22 avril - 5 mai 1988

Le drame d'Ouvéa

L'Info-Pouvoir, Manipulation de l'opinion sous la Ve RépubliqueLe 22 avril 1988, en Nouvelle-Calédonie, sur l'île d'Ouvéa, des gendarmes étaient tués et d’autres pris en otage par des indépendantistes kanaks.

Afin de délivrer les prisonniers, les militaires ont donné l’assaut à une grotte, faisant deux morts parmi les forces d’intervention et dix-neuf parmi les Mélanésiens.

L’enjeu local, à savoir le statut futur de la Nouvelle-Calédonie, et le contexte politique national entre les deux tours de la présidentielle entre François Mitterrand et Jacques Chirac, se sont entremêlés, pesant sur l’issue de la prise d’otages.

Voici le récit de ce qui s’est passé en coulisse, à partir d’une enquête publiée par Jean-Pierre Bédéï dans son livre : L’Info-pouvoir (Acte Sud, 2008). Notons que le drame a aussi inspiré à Mathieu Kassovitz un film engagé : L'Ordre et la Morale (2011).

Le ministre Bernard Pons entre le général Vidal et le capitaine Legorjus, le 5 mai 1988, après l'assaut de la grotte d'Ouvéa (photo : Rémy Moyen) DR

Deux batailles aux antipodes l’une de l’autre

En ce mois d’avril 1988, la bataille fait rage entre le président de la République, François Mitterrand, et son Premier ministre, Jacques Chirac. Commencée en 1986, la cohabitation arrive à son terme et débouche sur l’élection présidentielle dont le premier tour a lieu le 24 avril. L’élection semble bordée, les deux noms des finalistes ne paraissant pas devoir réserver de surprises. Mais toute campagne électorale n’est-elle pas à la merci d’un événement imprévu susceptible d’influer sur le résultat du scrutin, voire d’en inverser le cours ?

Cet événement, le 22 avril, la classe politique pense qu’il surgit à 20 000 kilomètres de la métropole, dans l’île d’Ouvéa qui fait partie de l’archipel des Loyauté, en Nouvelle-Calédonie  régie par un statut de Territoire d’outre-mer.

Ce matin-là, à huit heures locales (22 heures la veille à Paris), quatre Kanaks attaquent le poste de gendarmerie de Fayaoué qui s’éveille dans la nonchalance après le lever des couleurs. Bientôt rejoints par d’autres Mélanésiens, ils tuent quatre gendarmes, dont deux sans armes, avant de faire prisonniers vingt-sept hommes de la brigade qu’ils embarquent, menottés et humiliés, dans des véhicules. Un convoi prend la direction du sud ; un autre celle du « trou sacré » de Gossanah, au nord.

L’engrenage de la violence

En Nouvelle-Calédonie comme en métropole, c’est la stupéfaction. Pourtant, une telle tragédie semblait prévisible.

Depuis le début de l’année, la tension allait crescendo, fruit d’une longue dégradation des rapports entre Caldoches (habitants de l’île originaires d’Europe, principalement de France) et Kanaks (autochtones mélanésiens) depuis l’assassinat en 1981 de Pierre Declercq, secrétaire général de l’Union calédonienne, principale formation indépendantiste.

Les Kanaks (anciennement orthographiés Canaques) ne représentent encore qu'un tiers des 270 000 habitants de l'archipel mais ils sont très majoritaires dans la province du Nord et dans les îles Loyauté. 

De rares périodes d’accalmie n’ont pas enrayé l’engrenage de la violence entre les deux communautés ainsi qu’entre les Kanaks et les forces de l’ordre, faisant des morts surtout dans les rangs des militants mélanésiens. L’enjeu de ces troubles : le statut de l’île et le rééquilibrage du pouvoir au sein des institutions locales en faveur des Mélanésiens.

Jean-Marie Tjibaou (Hienghène, Nouvelle-Calédonie, 30 janvier 1936 ; Ouvéa, Nouvelle-Calédonie, 4 mai 1989)Le FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste) de Jean-Marie Tjibaou, avait accepté le « plan Fabius » de 1985 prévoyant la création de quatre régions. Trois d’entre elles allaient être dirigées ensuite par des Kanaks au terme d’élections, au grand dam des Caldoches.

