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27 avril 1978

Coup d'État à Kaboul


Le 27 avril 1978, à Kaboul, capitale de l'Afghanistan, un coup d'État met brutalement fin au gouvernement du général Daoud, lequel avait renversé la monarchie cinq ans plus tôt. Les Soviétiques, qui en sont les instigateurs, ne se doutent pas qu'ils s'engagent dans une aventure qui va les perdre.

Béatrice Roman-Amat

Révolution en Afghanistan,  source : INA

Le socialisme imposé aux Afghans

Cinq ans plus tôt, le 17 juillet 1973, le général Daoud Khan avait renversé son cousin et beau-frère, le roi Mohammed Zaher Khan, et instauré la république. Il avait tenté une politique de non-alignement en se tenant à égale distance des États-Unis et de l'URSS. Mais sa politique déplaît au gouvernement soviétique de Leonid Brejnev. C'est ainsi qu'il est renversé par un groupe d'officiers prosoviétiques. Daoud est tué à la faveur du coup d'État comme trois milliers de personnes.

Le vainqueur du coup d'État d'avril 1978 est le chef du Parti démocratique du peuple afghan (PDPA) pro-soviétique, Mohammad Taraki. Celui-ci transforme illico son pays en une « république populaire » satellite de l'URSS. Il nationalise ce qui peut l'être et tente par la loi de réformer les moeurs, en n'hésitant pas à bousculer les religieux et les paysans...

Par son extrémisme, il en vient à inquiéter Moscou. Au sein même de son parti, la faction modérée Parcham (Drapeau), dirigée par Babrak Karmal, s'oppose ouvertement à la faction du président, Khalq (Peuple).

Pour ne rien arranger, de l'autre côté de la frontière, en Iran, le chah est renversé par un mouvement populaire qui réclame le retour aux traditions musulmanes. Comme en Iran, les islamistes commencent à s'agiter. Quelques milliers de soldats soviétiques débarquent discrètement à Kaboul pour protéger le régime. Le président Taraki se rend alors à Moscou. À son retour, le 16 septembre 1979, son Premier ministre, Hafizullah Amin, inquiet d'une soumission accrue de son pays à l'URSS, le fait étrangler.

À Moscou, où l'on suit les événements avec attention, Leonid Brejnev, vieux et malade, fait fi des réticences de son état-major et décide d'intervenir. Il semble que les services secrets américains l'y aient habilement encouragé, conscients qu'un engagement en Afghanistan épuiserait l'URSS.

Le 24 décembre 1979, profitant de ce que les Occidentaux sont occupés à la préparation de Noël, les Soviétiques prennent le contrôle des aéroports afghans avec quelques troupes aéroportées. Trois jours plus tard, 20 000 hommes équipés d'armes lourdes occupent brutalement le pays et s'emparent de Kaboul.

Une unité d'élite soviétique, sous le commandement du colonel Yakov Semenov, s'empare du palais présidentiel et exécute Amin. Le président est aussitôt remplacé par Babrak Karmal, communiste bon teint. Des « conseillers » soviétiques sont installés à tous les niveaux de l'État. L'Assemblée générale des Nations Unies demande le retrait immédiat des troupes soviétiques, sans résultat.

L'engrenage

L'intervention militaire se révèle un désastre pour l'Armée rouge dont le corps expéditionnaire en Afghanistan s'élèvera jusqu'à 150 000 hommes.

Les bombardements soviétiques des zones où la résistance s'organise poussent des milliers d'Afghans à quitter le pays pour le Pakistan ou l'Iran. Dans chaque région du pays, des chefs de la résistance émergent, tel le commandant Massoud dans la vallée du Pandjchir. Bon nombre de groupes de résistance se fondent sur la défense de l'identité islamique, menacée par des Soviétiques perçus comme des envahisseurs athées.

L'armée soviétique doit en théorie assister l'armée régulière afghane, mais celle-ci s'avère faible, rongée par les désertions et infiltrée par la résistance. À partir de 1983, les différents groupes de la résistance reçoivent en outre des armes (missiles, mitrailleuses lourdes...), car les Etats-Unis ont pris conscience que l'engagement en Afghanistan pouvait affaiblir l'URSS.

Les Soviétiques s'embourbent de plus en plus dans ce conflit, qui ternit considérablement leur image dans le tiers-monde. Environ 15 000 Soviétiques périssent en Afghanistan sans trop savoir pourquoi, cependant que 70 000 Afghans paient de leur vie la résistance à l'invasion.

Le nouvel homme fort du Kremlin, Mikhaïl Gorbatchev, prend acte de cet échec. Ses représentants concluent avec le gouvernement afghan un accord de retrait à Genève, le 14 avril 1988, sous l'égide de l'ONU, en présence des États-Unis et du Pakistan. Les derniers soldats de l'Armée rouge quittent le pays le 15 février 1989.

Les factions afghanes se retrouvent face à face et c'est le début d'une nouvelle guerre, attisée cette fois par le Pakistan voisin. De 1992 à 1995, une véritable guerre civile, à forte dimension ethnique, fait rage dans le pays.

En 1994, un parti d'étudiants fondamentalistes formés au Pakistan, les « talibans », se soulève contre les partisans du commandant Massoud, d'origine tadjiks. Avec le soutien actif des gouvernements Bhutto du Pakistan et Clinton des États-Unis, ils s'emparent de Kaboul en septembre 1996 et se rendent maîtres de la plus grande partie du pays en imposant une loi, dite islamique, particulièrement rigoureuse.

Un riche héritier saoudien du nom d'Oussama Ben Laden s'installe alors dans la montagne avec ses milices et entreprend une guerre totale contre les Occidentaux juifs ou chrétiens et les musulmans modérés...


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Publié ou mis à jour le : 2017-04-24 16:10:02

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

André Canessa (27-12-200909:31:43)

Je trouve que le rôle prépondérant du commandant Massoud est un peu négligé, dans la guerre contre l'envahisseur russe et surtout dans sa lutte contre les talibans. Il était le principal obstacle à Ben Laden: ce n'est pas un hasard si son assassinat est intervenu deux jours avant le 11 septembre. A quand une page consacrée au commandant Massoud ?


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