP est rejointe par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), fondé l'année précédente par Georges Habache. En 1969, elle est prise en main par Yasser Arafat, dirigeant de l'une de ses composantes, el-Fatah

Mais l'organisation est chassée du Liban en 1982 et contrainte de s'installer à Tunis du fait des menaces que ses actions terroristes (détournements d'avions, attentat des JO de Munich, etc.) font peser sur les États arabes voisins d'Israël. Dès lors, elle n'a plus eu de contact direct ni avec l’« ennemi sioniste », ni avec les Palestiniens des territoires occupés. Pour ne pas se faire oublier, l'organisation  tenta de promouvoir sa cause par des actions terroristes à travers le monde. Mais les résultats furent mitigés…

Un espoir vite déçu

En décembre 1987, le déclenchement de la première Intifada (« soulèvement » en arabe) dans les territoires occupés fit craindre à Yasser Arafat d'être marginalisé. Il reprit donc la main en annonçant la création de l'État palestinien.

Pour l'historien franco-israélien Alain Michel, cette création, si virtuelle qu'elle fut, marque un tournant dans le conflit israélo-palestinien car, en filigrane, elle signifie la reconnaissance du droit à l’existence de l’État d’Israël et de son droit à des frontières sûres et reconnues, selon les termes de la résolution 242 de l'ONU de 1967, consécutive à la guerre des Six Jours. Elle ouvre la voie aux accords d'Oslo, cinq ans plus tard, le 13 septembre 1993, par lesquels l'OLP reconnaissait le droit d'Israël à l'existence.

Entretemps, à Gaza, à la suite de la première Intifada, des Frères musulmans (musulmans salafistes radicaux) créent le Hamas, mouvement de résistance islamiste. Se démarquant d'Arafat, ils appellent à la destruction de l'État d'Israël.

Un quart de siècle plus tard, il ne reste plus rien des espoirs d'Oslo. Yasser Arafat est décédé en 2004 et l'autre signataire d'Oslo, Yitzhak Rabin, a été assassiné en 1995. Plus gravement, le grignotage de la Cisjordanie par les colonies juives exclut la création de deux États séparés et fait craindre un État juif piqueté de bantoustans (dico) palestiniens... et voué à la guerre perpétuelle. 

Dans le même temps, aux élections qui se tiennent en 2005 dans la bande de Gaza, les deux millions d'habitants donnent 44% de leurs suffrages au Hamas qui prend dès lors le pouvoir sur le territoire et rompt tout contact avec l'Autorité palestinienne installée en Cisjordanie.

Le pogrom du 7 octobre 2023 commis par le Hamas marque la rupture définitive entre les deux frères ennemis du mouvement palestinien : l'Autorité palestinienne, établie à Hébron (Judée-Samarie) et partisane de deux États, et le Hamas des Frères musulmans, à Gaza, partisan de la destruction d'Israël (et des juifs).

Reconnaissance pour quoi faire

La reconnaissance diplomatique de l'État de Palestine, dans ces conditions, n'a guère de sens pratique. Elle n'a pas moins une forte signification symbolique en exprimant la volonté d'un partage de la Terre Sainte entre deux États.

Depuis la déclaration d’indépendance en 1988 à Alger, cent quarante-six pays sur les 193 que compte l’ONU ont ainsi déjà reconnu la Palestine en janvier 2026.

En Europe, l’Irlande, l’Espagne et la Norvège ont franchi le pas en Europe en mai 2024, , rejointes un mois plus tard par la Slovénie. La France, le Portugal, le Royaume-Uni, et deux anciens dominions le Canada et l’Australie, leur ont emboîté le pas en septembre 2025. Mais les Européens restent divisés sur cette question, l’Allemagne estimant qu’une reconnaissance serait « un mauvais signal » après le pogrom du 7 octobre 2023.

Publié ou mis à jour le : 2026-02-06 21:31:21
Bertrand (09-11-2025 17:23:26)

Il y a des guerres justes et des guerres injustes. Mais, dans ce domaine comme en bien d'autres, chacun voit midi à sa porte. Si l'Allemagne nazie avait gagné la guerre, ce serait sa cause qui serai... Lire la suite

Vincent (19-11-2023 03:05:22)

Le point de vue majoritaire des Arabes est -depuis 1947 et à l'encontre du vote de l'ONU- de "refouler les juifs à la mer", comme cela a été fait pour les croisés. Le point de vue majoritaire d... Lire la suite

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