Le retour de la droite aux affaires en 1986 permet au gouvernement Chirac, dont Bernard Pons est le ministre des Dom-Tom, de revenir sur le statut Fabius.

Ainsi le pouvoir des régions revient dans le giron du représentant de l’État sur place, le haut-commissaire, à la plus grande satisfaction du RPCR (Rassemblement pour la Calédonie dans la République), c’est-à-dire le RPR local dirigé par Jacques Lafleur. Le FLNKS rejette alors ce « statut Pons » et se sent délié de tout engagement envers l’État.

Les accrochages se multiplient entre Kanaks et forces de l’ordre. Les indépendantistes annoncent qu’ils ne présenteront pas de candidats aux élections régionales prévues le même jour que le premier tour de la présidentielle (24 avril 1988) et qu’ils boycotteront par ailleurs ce scrutin national. Ils misent sur la réélection de Mitterrand qui, en avril 1987, leur a laissé espérer un dénouement plus favorable de la crise, s’il était reconduit à l’Élysée. Les Mélanésiens n’ont donc aucun intérêt à entrer dans le scénario du gouvernement Chirac. La présidentielle de 1988 se charge donc d’enjeux locaux lourds pour la Nouvelle-Calédonie.

Passage à l’acte meurtrier

Au mois de mars 1988, des notes du cabinet militaire du ministère des Dom-Tom, adressées à Bernard Pons, indiquent que les Mélanésiens préparent des opérations violentes. Il est de plus en plus clair qu’ils vont passer à l’action. Le gouvernement envoie en Nouvelle-Calédonie quatre compagnies de CRS et quatre escadrons de gendarmerie mobile, soit 840 hommes en renfort. Cela porte à trois mille hommes les effectifs chargés du maintien de l’ordre pour les élections. Dès lors, l’explosion paraît inévitable.

Elle se produit donc le 22 avril 1988 à la gendarmerie de Fayaoué dans l’île d’Ouvéa. 

À 9 heures du matin, Jacques Chirac réunit d’urgence les principaux ministres et ordonne à Bernard Pons de se rendre sur place. Le soir, sur RTL, il adopte la posture de l’homme fort qui ne transige pas sur l’autorité de l’État, un atout lorsqu’on brigue la magistrature suprême : « (…) Il n’est pas question pour moi de laisser une minorité, une petite minorité dans la République imposer sa loi. » La Nouvelle-Calédonie devient un enjeu de la bataille présidentielle.

Lorsqu’il atterrit en Nouvelle-Calédonie, Pons met en place un comité de suivi qui se réunira deux fois par jour, et qui comprend les représentants des autorités civiles et militaires. « Nous sommes entre les deux tours des élections présidentielles, leur explique-t-il. Chacun autour de cette table peut penser ce qu’il veut de cette élection mais à aucun moment cela ne doit intervenir dans cette affaire. Nous avons tous ici deux missions : libérer les otages et arrêter les ravisseurs. »

À Paris, Jacques Chirac qui est en fâcheuse posture présidentielle - le 24 avril il est arrivé en deuxième position du premier tour avec 19,94% des voix loin derrière Mitterrand, 34% - prend une décision lourde de conséquence : il dessaisit la gendarmerie de la mission de recherche des otages pour la confier à l’armée. « Il est exceptionnel sous la Ve République qu’en temps de paix, l’autorité militaire soit chargée d’une opération de police judiciaire », remarquera plus tard Bernard Pons. Comme si la France était en guerre contre une puissance étrangère ! C’est le général Jacques Vidal, commandant des forces armées en Nouvelle-Calédonie qui sera responsable des éventuelles opérations militaires pour mettre fin la prise d’otages.

Les ravisseurs posent trois conditions à la libération de leurs détenus : le retrait de l’île des forces de l’ordre, l’annulation des élections régionales et la nomination d’un médiateur par le président de la République et le Premier ministre afin « de discuter d’un véritable référendum d’autodétermination ».

