13 décembre 1981

État de guerre en Pologne

À l'aube du 13 décembre 1981, le général Wojciech Jaruzelski proclame l'« état de guerre » en Pologne. La formule désigne la suspension des garanties légales et s'apparente à la loi martiale.

6000 syndicalistes sont arrêtés, y compris le populaire Lech Walesa. Le syndicat libre Solidarnosc (« Solidarité »), fondé dix-huit mois plus tôt est dissous. L'émotion est immense dans le pays comme en Occident.

Cette tentative de reprise en main par le pouvoir communiste va en fait accélérer la décomposition du monde soviétique...

Alban Dignat
Le général Jaruzelski s'apprête à annoncer l'état de guerre à la télévision (13 décembre 1981)

Derniers coups de griffe

Le triomphe de Lech Walesa et des grévistes des chantiers navals, après la signature des accords de Gdansk, le 31 août 1980, est de courte durée.

Solidarnosc, qui réunit l'ensemble des nouveaux syndicats libres, soit dix millions d'adhérents, obtient le 9 novembre 1980 la reconnaissance du gouvernement inféodé à Moscou tout en étant dispensé de faire allégeance au parti communiste.

Mais le calme ne revient pas pour autant. La milice arrête un responsable de Solidarnosc à Varsovie sous un prétexte fallacieux et des ouvriers d'Ursus, dans la banlieue de Varsovie, se mettent en grève illimitée.

De l'autre côté de la frontière, les troupes du Pacte de Varsovie multiplie les manoeuvres menaçantes cependant que le chef du parti, Stanislaw Kania, et le ministre de la Défense, le général Jaruzelski, se rendent à Moscou pour s'entretenir avec le tout-puissant maître du Kremlin, Leonid Brejnev.

Les grèves se multiplient dans le pays et le malaise n'est pas dissipé par l'inauguration consensuelle du monument aux victimes de la répression de 1970, le 15 décembre 1970, à Gdansk.

Le 20 mars 1981, il est question d'une nouvelle grève générale en réplique à des violences policières commises dans la ville de Bydgoszcz. Lech Walesa, président de Solidarnosc, suspend in extremis le mot d'ordre dans un souci d'apaisement. Mais celui-ci tarde à venir car le gouvernement doit aussi faire face à une situation économique désastreuse et à des pénuries. Il ne sait y répondre que par des augmentations de prix sur les produits alimentaires et par un allongement de la durée de travail des ouvriers.

Réuni en congrès en septembre, Solidarnosc éprouve la difficulté de défendre les ouvriers contre le régime et, dans le même temps, prendre en considération les intérêts de la nation... L'Église catholique, également très influente, est aussi embarrassée, d'autant qu'elle perd le 28 mai 1981 son chef prestigieux, le cardinal-primat de Pologne Stefan Wyszynski, remplacé par Mgr Jozef Glemp.

Le 18 octobre 1981, le général Wojciech Jaruzelski évince Stanislaw Kania et prend sa place à la tête du parti. Depuis le 9 février 1981, il assumait déjà la fonction de Premier ministre en sus du ministère de la Défense. Le voilà désormais tout-puissant, avec des pouvoirs quasi-illimités. Sa rencontre avec Monseigneur Glemp et Lech Walesa le 4 novembre ne débouche sur rien.

C'est ainsi que, dans la nuit du 12 au 13 décembre 1981, la milice et la police instaurent l'« état de guerre ». Les chars et l'armée bouclent les rues. Lech Walesa est arrêté de même que beaucoup d'autres leaders de l'opposition, intellectuels et syndicalistes. Le syndicat Solidarnosc est suspendu. Le gouvernement ne se prive plus dès lors d'imposer les hausses de prix que refusaient les ouvriers. 

Le général Jaruzelski assurera plus tard, dans ses Mémoires, avoir agi dans l'intérêt supérieur de la nation, pour dissuader les Soviétiques d'intervenir eux-mêmes. Il est vrai que cette crainte a été très largement partagée dans le pays et en Occident même si elle apparaît a posteriori surestimée compte tenu des difficultés internes de l'URSS et de son embourbement en Afghanistan.

La mort de Leonid Brejnev le 10 novembre 1982, à 76 ans, et son remplacement à la tête du Parti communiste de l'URSS par Iouri Andropov entraînent la libération de Lech Walesa et sa réintégration (sous surveillance) au chantier naval. La loi martiale est levée en juillet 1983 mais Solidarnosc demeure dans la clandestinité et la répression ne faiblit pas.

En octobre 1983, Lech Walesa se voit attribuer le Prix Nobel de la Paix. Divine surprise qui le met plus ou moins à l'abri de nouvelles persécutions. Craignant de ne pouvoir revenir dans son pays, il confie à sa femme Danuta le soin d'aller chercher le Prix à Oslo.

Jerzy Popieluszko (14 septembre 1947 - 19 octobre 1984), DRL'année suivante, l'un des opposants les plus déterminés au régime a moins de chance : le père Jerzy Popieluszko (37 ans), aumônier de Solidarnosc, est enlevé par la milice le 19 octobre 1984 et longuement battu à mort.

Lech Walesa met toute son autorité dans la balance pour contenir la colère populaire et obtenir que les assassins du prêtre soient arrêtés et condamnés. Le prêtre martyr sera lui-même plus tard béatifié.

Laborieusement, l'électricien de Gdansk négocie avec le général-dictateur un compromis destiné à débloquer la société polonaise. Il est enfin convenu au printemps 1989 que Solidarnosc sorte de la clandestinité. La pluralité syndicale et politique est acceptée. La Diète et le Sénat, les deux assemblées législatives, sont élus au suffrage pluraliste avec une réserve de taille : les deux tiers des sièges de la Diète sont réservés au Parti ouvrier unifié polonais (le parti communiste). 

Cette faille dans le monolithisme communiste va accélérer la déliquescence du bloc soviétique et aboutir quelques mois plus tard, le 9 novembre 1989, à la chute du Mur de Berlin.

L'épilogue survient le 9 décembre 1990 avec l'élection de l'ancien électricien de Gdansk, Lech Walesa, à la présidence de la République, en remplacement du général Jaruzelski. 

Publié ou mis à jour le : 2019-12-11 12:02:07

 
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