23 juin 1988

James Hansen planche sur le réchauffement climatique

Le 23 juin 1988, une commission du Sénat américain convoque différents scientifiques pour tenter de comprendre les raisons de la vague de chaleur exceptionnelle qui sévit sur le pays. Une grande partie deYellowstone Park est en feu et, dans la Corn Belt, les céréaliers désespèrent de récolter quoi que ce soit.

James Hansen le 23 juin 1988James Hansen, climatologue en chef de la NASA, fait sensation en assurant que le phénomène traduit le fait que l'atmosphère terrestre est en train de se réchauffer. Il l'explique par l'amplification de l'« effet de serre » naturel depuis les débuts de la révolution industrielle, au milieu du XIXe siècle, du fait des émissions de gaz carbonique liées à la combustion du charbon, du gaz et du pétrole.

Un an plus tard, la revue Science publie un article intitulé : « Effet de serre : Hansen contre le reste du monde » (note).

Dans la décennie à venir, les observations, études et modélisations climatiques vont tendre à confirmer la thèse de James Hansen et lui rallier l'immense majorité des scientifiques en rapport avec le climat.

André Larané

Archéologie de l'« effet de serre »

Le phénomène physique appelé « effet de serre », par lequel l'atmosphère retient une partie du rayonnement solaire et permet à la Terre de se réchauffer, a été entrevu et ainsi dénommé par le physicien Joseph Fourier dès 1824.

À sa suite, le savant genevois Horace-Benedict de Saussure illustre le phénomène avec un dispositif expérimental constitué d'un emboîtement de cinq caisses en verre.

En 1860, le physicien irlandais John Tyndall prolonge ces observations en notant que le réchauffement varie en fonction des composants de l'atmosphère (oxygène, azote, gaz carbonique...).

Svante Arrhenius  (19 février 1859, Vik ; 2 octobre 1927, Stockholm) En 1896 enfin, le physicien suédois Svante Arrhenius, Prix Nobel 1903, avance l'idée que l'activité industrielle, en augmentant la teneur en gaz carbonique de l'atmosphère, pourrait contribuer à réchauffer la planète.

Pour lui, le réchauffement généré par cette combustion devient le gage d’une sécurité future ! Il donne à la Terre l’assurance de repousser une hypothétique nouvelle ère glaciaire et à ses habitants la promesse d’un avenir radieux. Il ne se doute pas de l'intensité que pourrait prendre ce réchauffement un siècle plus tard...

Le lien entre le développement industriel et le réchauffement climatique est confirmé dans la première moitié du XXe siècle par l’Anglais George Stewart Callendar.

Des années 1950 à la fin des années 1970, c’est davantage d’un retour du froid que s'inquiètent les médias américains ou européens en écho aux théories du géophysicien croate Milutin Milankovitch et à une légère baisse des températures entre 1940 et la fin des années 1970. Le magazine Time titre à plusieurs reprises sur « The Big Freeze ». En 1974, Newsweek n’est pas en reste dans un article de 1975 intitulé « The cooling world » : « Après trois quarts de siècle de conditions extrêmement douces, le climat de la Terre semble se refroidir ».

Il n'empêche que la grande majorité des articles scientifiques publiés entre 1965 et 1979 font état d'un réchauffement de l'atmosphère ! Des chercheurs comme le Suédois Bert Bollin, commencent à alerter sur les dangers potentiels des émanations de gaz carbonique. Commandé par le président Jimmy carter en 1979, le Rapport Charney conclut enfin à la réalité d’un changement induit par les activités humaines et la hausse du CO2 (note).

Reste que ces scientifiques, lucides sur le phénomène en cours, sont en peine d'en expliquer les modalités... Il appartiendra à James Hansen d'en faire la démonstration.

Une éventualité qui dérange

Le rayonnement solaire, lorsqu'il atteint la surface de la Terre, est en partie réfléchi sous forme de rayonnement infrarouge mais ce rayonnement est partiellement piégé par l'atmosphère au lieu de se dissiper dans l'espace. Cet « effet de serre » assure à notre planète une température moyenne de +14°C au lieu de -20°C en son absence.

En novembre 1988, deux organismes de l'ONU en charge du climat et de l'environnement décident de créer un centre d'expertise destiné à collecter toute la littérature scientifique sur les changements climatiques en vue d'éclairer les responsables politiques. C'est le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC, en anglais : Intergovernmental Panel on Climate Change, IPCC).

Depuis lors, basé à Genève, avec une dizaine de salariés seulement, cet organisme international, soumis à la surveillance d'États aussi différents que les États-Unis, l'Arabie séoudite, la Russie, la Chine et les États européens, met à contribution les meilleurs scientifiques pour la rédaction d'un rapport périodique, dans des domaines aussi variés que la chimie atmosphérique, l'océanographie physique, la dendrochronologie, la glaciologie, la thermodynamique...

Grâce à lui se confirme, hélas, de rapport en rapport, la réalité d'un réchauffement climatique global et son origine anthropique (les émissions de gaz à effet de serre du fait des activités humaines) n'est plus guère contestée que par des scientifiques en mal de notoriété (note). Ses conséquences pourraient s'avérer gravissimes à moins d'une remise en cause majeure du mode de vie et de consommation inspiré par l'american way of life (énergie trop bon marché, éclatement des villes, généralisation de l'automobile, mondialisation des échanges...).

Publié ou mis à jour le : 2020-10-08 07:05:32

 
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