Le 25 avril, les otages du sud sont libérés après trois jours de détention. Mais ceux qui ont pris la route du nord restent introuvables au milieu d’une végétation épaisse. Pons et les responsables militaires décident d’interroger la population de Gossanah, soupçonnée d’être en contact avec les ravisseurs, afin d’obtenir des informations permettant de localiser le commando de Kanaks. Le ministre veut des résultats. Et vite. Dès potron-minet, militaires et gendarmes investissent la tribu de Gossanah peuplée de 300 personnes environ. Les interrogatoires dégénèrent rapidement en violences physiques : coups, matraquages, simulacres d’amputation et d’exécution. Des sévices confirmés rétrospectivement, sous couvert d’anonymat par certains officiers, que niera Bernard Pons, mais que confirmera Philippe Legorgus, le chef du GIGN, qui s’est rendu à Gossanah ce jour-là.

Mitterrand-Chirac à couteaux tirés

À Paris, l’affrontement Mitterrand-Chirac se poursuit avec intensité. À l’Elysée, on s’irrite de la rétention d’information que pratique Matignon. Jean-Louis Bianco, secrétaire général de l’Elysée, tance Maurice Ulrich, directeur de cabinet de Jacques Chirac : « (…) Compte tenu des responsabilités que la Constitution confère au président de la République, je vous demande de bien vouloir veiller à ce que son information soit assurée sans délai. » Mitterrand-Chirac à couteaux tirés !

À Ouvéa, les preneurs d’otages sont enfin localisés. Ils se sont retranchés dans une grotte de 80 mètres de long et de 30 mètres de large avec cratère.

Dans la nuit du 26 au 27 avril, les hommes du GIGN investissent progressivement la zone. Legorgus tente de renouer le dialogue mais les chefs du commando, Alphonse Dianou et Wenceslas Lavelloi, veulent faire exécuter deux otages. Ils ne reviennent sur leur décision qu’à condition d’augmenter le nombre de leurs détenus.

Le capitaine Philippe Legorjus après l'assaut de la grotte d'Ouvéa (mai 1988), DRLegorgus ordonne à six gendarmes postés à l’extérieur de le rejoindre à l’intérieur de la grotte. Il se trouve lui-même prisonnier en compagnie du substitut du procureur de la République de Nouméa, Jean Bianconi, qui, au nom de ses relations de confiance avec les Mélanésiens, s’est proposé de l’accompagner dans cette périlleuse mission pour favoriser les négociations. Tous deux conservent néanmoins une liberté relative pour servir de négociateurs entre les preneurs d’otages et les autorités militaires et politique, le général Vidal et Bernard Pons.

Legorgus propose à Dianou d’engager des négociations avec le FLNKS. Au terme d’interminables palabres inhérentes à la tradition coutumière, les Kanaks acceptent. Mais cette tentative de conciliation se perdra dans le sable, faute d’interlocuteurs chez les indépendantistes.

Le 30 avril, l’atmosphère devient de plus en plus nerveuse au sein de l’état-major de crise réuni autour de Bernard Pons. À l’évidence le gouvernement veut en finir avec cette prise d’otages. « Tous les jours, j’avais Jacques Chirac au téléphone qui s’impatientait », racontera Pons. À Ouvéa, dans la grotte, la tension grandit également. Les Kanaks menacent en permanence leurs prisonniers, y compris en simulant de les exécuter.

Le 1er mai, Mitterrand abat l’ultime carte de la négociation.  Il écrit à Chirac pour lui proposer une mission de conciliation composée de deux personnalités métropolitaines choisies l’une par le Président, l’autre par le Premier ministre. Il pense à Roger Leray, en raison de l’influence des francs-maçons en Calédonie. Conseiller du Président pour la Nouvelle-Calédonie, Gilles Ménage explique : « L’idée était de gagner du temps afin de passer l’élection présidentielle. »

Dans sa réponse, Chirac laisse présager un assaut à brève échéance : « Toute mesure de conciliation ou de médiation reviendrait à placer sur le même plan ceux qui dans le Territoire se conforment aux lois et ceux qui la violent. C’est une responsabilité que, pour ma part, je n’assumerai pas. (…) Comme toute prise d’otages, celle d’Ouvéa me semble devoir être traitée par la force si c’est possible, par la discussion quand l’usage de la force n’est pas possible ou présente des risques trop considérables, les deux méthodes ne s’excluant pas… » Mitterrand confie alors à son conseiller, Jacques Attali : « Politiquement, il croit y gagner. Si ça tourne bien, il pense qu’on dira que c’est grâce à lui. Et si ça se termine mal, il pense que je serai responsable pour avoir tardé à le laisser agir. Les Français ne sont pas si bêtes. »

L’accord pour l’assaut

Ce jour-là, est scellé le sort des occupants de la grotte d’Ouvéa. À Nouméa, la réunion d’état-major est chargée de préparer l’attaque confiée à la Force spéciale du 11è Choc, au commandant Hubert et au GIGN, et baptisée « Opération Victor ». Le substitut Bianconi qui est autorisé par ses geôliers à faire la navette entre la grotte et le quartier général de l’armée, notamment pour assurer le ravitaillement, réussit à introduire dans la caverne deux revolvers afin que les gendarmes puissent se défendre lors de l’assaut. Dès lors, Pons appelle Chirac. « Je donne mon accord tout de suite », lui annonce le Premier ministre. Pons s’enquiert auprès du général Jérôme et du général Vidal dans quelles conditions peut être mené l’assaut et qu’elles sont les risques pour les otages.

Le 3 mai, à 12h 40, le Président reçoit André Giraud, ministre de la Défense, qui, muni des rapports des généraux Vidal et Jérôme, parvient à le convaincre qu’il est possible d’organiser l’opération dans de brefs délais.

Mais Mitterrand précise : « Il y a une obligation morale de délivrer les otages, mais je souhaite qu’on prenne garde à éviter un massacre des Kanaks ; il s’agit seulement de les maîtriser (…) Voici l’ordre que je donne : sauf péril de mort d’homme, il faut éviter la casse du côté kanak.  Je donne l’ordre de ne pas exécuter les Kanaks. »  Plus tard, il expliquera : « Il fallait tenter cette opération car on ne pouvait pas risquer la mort des otages. »  Giraud téléphone à Pons en début d’après-midi ; il est 23 heures à Nouméa. Le ministre des Dom-Tom convoque aussitôt le général Vidal qui lui indique alors… qu’il faut reporter « l’opération Victor » de 24 heures afin de prendre le temps de mettre en place son dispositif militaire. Stupéfaction de Pons !

Coup de théâtre

Le coup de théâtre du lendemain 4 mai pourrait expliquer ce retard…

Ce jour-là, Chirac, en meeting à Strasbourg, annonce triomphalement que les trois otages français détenus au Liban depuis trois ans, le journaliste Jean-Paul Kauffmann et les deux diplomates Marcel Carton et Marcel Fontaine, ont été libérés.

La Une du Parisien après la libération des otages du Liban, le 5 mai 1988À l’Elysée, on en est sûr : Chirac a privilégié la médiatisation de la libération de ces trois prisonniers au péril de la vie de ceux qui étaient détenus à Ouvéa. « Depuis fin décembre 1987, je savais qu’un accord avait été passé avec l’Iran pour la libération de Kauffmann, Carton et Fontaine, explique le commandant Prouteau, qui conseillait Mitterrand. Ils devaient être relâchés au mois de mars. Mais cela avait été repoussé sans raison. Je pense que l’assaut de la grotte d’Ouvéa a été retardé d’un jour parce que Chirac considérait que l’impact de la libération des otages du Liban était plus fort. Sinon, il n’y avait aucune bonne raison. »

Chirac a-t-il joué ce jeu dangereux pour tenter de faire un « coup » susceptible de lui faire gagner l’élection ? Il s’en défendra. Selon lui, la libération des otages du Liban relevait d’une opportunité étrangère au calendrier électoral : « J’avais un peu perdu espoir. Presque tous les deux mois depuis 1986, nous pensions y arriver et puis, chaque fois, ça coinçait. Était-ce lié aux luttes d’influence au sein des sphères dirigeantes iraniennes ? Je n’en sais rien. (…) Puis, quelques jours avant le second tour, ils disent d’accord. Et ils demandent un calendrier pour le rétablissement des relations diplomatiques. J’ai dit oui, et les types nous ont été rendus sans que je me pose la question de l’élection présidentielle. »

Coïncidence vraiment troublante ! Trente ans plus tard, une ambiguïté plane toujours sur les raisons de l’ajournement de 24 heures de « l’opération Victor ».

Gendarmes et prisonniers après l'assaut de la grotte d'Ouvéa (Nouvelle-Calédonie), le 5 mai 1988 (DR)

Des exécutions sommaires

Le 5 mai, l’assaut de la grotte est donné à 6 heures locales. Il se déroule en deux temps et se solde par la libération des otages, la mort de deux membres des forces d’intervention et de 19 Kanaks.

Sur place, la presse est maintenue à l’écart. Cet éloignement favorise l’accomplissement d’exactions de la part de certains militaires à l’issue de l’assaut. Des Kanaks sont délibérément exécutés, notamment les deux chefs du commando.

Le général Vidal, le 11 mai 1988, dans Paris-Match, disculpera ses hommes en expliquant ainsi les circonstances des décès de Dianou et Lavelloi : « Ils ont été tirés. Ils sortaient avec des armes. C’est pour ça qu’on a ouvert le feu sur eux. La consigne était de ne pas tirer sur des gens non armés qui levaient les bras. Dans ce cas précis, il n’y avait pas d’alternative. »

Pourtant, l’autopsie du corps de Lavelloi révèlera un mois plus tard que le Kanak est mort d’une seule balle en pleine tête qui, selon des témoignages, lui aurait été tirée après l’assaut. Quant à Alphonse Dianou, il a été reconnu de manière officielle par le rapport d’enquête militaire, qu’il est mort des suites des violences que lui avait fait subir un commandant de gendarmerie mobile après sa reddition. Enfin, les premières constatations médico-légales laissent supposer que des blessés ont été vraisemblablement achevés par un coup de grâce comme semble l’indiquer le nombre élevé de Kanaks tués par une balle dans la tête (douze sur dix-neuf morts).

Bernard Pons a nié la quasi-totalité de ces sévices mortels. « Une seule exaction a été commise, contre Alphonse Dianou, reconnaîtra-t-il. Elle a été avérée, je la condamne. Mais présenter une seule exaction comme un massacre délibéré des Kanaks, c’est vraiment tourner le dos à la vérité. »

Une amnistie

C’est aussi le jugement porté par les généraux Berthier et Rouchaud dans leur rapport d’enquête bien qu’ils reconnaissent des bavures. Après avoir rappelé la libération des otages sains et saufs, ils concluent : « Il serait regrettable qu’un succès éclatant, entaché il est vrai d’actes individuels inexcusables, soit contrebattu par une campagne tendancieuse qui, au-delà de la désapprobation justifiée de comportements délictueux, viserait à porter un coup à l’institution militaire et à ses chefs. » Comme d’habitude quand elle est mise en cause, la Grande Muette serre les rangs…

Après la réélection de François Mitterrand le 8 mai, lors de la conférence de presse que tient Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Défense, le 30 mai, celui-ci dénonce des « actes contraires à l’honneur militaire ». Il suspend également le commandant de gendarmerie mobile accusé de violences sur Dianou, le ramène en métropole, le laissant sans affectation. Héritant de ce dossier empoisonné, Chevènement se contente du rapport des deux généraux, sans insister pour que soient sanctionnés tous les auteurs « des actes contraires à l’honneur militaire ». Le nouveau ministre de la Défense ne tient pas à se mettre l’armée à dos alors qu’il vient de prendre ses fonctions.

L’année suivante, après la signature des accords dits « de Matignon » qui ont ramené la paix sur l’île, la loi d’amnistie concernant les infractions commises en Nouvelle-Calédonie blanchit tous les protagonistes de l’affaire d’Ouvéa, au grand dam des familles des victimes. Une manière de clore définitivement à bon compte un chapitre douloureux et sanglant de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie.

Jean-Pierre Bédéï
Publié ou mis à jour le : 2020-10-04 20:25:00

 
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